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Dax (13/08/2018) : Luque à hombros...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Ce n’est un secret pour personne. Chez Pedraza, il y a plusieurs lignées au fur et à mesure des essais dont le principal but a été de diminuer le volume des toros et de leur donner plus de « simplicité » au troisième tiers. Sur les six toros sortis ce lundi à Dax, deux seulement semblent être des « purs » Aldanueva. Les quatrième et cinquième, les plus dans le type de l’encaste, originelle ont été les plus intéressants au cheval et ont transmis, bien que mansos, de l’émotion au troisième tiers.

Les quatre autres, malgré la volonté des toreros de mettre en évidence le premier tiers, ont manqué de fond que ce soit au cheval ou face à la muleta. Malgré cela, si la tarde a été loin d’atteindre le niveau des sorties précédentes, l’application de Chacon et la classe de Luque ont permis au public de ne pas s’ennuyer. De Justo, moins bien servi et qui semblait fatigué est resté en dessous de ses collègues. On peut regretter que, même si les estocades ont parfois été rapides d’effet, les mises à mort n’ont pas été au niveau attendu pour des toreros réputés « bons matadors ».
Même s’il n’y a qu’un toro vraiment brave au cheval, le tercio de piques, après deux courses où il a été « oublié », à retrouver sa place au grand plaisir (ou soulagement) d’une bonne partie des aficionados présents.

Le premier, bien présenté et armé comme le seront les cinq suivants, met la tête dans la capote d’Octavio Chacon mais présente dès sa sortie en piste des signes de faiblesse. Bien piqué, il prend deux piques, la seconde en partant du centre, en poussant. Il se retourne vite dans la cape de Luque et de Chacon qui lui font chacun un quite. Le toro est noble mais juste de forces. Chacon va intelligemment le citer de loin et le laisser se reprendre entre deux temps forts de la faena. Il enchaîne trois bonnes séries de derechazos prenant le dessus sur le Pedraza. A gauche, le bicho a moins de charge et est plus compliqué. Le toro va à menos lors des séries suivantes, il part dans le terrain des planches où le torero est contraint de réaliser ses passes d’adorños. Chacon est accroché à la mise à mort. Le torero salue au tiers après deux tiers de lame et un descabello.

Le second boiteux est protesté à son entrée en piste. Il essaie de pousser au cheval lors des deux rencontres mais n’arrive pas à s’appuyer sur ses postérieurs. A la muleta, on regrettera qu’il manque de forces à chaque passe que lui arrache Daniel Luque. Le torero de Gerena toréé avec beaucoup de finesse, de classe et d’élégance mais toro est fade et ne transmet pas d’émotion. On ne peut que goûter l’esthétique des muletazos. Le toro va à menos et part aux planches. Luque tue d’une entière en arrière basse et coupe la première oreille de la tarde.

Le troisième est très bien armé. Il est fuyard au capote. C’est un manso qui s’allume un peu sous la première pique et contourne le cheval à la seconde. A la muleta, De Justo doit l’obliger beaucoup. La faena est technique mais ni le torero ni le toro ne transmettent d’émotion sauf sur la dernière série à droite où Emilio pèse plus sur le bicho. Silence pour le torero après une entière basse efficace.

Le quatrième est un superbe toro, le premier véritablement de type Aldanueva. Il est juste de forces. Il vient bien au cheval mais pousse peu. A la muleta, bien qu’il soit tardo, ce sera le toro qui aura le plus de longueur de charge. Octavio Chacon débute sa faena par des statuaires. Les muletazos suivants sont courageux mais manque de profondeur. Le public soutient le torero mais l’ensemble toro et faena vont à menos. Octavio, qui aurait du couper s’il avait mieux tué au premier, tue d’une entière basse en avant rapide d’effet et coupe un trophée pour ce qui sera sa faena la moins aboutie de l’après-midi.

Le cinquième est lui aussi un pur Aldanueva. Grâce à sa violence et son fond de bravoure, le public a pu vivre son premier vrai tercio de varas de la Féria. Le Pedraza vient avec force, de loin et en mettant les reins à trois reprises, bien mis en suerte par Luque. Le picador est applaudi. On se prend à espérer mais le toro est un manso. Il fait illusion lors des deux premières séries puis sa violence et sa mansedumbre reprennent le dessus. Il y a de l’émotion en piste. Si la faena est intéressante, elle le doit surtout à la toreria de Luque. Il construit une bonne faena avec plus de courage et d’efficacité que d’élégance comme il a pu le faire à son premier surtout après la troisième sérié. Il nous a présenté un volet différent et intéressant de sa tauromachie avec quelques muletazos pour nous rappeler le fin torero qu’il est. Il tue malheureusement très mal d’un bajonazo. Il coupe une oreille, vuelta au toro en souvenir du tercio de varas

Le dernier Pedraza, le plus léger du lot, est juste de forces et mal piqué, il s’investit peu au cheval. Après une bonne réception à la cape sans connecter avec le public, Emilio de Justo construira une faena où il aura du mal à mettre l’émotion que le toro faible et fade ne peut pas communiquer. Le torero de Cacérès a besoin d’opposants qui ont de la personnalité pour mettre en place sa tauromachie. Le Pedraza est insipide et le torero semble fatigué et la faena va à menos sans vraiment démarrer. Silence pour le torero après une mise à mort laborieuse et approximative.


Fiche technique
Arènes de Dax : troisième corrida de la Féria 2018
Six toros de Pedraza de Yeltès, bien présentés mais justes de forces, ressortent les quatrième et cinquième les plus dans le type Aldanueva pour :

Octavio Chacon : salut au tiers, une oreille
Daniel Luque : une oreille, une oreille
Emilio de Justo : silence, un avis et silence

Salut de Pérez Mota et Alfredo García Cortés de la cuadrilla de Luque après le tercio de banderilles au cinquième
Treize piques, cuadra Bonijol
Président : Bernard Sicet
Lleno
Après une journée pluvieuse, météo menaçante et humide

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour