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Mimizan (18/08/2018) : El Fandi et Tomas Campos triomphent...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Pour la huitième édition de la corrida des Fêtes de Mimizan, le club taurin local a renouvelé sa confiance à la ganaderia Loreto Charro qui avait triomphé l’an passé. A l’exception d’un premier plus léger et mal armé, initialement prévu comme sobrero, les cinq derniers exemplaires avaient du trapio et des armures bien plus imposantes qu’il n’est requis dans une arène de troisième catégorie.

Au plan comportement, ils ont été un ton en dessous de ceux lidiés en 2017. Toros de média casta, ils n’ont pas livré de grandes peleas au cheval, poussant peu et sortant souvent seul. A la muleta, à l’exception des nobles mais justes de forces troisième et quatrième qui ont servi les toreros, ils ont manqué de fond. Les deux derniers, plus compliqués, avec une pointe de genio ont livré les peleas les plus intéressantes pour les aficionados.
Côté toreros, le public a voulu voir Fandi, et il a vu du Fandi. A l’exception d’un grand tercio de banderilles au quatrième, le torero de Grenade a déroulé sa tauromachie superficielle, faite de peu de lidia et de beaucoup de décoration. Il a touché le meilleur toro du lot, très collaborateur, faible donc lent et sans violence. Le public a adhéré, les aficionados moins mais c’est le cas lors de chaque prestation de ce torero.
Juan del Alamo a eu quelques bons moments au cinquième mais a mal tué. Tomas Campos, artiste au troisième a fait preuve de beaucoup de courage pour construire une bonne faena au toro compliqué sorti en dernière position.

Le premier est mal présenté avec une tête commode. Il prend une seule pique en poussant un peu. Après un tercio de banderilles appliqué mais manquant d’alegria, El Fandi le brinde au public. Il est désarmé en commençant sa faena de rodillas. Le toro est noble, ne pose pas de problèmes particuliers mais le torero a du mal a trouver le bon sitio, recule souvent entre chaque place. La faena marginale et superficielle est conclue par une demi-épée, à la rencontre, sur un extraño du toro.

Le second prend une première pique sans pousser et sort seul. Cela lui vaut une deuxième ration de fer carioquée. A la muleta, il est violent avec une charge très courte que ce soit à droite ou à gauche. Il ne transmet, ni permet pas grand-chose. Pour « animer » sa faena, Juan del Alamo force le trait avec une tauromachie « pueblerina », tauromachie qui lui convient peu et dans laquelle il n’excelle pas. Il coupe la première oreille de la tarde après une demie en place et rapide d’effet.

Avec le troisième on monte d’un cran en termes de volume et d’armures. Pas du tout mis en suerte, il prend trois puyazos : un premier dont il sort seul, un second en revenant seul sur le cheval et le troisième en chargeant le piquero pendant la sonnerie. En début de faena, le toro est noble. Tomas Campos profite de sa charge pour enchaîner, après avoir doublé, sur une bonne série à droite. La suivante est plus approximative. A gauche le toro se livre moins bien, et est même fuyard. Sa charge baisse d’un ton. Campos reprend la droite, profite de ce qui reste de forces au toro pour réaliser une très bonne série de derechazos. Le toro va à menos et la faena aussi. Le torero de Badajoz, soutenu par l’AAJT, pinche une première fois avant de loger une belle épée entière efficace et de couper lui aussi une oreille.

