Béziers (15/08/2018 - tarde) : Juan Leal coupe trois oreilles et ouvre la Puerta Grande...

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©ElTico
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C'est sur la sortie a hombros par la Puerta Grande de Juan Leal que s'est achevée cette Feria de Béziers 2018, un crû débuté poussivement mais qui se termine en apothéose sur quatre Grandes Portes consécutives... De quoi se demander si le Président Daudé, pourtant peu enclin à l'octroi de la seconde oreille d'un toro, qui certes lui appartient, mais qui conditionne surtout l'ouverture de l'issue des triomphes aux arènes du Plateau de Valras, n'a pas quelque peu changé son fusil d'épaule en cours d'exercice...

Ce qui ne modifie en rien l'impact des deux prestations de Juan Leal, très convainquant aujourd'hui à Béziers avec un lot de Pedraza de Yeltes présentant ses complications, auquel il a su imposer ses volontés, une épée trasera et un peu tombée au cinquième lui interdisant de doubler la mise malgré les demandes insistantes du public. Dans l'euphorie générale, la dépouille de ce toro sera primé d'une vuelta al ruedo posthume qui ne s'emposait pas, le matador arlésien ayant à lui seul inventé la faena qui convenait à cet exemplaire juste de race.
Du côté de ses compagnons de cartel, Manuel Escribano a salué à deux reprises et Roman, un peu à la peine aujourd'hui, a coupé l'oreille du troisième, lors d'une tarde entretenue. Et ce grâce à des Pedraza de Yeltes superbement présentés, souvent spectaculaires au cheval sans déborder de bravoure, qui ont largement fait oublier certaines des dernières Miuradas, pourtant traditionnelles à Béziers le 15 août, et particulièrement la sinistre dernière en date...

Laurent ElTico Deloye

 

La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Manuel Escribano salua par deux largas de rodillas son Pedraza avant que ce dernier ne montre de la faiblesse sur les capotazos suivants. Le Pedraza prit deux piques sans vraiment s'employer avant de voir Juan Leal et Escribano se défier lors d'un duel de quites, remporté esthétiquement par le français. Le torero de Gerena posa les palos avec efficacité dont une dernière paire par quiebro le long des planches, dans le pur style de la maison. Début osé d'Escribano à genoux, se faisant de plus en plus serrer au fil des muletazos. Devant cet animal ne proposant qu'une demi charge sans classe, l'espagnol tira tout ce qu'il put lors d'un trasteo méritoire sans relief, faute d'adversaire. Manoletinas heurtées en guise de clôture de faena, avant d'estoquer par lame basse au second essai de résultat lent. Ovation avec Salut.

Juan Leal lidia par fuera un Pedraza se retournant court dans le capote de salida. L'astado vint de loin sur la première pique mais ne poussa que partiellement sous le fer. Sur le second contact, le Pedraza rentra fort dans le caparaçon, éjectant instantanément le piquero de sa monture. Lors de la troisième rencontre, le toro rentra avec toujours autant de force et de conviction mais sans parvenir à pousser. Le début de faena, les deux genoux en terre, plein centre, fut osé et réussi. Mais dès les muletazos suivants, le toro montra que peu d'allant dans les charges, avec un grand côté soso. Après deux séries gauchères très douces mais manquant d'intensité dû aux piètres conditions de son adversaire, Juan eut le mérite d'inverser la tendance et de faire vibrer l'assistance par une tauromachie tremendiste, s'offrant un véritable arrimon en enchaînant les passages dans des périmètres très rapprochés, toujours à la merci des deux poignards que portait le Pedraza. Deux oreilles après une entière traserita.

Le troisième pour Roman vint par deux fois au groupe équestre en zigzaguant, compliquant la pose correcte de la puya. Le Pedraza fit preuve d'une bravoure mesurée et fit tomber la cavalerie en fin de seconde pique. Au dernier tiers, le toro fut maniable sur les deux rives malgré un manque de force palpable et une manie de sortir tête haute du muletazo. Après plusieurs séries très irrégulières, Roman trouva enfin le bon rythme sur le côté droit, servant une série de belle facture qui déclencha la musique. Nouvelle série droitière du même calibre avant des luquecinas finales en dent de scie. Le valencian clôtura sa prestation par une épée en place. Oreille généreuse.

Escribano salua le quatrième du lot par porta gayola avant de le conduire au lancier pour deux rations de fer qui ne figureront pas dans les annales. L'andalou écouta une chaleureuse ovation après un tercio de banderilles vibrant, clôturé par un quiebro al violin. L'entame de faena fut donné par cambiadas au centre avant qu'Escribano ne donne une série droitière douce et templée, déclenchant instantanément les accords musicaux. Joie de courte durée puisque le Pedraza s'éteignit aussitôt, faisant perdre tout intérêt à son labeur. Le pinchazo fut suffisant à faire vaciller cet astado amorphe. Ovation avec Salut.

Juan Leal lidia par fuera un animal distrait. Le Pedraza poussa correctement la monture sur la pique initiale avant une seconde pour la forme. Après un brindis à Robert Margé, le français débuta son trasteo avec beaucoup d'aguante lors de cambiadas, plein centre. Le protégé de Maurice Berho trouva immédiatement la bonne distance sur un bon piton droit, servant ainsi deux importantes séries parfaitement templées. Après un passage gaucher sans grand résultat par manque de matière première à exploiter, l'arlésien fit lever la foule sur trois séries de muletazos et redondos très stoiques, se faisant passer les pitons le long de la taleguilla sans bouger d'un millimètre ses zapatillas, impactant ainsi avec force sur des tendidos conquis. Oreille après entière trasera concluante. Vuelta posthume très généreuse au Pedraza.

Le dernier se montra brave lors du contact initial avant une ultime puya plus mesurée et sans histoire. Au dernier tercio, le Pedraza mit Roman à l'épreuve, demandant les papiers avec son lot de complications dont une tête parfois chercheuse. Sans dominer son sujet, ni résoudre les équations posées, l'espagnol servit un trasteo peu convaincant, se faisant déborder à maintes reprises en fin de combat. Épée atravesada suivie de deux coups de verdugo. Silence.


Arènes de Béziers (34)
Mercredi 15 août à 18h
6 toros de Pedraza de Yeltes
Poids : 570 , 580 , 595 , 575 , 570 , 560.
1/3 de plaza.
Beau temps
Durée : 2h40


M.Escribano : Ovation avec Salut après avis / Ovation avec Salut.
J.Leal : Deux oreilles / Oreille.
Roman : Oreille après avis / Silence après avis.


Vuelta posthume du numéro 30 , de nom "Joyito" , né en août 2013 , pesant 570 kilos, sorti en cinquième position.
Daniel Lopez gagna le prix du meilleur piquero pour sa prestation au cinquième exemplaire.
Sortie à hombros par la grande porte de Juan Leal.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico