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Dax (15/08/2018 - tarde) : En attendant l’Agur...

©Roland Costedoat
©Roland Costedoat
Le titre de la reseña reflète l’ambiance qui règne sur les gradins dacquois pour cette dernière course du cycle. Une bonne partie des spectateurs vient pour entendre le concert final en regardant des toros. Cela fait un public froid qui a besoin de spectaculaire pour sortir de sa réserve. Il est difficile pour les aficionados présents d’être suffisamment moteurs pour faire le faire bouger lors de faenas sérieuses, techniques, avec une tauromachie sans fioritures, si les toros transmettent peu.

Au-delà de remplir ou pas les gradins, il est nécessaire de se poser la question du type de cartel et d’élevage pour cette course. Une affiche Escribano, Fandi et Colombo face à des toros « brillants » semblerait plus adaptée. Les toros d’origine Buendia sont souvent nobles mais peuvent vite devenir sosos ou du moins languissants s’ils manquent de piquants ou, et c’est souvent le cas, de forces. C’est ce qui s’est produit ce mercredi à Dax. Ils n’ont pas eu les moyens de leurs intentions au cheval. Au troisième tiers, ils suivaient la muleta sans chispa et sans humilier, ou qu’on les fasse humilier pour certains. Des trois toreros, c’est Juan del Alamo qui a construit les deux faenas les plus intéressantes, incomplètes certes mais techniquement intéressantes. Il a cette capacité à soutenir, aider et allonger la charge des toros. Mais le public est resté de marbre parce que c’est une tauromachie plus pour public madrilène ou du moins aficionados plus avertis.
Si au cheval, les toros ont poussé dans la limite de leurs forces, ceux de Tomas Campos n’ont pas été aidés par deux piqueros adeptes de la carioca. On retiendra la bonne prestation de Juan José Esquivel face au manso sorti en quatrième, le piquero a probablement évité au bicho, les banderilles noires.

Le premier, comme les cinq autres toros sortis ce jour, est dans le type de l’encaste, bien fait et bien armé. Il est juste de force et s’investit peu au cheval. Après un échange de quites entre Thomas Dufau et Del Alamo, Marc Antoine Romero et Manolo del Reyes, auteurs d’un excellent tercio de banderilles, sont appelés à saluer monteras en main. Thomas Dufau commence par doubler le Ana Romero pour l’amener au centre et enchaîne deux séries de derechazos, sincères, mais qui ne pèsent pas suffisamment sur le bicho qui serre sur cette corne. Le toro est meilleur à gauche et le landais tarde à le toréer sur ce côté et n’exploite pas les possibilités offertes avant que le Buendia n’aille à menos. Le torero français salue après une épée entière très engagée , légèrement basse, et rapide d’effet.

Le second est applaudi à son entrée en piste. Il prend deux puyazos en se défendant plus qu’il ne pousse. A la muleta, le toro arrive avec une charge désordonnée (violente étant un terme difficile à utiliser pour qualifier un Buendia). Dès les deux premières séries à droite, Juan del Alamo trouve distance et rythme pour canaliser le toro et allonger sa charge. Paradoxalement , quand il prend la main gauche, côté où l’animal fonctionne moins bien , il garde la muleta et le bicho près de lui , raccourcit sa charge. Retour rapide à droite, mais le ressort semble cassé, et l’ensemble va à menos. Del Alamo salue après une épée plate et tombée.

Le troisième pousse au cheval ce dont profite le piquero pour lui infliger deux cariocas. Le toro est noble mais n’humiliera pas beaucoup à la cape et à part la première série ne baissera pas la tête à la muleta. Après un début main basse pour amener le toro au centre, Tomas Campos prend la main gauche pour deux séries qui auraient gagnées à être plus centrées comme les deux naturelles superbes qui sont déclenchées par le torero au milieu de passes plus « fades ». A droite le torero ne pèse pas sur un animal dont la noblesse et la « suavité » auraient du permettre plus à un torero réputé « artiste » . La mise à mort est laborieuse et le puntillero maladroit ce qui déclenche quelques sifflets au retour du torero vers le callejon.

Le quatrième est un invalide renvoyé au corral et remplacé par un exemplaire du même fer qui est à peine plus solide. Le toro est peu piqué et se défend sous le fer. Il est faible, parfois andarin. Thomas Dufau commence sa faena, brindé à Pierre Albaladejo, par deux bonnes séries à droite mais tout cela manque d’émotion, le toro manquant de forces et tombe à plusieurs reprises et va à menos. Silence après une quasi entière contraire.

Le cinquième se comporte en manso au cheval. Il faudra l’efficacité de Juan José Esquivel pour lui imposer un puyazo nécessaire et sous lequel le toro s’allumera et après lequel il sera plus impliqué dans le combat. On a également vu la limite de ne faire sortir qu’un seul picador en piste. Si cela facilite la lidia des toros braves, il manque un point d’appui pour piquer les mansos perdidos. Sur mon petit carnet, au long de la faena de Juan Del Alamo, j’ai noté à plusieurs reprises « bonne série » et aussitôt après «  le toro ne transmet pas beaucoup » et « la majorité du public ne perçoit pas ce qui se joue en piste ». Del Alamo bâtit une faena intéressante avec des séries construites et qui pèsent sur le toro. Le toro est noble et manque de chispa ce qui pénalise le travail appliqué du torero. Juan essaie par des séries courtes et spectaculaires et des molinetes rageurs de faire bouger les gradins mais cela est presque plus compliqué que de donner de l’alegria au toro. On est probablement passé à côté d’une bonne faena, voire une très bonne faena mais toro et public n’ont pas joué le jeu. Silence après deux pinchazos et une entière tombée.

Le sixième est comme le troisième mal piqué. Il est noble, très juste de forces et gêné par un problème locomoteur. Au centre de la piste, le toro de Badajoz commence une faena similaire à celle faite au troisième. Elle manque d’émotion parce que le toro transmet peu. Elle comporte des séries inégales comportant quelques très belles passes en particulier à gauche. Et puis, comme on lui a déjà vu faire en d’autres circonstances, Tomas change de manière de toréer quand le toro commence à baisser de ton. A partir de ce moment, Campos se croise, enchaîne des séries très élégantes et même profondes et la faena prend une autre dimension et se termine par un superbe adorño. Petite question : « Pourquoi ne pas commencer à toréer comme cela en début de faena ? ». Nous n’avions pas, comme au bac trois heures pour y répondre parce l’heure de l’Agur était proche. Campos coupe une oreille après une bonne épée entière.


Fiche technique
Arènes de Dax : cinquième et dernière corrida de la Féria 2018.
6 toros, le quatrième comme sobrero, de la ganaderia Ana Romero, bien présentés, nobles justes de forces et de transmission pour :

Thomas Dufau : salut, un avis et silence
Juan del Alamo : salut, un avis et silence
Tomas Campos : un avis et silence, une oreille

Douze piques, cavalerie Bonijol
Poids des toros : 545/510/490/525/530/520 Kg

Salut de Marc Antoine Romero et Manolo de los Reyes après un très bon tercio de banderilles au premier
Président : Yves Charpiat
Lleno
Ciel bleu et chaleur

Thierry Reboul