Le quatrième est un très joli colorado qu’El Fandi accueille par des largas de rodillas. Le toro semble intéressant mais il est juste de forces. Il prend un picotazo ultra light. Ainsi économisé, il permet au torero de faire son show aux banderilles en particulier avec une troisième et quatrième paires enchaînées l’une après l’autre sans temps mort. Le torero cite, avec quatre banderilles dans les mains, pour une paire al violin avant d’enchaîner une paire plus classique et de se faire poursuivre en courant en marche arrière. Le numéro est brillant, bien rôdé et porte bien entendu sur le public. La faena débute, à genoux, dans les planches. Le toro est faible, il perdra les pieds sur la seconde série. Noble, il a de la fixité et ne demande qu’à passer. Entre les mains d’un torero un peu artiste, qui court la main, on aurait pu voir une faena intéressante avec une certaine émotion artistique. El Fandi, qui a du métier, a détecté les qualités du bicho. Il va les utiliser pour bâtir une faena à base de faroles, de séries incomplètes terminées en se collant contre le toro. Une grande partie du public « connecte » avec une faena « brillante » mais marginale et très superficielle. Il y avait autre chose à faire avec ce Loreto Charro, le meilleur du lot. El Fandi tue d’une épée contraire, scénarise la mort du toro et coupe deux oreilles. La première que l’on doit accepter car le torero sait y faire pour connecter avec le public et la pétition est règlementairement majoritaire. La seconde, celle du palco est plus que très généreuse, tout comme la vuelta accordée à un toro qui n’a pris qu’un picotazo plus que symbolique.

Le cinquième, très bien présenté, sera le plus intéressant au cheval, mais ne sera mis en suerte qu’une fois alors qu’il avait mis les reins à la première et qu’il a un peu plus de forces que les précédents. Dès les premiers muletazos, on voit que le Loreto Charro est plus manso que noble. Il passe bien à gauche mais demande beaucoup d’autorité à droite. Après deux bonnes séries de naturelles, en allongeant la charge du toro, Del Alamo prend la main droite. Le toro ne se livre pas sur cette corne. Le toreo va essayer de l’améliorer sur ce côté. Il y parvient partiellement au prix d’une faena décousue, se déplaçant et/ou se faisant promener par le bicho dans tous les terrains de la placita mimizannaise. La faena, bien qu’insuffisamment aboutie est intéressante pour l’aficionado. Elle manque de spectaculaire pour le public moins averti. Le torero de Ciudad Rodrigo salue timidement après une vilaine épée basse, hémorragique, mais rapide d’effet.

Le sixième, le plus beau du lot, est applaudi à son entrée en piste. Il commence à s’attaquer au démontage d’un burladero, remate à plusieurs reprises sur des peones. Sans lidia et mise en suerte, il prend trois piques. Il sort seul d’une première rencontre trasera. Il recharge sans être mis suerte pour une carioca dont il sort à nouveau seul. Il pousse en se défendant à la troisième. Le toro est un manso, sérieux, qui envoie un coup de tête à chaque passe et qu’il faut toréer avec autorité. Ce n’est pas le type d’animal le plus adapté à la tauromachie de Tomas Campos. Beaucoup de toreros auraient été mis en difficulté. Pourtant, sans arriver à dominer, un bicho qui restera maître du combat, avec beaucoup de courage il bâtit une faena appliquée et sérieuse. De l’ensemble ressortent à mi parcours, juste avant de prendre la main gauche, deux très bonnes séries de derechazos. A gauche, c’est plus compliqué et complexe, le torero ne trouve pas la solution. L’ensemble, qui est allé à menos, est conclu par un très bon coup d’épée qui a lui seul vaut l’oreille accordée.

Campos et El Fandi sortent à hombros. Le public est content à la sortie des arènes. Il a vu le Fandi faire son numéro. Heureusement qu’il y avait dans la présentation, le comportement du bétail et l’application des deux autres toreros d’autres motifs, si ce n’est de satisfaction, du moins d’intérêt.


Fiche technique :
Arènes de Mimizan : corrida des Fêtes 2018
6 toros de Loreto Charro, à l’exception du premier, bien présentés et armés, fades les deux premiers, nobles les deux suivants et mansos les derniers pour :

El Fandi : silence : un avis et deux oreilles (la seconde généreuse)
Juan del Alamo : un avis et une oreille, un avis et salut
Tomas Campos : une oreille, un avis et une oreille

Vuelta très généreuse au quatrième quasiment pas piqué
Onze piques, cavalerie Bonijol
Président : Didier Godin
Soleil mais Brise marine plus que rafraîchissante
Deux tiers d’arène

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour