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Saint Perdon (26/08/2018) : l’émotion nait de la caste...

@Matthieu Saubion
@Matthieu Saubion
Date importante et incontournable de la temporada dans le Sud-Ouest, l’édition 2018 de la novillada concours de Saint Perdon a été intéressante d’un bout à l’autre de la tarde. Le prix au meilleur toro n’a pas été attribué car il n’y a pas eu de bicho avec des qualités de bravoure et de noblesse au niveau d’exigence de ce qui est une des plus importantes « concours » de la temporada. Mais chaque novillo avait quelque chose d’intéressant et le sérieux, tant au plan présentation que comportement, qui transmet de l’émotion a fait que la course a été entretenue.

La palme revient au Coquilla de Sanchez Fabrès sorti en sixième position, auteur d’un tercio de piques spectaculaire comme le sont ceux des mansos con casta. A la muleta, toujours aussi manso et encasté, il a permis à Dorian Canton de construire une très belle faena dominatrice ou torero et toro sont allés à mas. Ce type de toros et l’émotion qu’ils créent en piste touche aussi bien les aficionados avertis que les néophytes, témoins les échanges, à l’issue de la course, avec des personnes qui découvraient la tauromachie.
Le novillo le plus complet, celui de Flor de Jara, est malheureusement tombé sur un Angel Jimenez, très peu inspiré et souvent dépassé tout au long de l’après-midi
Le fait d’être revenu à un plateau avec six encastes différents a largement contribué à l’intérêt de cette novillada concours amenant cette diversité génératrice d’intérêt et très formatrice pour les novilleros et les aficionados.
La corrida concours est l’occasion de mettre en évidence, le travail des piqueros. Ce sont les piqueros français qui se sont montré les plus performants, en particulier Jean Loup Aillet, excellent face au dernier et ovationné par le public. Côté piqueros espagnols, tous n’ont pas joué le jeu de la concours, avec des piques montées à l’envers par au moins deux d’entre eux.
Si la course s’est bien finie, elle a pourtant mal commencé. En premier lieu, sort un superbe novillo de Barcial Cobaleda. Malheureusement, au bout de quelques secondes, le toro est secoué par des tremblements, tombe au sol et doit être puntillé. Sort alors le Flor de Jara qui devait être lidié en quatrième position. Bien présenté et surtout dans le type de l’encaste, il est piqué par Mario Benitez. Le Buendia prend trois piques venant fort au cheval et mettant les reins à la poussée. Placé de plus en plus loin, il tarde un peu à partir à la troisième rencontre mais se rattrape en poussant dès le contact avec le fer. Dès les premiers capotazos, le novillo a mis en difficulté Angel Jimenez. Aux banderilles, il coupe le terrain aux peones. C’est un bicho, sérieux avec de l’exigence mais aussi avec la noblesse caractéristique de cet encaste. Après une bonne série à droite, le novillero perd sitio et confiance. La faena est courageuse mais très brouillonne et le toro devient lui aussi brouillon alors qu’il est capable de charger en mettant la tête. Un seul muletazo à gauche, ce qui est contraire à l’esprit d’une novillada concours, le torero n’insiste pas parce que le toro semble avoir moins de charge sur cette corne. Difficile de juger, un novillo quand le torero a tout fait pour le faire aller à menos. Mise à mort en deux temps, un peu longue d’effet, silence pour le torero et palmas pour l’arrastre.

Le second est un Puerto de San Lorenzo (encaste Atanasio Fernandez / Lisardo Sanchez) bien fait et dans le type. Il est piqué par Carlos Prieto. Difficile à fixer (normal pour un Atanasio), pas très bien lidié, il prend trois piques avec un fond de bravoure et en poussant. Dès les premiers derechazos d’Angel Tellez, le novillo met la tête dans la muleta. Le jeune torero n’allonge pas la charge d’un toro. A droite, il ne se croise pas. Il ne pèse pas sur le Puerto de San Lorenzo ce dont ont besoin les toros de cette encaste pour s’exprimer et aller à mas. Sur la corne gauche, le novillo est très bon. Après une bonne série, sur le voyage, Tellez veut profiter de ce bon piton. Très marginal, il se fait déborder et finit par être désarmé. Les adorños sont aussi brouillons que la faena. Silence pour le torero après une demi-épée et une entière atravesada, palmas à l’arrastre.

