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Parentis (04/08/2018 - tarde) : A chaque encaste sa lidia...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
La chaleur est ennemie de la tauromachie. C’est du moins ce que doivent penser les organisateurs parentissois en faisant leur compte après la première novillada de la San Bertomiu 2018. C’est devant une demi-arène, concentrée à l’ombre, que s’est déroulée cette première course de la Féria organisée par l’ADA Parentis.

D’emblée il convient de rappeler que les apprentis toreros ne doivent pas sécher les cours consacrés aux encastes dits différents. Comme les Santa Coloma ou les Atanasio, les toros d’origine Nuñez ont des spécificités et des modes opératoires qu’il faut connaître si on ne veut pas rencontrer les difficultés rencontrés par la terna présente en piste cette après-midi à Parentis.
Très bien présentés, mansos con casta les novillos d’Aguadulce et JM Aristrain demandaient qu’on leur laisse la muleta devant et surtout que les toreros ne reculent pas.
Quand ils ont appliqué ce principe, les toreros ont pu exploiter leur charge. A la pique, les utreros n’ont pas été particulièrement braves dans leur manière de charger marquant souvent un temps d’arrêt avant le contact. Par contre sous la morsure du fer, ils se sont grandis et certains ont poussé la cavalerie. A la muleta, en Carlos Nuñez qu’ils étaient, ils se sont décomposés, devenant parfois dangereux parce qu’ils n’ont pas été lidiés comme ils auraient du l’être. Aucun des novillos n’a été un grand toro mais tous avaient un potentiel et la capacité à transmette de l’émotion que n’ont pas su exploiter les novilleros.
Seul Garcia Navarette a par son courage et son application réussi un bon début à son premier avant d’être durement secoué par son adversaire et de baisser de ton en fin de faena.
El Adoureño, qui reprenait après sa blessure d’Hagetmau, a coupé une oreille tout en restant en dessous du potentiel du très intéressant sixième.
Le pauvre Jorge Rico a du se demander ce qu’il était venu faire dans cette galère. Il a été incapable de tirer deux muletazos à son premier et a entendu les trois avis à son second.

Le premier (JM Aristrain) saute dans le capote de Navarette avant de prendre trois piques en se défendant. Il pousse à la première, sort seul de la seconde et saute à la gorge du piquero à la troisième. A la muleta, le novillo est compliqué. Il serre des deux côtés et avertit plusieurs fois le novillero et finira par le secouer. Garcia Navarette a du métier et beaucoup de courage. Il s’arrime, applique par moment les bons théorèmes, ceux de la lidia des Nuñez. Il améliore la charge du bicho à gauche sans totalement résoudre le problème. A droite, c’est trop compliqué. Le novillero de Vilchès tue d’une demie habile et est invité à saluer au tiers.

Le second (Aguadulce), distrait à son entrée en piste, prend trois puyazos s’améliorant sous le fer. A la muleta, il est sérieux, demande les papiers mais on saura jamais s’il avait plus de qualités. Complètement dépassé, sans aucun recours Jorge Rico est incapable de tirer plus de deux muletazos sans reculer et perdre du terrain. Sans que la faena ait vraiment commencé, il prend l’épée. Il entre à matar en prenant le périphérique et est catastrophique avec le descabello. Le toro finit par tomber peu de temps avant le troisième avis.

Le troisième (Aguadulce), bien piqué par Laurent Langlois, prend deux bons puyazos en poussant. Le toro est juste de forces. Les toros d’origine Nuñez ont cette particularité de se défendre dès que quelque chose ne leur convient pas que ce soit une lidia appropriée ou une faiblesse qui les met en infériorité. Le toro d’El Adoureño manque de forces. Très vite il se met sur la défensive et devient compliqué sur les deux pitones. Après un bon début par le haut, Yannis a du mal à corriger les défauts d’un animal qui se décompose rapidement. Après une demie et une entière un peu en avant, le toro tarde à tomber et quand il tombe le puntillero le relève à trois reprises. Tout cela a le don d’énerver une bonne partie du public.

Le quatrième (Aguadulce) est très mal piqué. Navarette, toujours aussi courageux, est moins pertinent dans sa tauromachie qu’à son premier. Presque logiquement le Nuñez se met sur la défensive et devient compliqué sur les deux cornes. Garcia Navarette arrive toutefois à tirer deux bonnes séries en fin de faena avant de très mal tuer d’un bajonazo atravesado et d’une mete y saca.

Le cinquième (JM Aristrain) prend trois piques sans grand style. Il est manso mais de là à justifier la déroute de Jorge Rico ……………… Le novillero est gagné dès le premier muletazo par le doute. Il recule à chaque tentative de passe. Après une faena « chasse mouche », il prend l’épée. Toujours aussi maladroit avec le verdugo, il finit par entendre les trois avis. L’utrero est puntillé depuis un burladero.

Le sixième (Aguadulce) est un joli colorado. Il se grandit sous la première pique, provoquant la chute du groupe équestre. Le picador Jesus del Bosqué, un moment la jambe coincée sous le cheval, est évacué vers l’infirmerie. Laurent Langlois prend le relais pour remettre les choses d’aplomb avec deux bons puyazos pris avec bravoure et force par le novillo. Après avoir brindé au public, El Adoureño, après deux bonnes séries qui mettent en exergue les qualités du novillo, choisit une tauromachie plus prompte à porter sur le public. Frustré depuis le début de la corrida, le public adhère et sort de la torpeur dans lequel il a été plongé par les cinq faenas précédentes. C’est bien, confirme que le torero est dans une meilleure passe qu’en début de saison, et lui permet de couper une oreille après une bonne entière en place mais on attendait plus de la lidia, par un novillero expérimenté, d’un très bon novillo qui avait plus de choses à exprimer .

Fiche technique
Arènes de Parentis, première corrida de la Féria 2018
Quatre novillos d’Aguadulce et deux de JM Aristrain (1er et 5ème) très bien présentés, intéressants au cheval mais qui n’ont pas eu la lidia appropriée à leur encaste pour :

David Garcia Navarette : salut au tiers, silence
Jorge Rico : deux avis et pitos, trois avis et pitos
El Adoureño : deux avis et silence, une oreille

Dix sept piques, une chute
Cavalerie Bonijol
Le picador Jesus del Bosqué a été évacué à l’infirmerie après la chute provoquée par le sixième, blessure peu grave
Les piqueros ont été applaudis au second, troisième et sixième novillo
Salut du mayoral
Président : Bernard Sicet
Demi-arène
Chaleur caniculaire

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour