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Dax (14/08/2018 - tarde)  : Juan Bautista ouvre la porte principale des arènes dacquoises...

©ElTico
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L’art du solo en tauromachie force forcément le respect par l’implication physique et surtout mental qu’il suppose et impose au torero. Le fait de choisir des toros d’encastes différentes permet de varier les faenas et de toucher des sensibilités taurines différentes. Juan Bautista a parachevé son triomphe lors de son encerrona dacquoise par une faena spectaculaire et brillante face au sobrero de Jandilla. Pourtant la faena la plus aboutie est celle qu’il a réalisée face à un très grand toro de Victorino Martin. 

Bien commencée face au premier toro de Montalvo, la course a connu un moment plus creux avec un La Quinta qui a bien débuté mais est allé à menos, un Pedraza violent et/ou encasté qui aurait mérité un puyazo supplémentaire et un La Dehesilla aussi insipide que ceux sortis à Eauze. Elle est allée à mas par la suite avec le Victorino et le sobrero de Jandilla.
Lleno et belle ovation pour Juan Bautista à l’issue du paseo qui a ouvert cette quatrième et très attendue corrida de la Féria de Dax.

Le premier toro (Montalvo) est accueilli de rodillas par le torero arlésien avant une bonne série de véroniques. Il est peu piqué et s’emploie peu sous le fer. Brindé au public, le toro est noble mais manque d’alegria. Le niveau technique de Jean Baptiste lui permet d’exploiter, en début de faena, cette noblesse surtout sur la corne droite même si le toro transmet peu. A gauche, il ne permet pas grand-chose. Il finit par aller à menos, laissant porter au torero le poids de la faena. Le torero français coupe la première oreille de l’après-midi après une entière légèrement tombée et rapide d’effet.

Le second (La Quinta) est totalement dans le type de l’encaste. Il prend deux piques en poussant mollement. Il est très noble et humilie bien dans le style des Buendia. Les deux premières séries main basse et toro humiliant laissent augurer d’une faena intéressante. Après une petite faute sur la troisième et une tentative avortée à gauche, le toro et la faena vont à menos. L’ensemble, y compris la mise à mort, n’atteint pas le niveau espéré après l’entame de la confrontation.

Le troisième est un Pedraza de Yeltès, typé Aldanueva. Il est violent à sa sortie en piste. Il prend deux bonnes piques sans vraiment s’investir. Au vu de la suite des évènements, il est légitime de se demander si une troisième rencontre un peu appuyée n’aurait pas été nécessaire. A la muleta, le toro est toujours violent avec un charge vive et parfois désordonnée. La faena est décousue et le torero n’arrive pas à canaliser un toro qui finit par se décomposer. De cette faena, outre l’interrogation sur le tercio de piques, on retiendra une bonne estocade. L’arrastre est applaudie et le torero salue.

Le quatrième est un toro de La Dehesilla. Rien n’est à retenir d’un bicho décasté. Inexistant au cheval, il manque de charge , de fond et de race à la muleta. Le torero arlésien abrège rapidement une confrontation qui manque totalement d’intérêt.

Le moment très attendu par une grande partie des aficionados était la confrontation entre le torero arlésien et le toro de Victorino. Ce dernier, bien dans le type, fait une sortie « énergique » Il humilie bien et permet au torero de jolies passes de réception à la cape. Il est peu piqué, semble marquer le coup mais comme c’est un Santa Coloma, il se reprend très vite et poursuit un des banderilleros jusqu’aux talanquères. Après une série de « prise de contact » Jean Baptiste se connecte avec le toro et, dans le style adapté à cet encaste, il enchaîne des derechazos templés , le toro chargeant en humiliant sans naïveté avec beaucoup de classe . Le Victorino est plus court de charge à gauche. Le torero pose l’épée et avec finesse se lie avec le bicho et toréé al natural de la main droite. Torero et toro sont des monuments de classe . Ce seront les plus beaux moments de la corrida. L’arrastre est très applaudie et le torero coupe une oreille après une bonne épée. Sortir le mouchoir bleu n’aurait pas été une erreur.

Le sixième est un joli toro de Jandilla. Juan Bautista, décidé à finir sur un triomphe, le fait peu piquer, réalise des quites variés et prend les banderilles pour un tercio de bon niveau . Malheureusement le toro se casse une corne en tapant contre un burladero. Il est remplacé par un exemplaire du même fer très bien armé. Le torero reprend son ouvrage. Il l’accueille par des largas de rodillas. Il le fait peu piquer. Le toro est noble, franc et offre beaucoup d’options. Le torero arlésien enchaine des lances de cape variées et originales. Il brinde le Jandilla au public et débute sa faena par des cambiadas serrées. Après deux séries plus classiques et avant que le toro ne baisse de ton, il réduit les terrains et entame une seconde partie de faena sur un terrain réduit, plus vibrante et plus spectaculaire. Toro, torero et public se « connectent » pour un final à « émotion » conclu par une grande estocade à recibir . Grande ovation, deux oreilles et la Porte Principale des arènes pour une sortie à hombros très fêtée, le torero étant amené jusqu’à l’Hôtel du Splendid comme à la grande époque de l’établissement thermal dacquois.

Juan Bautista a gagné son pari , les plus puristes retiendront la confrontation avec un grand toro de Victorino, les autres l’alegria de la dernière faena.


Fiche technique
Arènes de Dax : quatrième corrida de la Féria
Six toros dans l’ordre de sortie de Montalvo, La Quinta, Pedraza de Yeltès, La Dehesilla, Victorino Martin (le meilleur du lot) et un sobrero de Jandilla (le plus « brillant » de
la course) pour :

Juan Bautista , unique espada : une oreille, silence, silence, silence, une oreille, deux oreilles

Sobresaliente : Salvador Ruano . Miguel Ángel Sánchez
Douze piques, cavalerie Bonijol
Président : Franck Lanati
Lleno
Le soleil et la chaleur sont de retour

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Laurent ElTico Deloye