Si les deux premiers avaient une morphologie de novillos, l’exemplaire d’Antonio de San Roman (Domecq X Nuñez par Torrestrella) sorti en troisième position a déjà la conformation d’un toro de quatre ans. Bien reçu à la cape par Dorian Canton, Il est piqué par Sanguesa. Faible, il ne prend que deux puyazos sans s’investir et sans grand style. Il est très bien banderillé par El Santo et Miguelito. Après avoir brindé au public, Dorian commence sa faena par des cambiadas. Il prend la main gauche pour une série enchainant passe aidée, firma, naturelle et pecho. A droite, le béarnais profite de la noblesse du novillo pour le citer de loin, le toréer avec douceur, compte tenu de sa faiblesse. De la première série à droite, on retiendra deux très bons muletazos et sur la suivante, l’excellent troisième derechazo. Dorian reprend la main gauche pour une nouvelle série de passes variées et conclut par une série plus brouillonne à droite. L’Antonio San Roman n’a pas les qualités attendues pour une novillada concours. Il manque de bravoure et de forces, mais il est noble et permet au torero de s’exprimer. Dorian Canton s’engage avec beaucoup de sincérité pour une très bonne estocade entière qui a elle seule valait une oreille. Président et public sont en phase pour ce premier trophée. Pour la seconde, le palco résiste à la pétition du public, ce qui peut se comprendre, si on met de côté l’affection que l’on peut avoir pour un torero, par la noblesse un peu fade et le manque de forces du novillo.

En quatrième, et hors concours, sort un sobrero de Coquilla de Sanchez Fabrès. Dans le type, mais plutôt maigrichon, il est piqué par Nicolas Bertoli. Il prend une pique et un picotazo sans s’investir. Il est très mal banderillé par des banderilleros totalement dépassés. Angel Jimenez est lui aussi dépassé. Il ne sait pas comment prendre le problème. Le novillo n’est pas un foudre de guerre. Il est prêt à se laisser faire, à condition, comme souvent pour les Coquillas, de lui montrer le bon chemin. Jimenez qui est déjà passé à côté du Flor de Jara est vite débordé, enchaîne des muletazos sans se croiser, ni peser sur animal qui finit par être distrait et par se désintéresser de la muleta. Tout cela se termine par un fracaso avec les aciers, la montre tourne, le troisième avis sonne et le toro rentre vivant au toril. Silence indulgent d’un public « intelligent ». Après ce double échec , le novillero , qui n’est plus tout jeune, se doit de se poser les bonnes questions , voire de remettre en question .

En cinquième sort un Ventana del Puerto (encaste Aldanueva), bien présenté. Il est piqué par Prado. Il manque de forces et n’est présenté que deux fois au cheval. Mal lidié, il vient bien et pousse dans la limite de ses moyens. Au troisième tiers, il sera noble, limite ou parfois totalement soso. Angel Tellez ne va rien faire pour l’améliorer et le faire aller à mas. A droite, il ne trouve pas le sitio. Profilé, il recule à chaque passe. A gauche, il va tirer des naturelles sans les lier. Le toro passe, promène le novillero dans le ruedo. Tellez, qui est un novillero qui a de l’officio, finit par toréer de face. Il lie alors une très bonne série de naturelles, les meilleures de la tarde, ce qui lui permet de couper une oreille après une entière un peu basse et rapide d’effet.

Le sixième est un Coquilla de Sanchez Fabrès (encaste Santa Coloma / Coquilla). Il est parfaitement dans le type de l’encaste. Haut, charpenté et bien armé, comme l’exemplaire d’Antonio San Roman, il a la morphologie d’un toro. Il est piqué par Jean Loup Aillet. A la première pique, il vient au pas, s’allume sous le fer et pousse avec beaucoup de forces, la tête vers le haut et provoque une chute spectaculaire du groupe équestre. Avec beaucoup de courage et d’application, le piquero va s’employer à piquer un toro plus manso que brave mais d’une très grande force physique. A la seconde, placé près de la ligne, le novillo est tardo. Il vient à nouveau au pas et met spectaculairement les reins au contact. Il tarde à partir, bien que placé près à la troisième. Le piquero doit franchir la ligne pour le faire partir, le Coquilla vient au pas et sort immédiatement seul du peto. Remis une quatrième fois au cheval, il tarde à partir, obligeant le cavalier à se rapprocher de lui pour provoquer l’arrancade et la poussée. Aillet est ovationné à sa sortie du ruedo par un public qui a enfin vécu un tercio de piques comme il s’attend à en voir dans une novillada concours. A l’issue de ce premier tiers, il est évident que l’on a affaire à un manso très encasté. Il est sérieux, exigeant mais manque de bravoure. Il est très bien banderillé par Mathieu Guillon et Miguelito qui saluent. On sent la tension et l’intérêt monter tant en piste que sur les gradins. Cette émotion liée au danger et à la difficulté devant laquelle se trouve le torero. Dorian Canton va se mettre au niveau de l’exigence du novillo. Il s’arrime, débute par une bonne série à droite. A la troisième, il prend la main gauche et prend le dessus sur le Coquilla en baissant la main. L’émotion est grande en piste. Elle vient du danger évident que crée un bicho compliqué et encasté et de la capacité du torero à le dominer. Le torero va à mas et le novillo aussi, ce qui est une des caractéristiques du Coquilla à savoir de passer de plus en plus et de mieux en mieux si le torero arrive à lui montrer la voie et à peser sur lui. Après un pinchazo, Dorian s’engage pour une épée très basse. Il a perdu avec les aciers, la possibilité de couper deux trophées, largement gagnés, et doit se contenter d’une seule oreille. Le public réclame la vuelta pour le novillo. La présidence la refuse fort justement au vu d’un premier tiers où le toro a été plus spectaculaire que brave et malgré le fait qu’il soit allé à mas à la muleta. On est en novillada concours, dans une arène de première catégorie, et on se doit d’être exigeant. Bonne décision du palco, même si elle est difficile à comprendre après tous les mouchoirs orange ou bleu accordés à des toros qui ont bien moins fait vibrer le public. L’arrastre est ovationnée. Zorrito de Coquilla de Sanchez Fabrès en a été la preuve, le Coquilla, manso con casta procure une très grande émotion quand il est bien lidié. Si cela pouvait donner l’idée aux autres arènes de programmer cet encaste autrement qu’en non piquée.

Le prix au meilleur novillo n’est pas attribué. J’aurai accordé un accessit au Flor de Jara, au Puerto de San Lorenzo et au Coquilla de Sanchez Fabrès. Cela semble logique, même si on peut regretter que le Flor de Jara ne soit pas tombé en de meilleures mains.

 

Fiche technique
Arènes du Plumaçon, novillada concours de Saint Perdon
Dans l’ordre de sortie en piste, novillos de Flor de Jara, Puerto de San Lorenzo, Antonio San Roman, Coquilla de Sanchez Fabrès (sobrero hors concours remplaçant le Barcial Cobaleda blessé à sa sortie en piste), Ventana del Puerto et Coquilla de Sanchez Fabrès pour
Angel Jimenez : silence, silence après trois avis
Angel Tellez : un avis et silence, une oreille
Dorian Canton : une oreille, une oreille
Salut d’El Santo et Miguelito au troisième et de Mathieu Guillon et Miguelito au sixième
Ovation au picador français Jean Loup Aillet qui a piqué le sixième novillo, le piquero a été appelé à accompagner Dorian Canton lors de sa vuelta.
Dix sept piques, une chute
Cavalerie Bonijol
Présidence sérieuse de Bernard Sicet
Public : une moitié de l’anneau inférieur des arènes
Soleil et chaleur

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion