Peralta (02/09/2018) : une oreille pour Kevin de Luis...

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b_400_600_0_10_images_temporadas_2018_Septembre_Visuel_Peralta_02092018.jpgPeralta est une de ces placitas espagnoles qui organisent début Septembre des novilladas, voire des Férias de novilladas. Elles sont pour les jeunes toreros, un tremplin pour se faire connaître et pour les aficionados l’occasion de faire une revue d’effectif assez exhaustive des futurs espoirs de la tauromachie.

Outre l’accueil très simple et agréable des organisateurs navarrais, il est réconfortant de voir plus des deux tiers des tendidos « Sol » occupés par des moins de 25 ans qui eux aussi sont ceux qui assureront l’avenir de la tauromachie.
Se sont les novillos d’Aldanueva (origine Domecq) qui ont ouvert l’édition 2018 de la Féria de Peralta. Comme souvent en Navarre, les toros ont couru le matin l’encierro (un aller au pas pour aller au point de départ et le retour au galop du centre ville aux arènes). Très bien présentés, tous nés entre novembre 2014 et janvier 2015, ils avaient beaucoup de présence dans ce ruedo de petite taille. Bravitos au cheval, nobles à la muleta, ils étaient tous justes de forces et sont allés à menos au long de faenas que les novilleros ont su interrompre au bon moment.
Les novilleros ont tous les trois connus de gros problèmes avec les aciers. De la terna ressort Kevin de Luis, auteur d’une très intéressante faena au cinquième. Il a perdu, hélas, les deux oreilles qui semblaient gagnées en pinchant à plusieurs reprises.

Le premier est un joli burraco qui commence à perdre un sabot dès les premiers capotazos. Il est remplacé par un sobrero du même fer. Le remplaçant met bien la tête dans les capotes, Faible, il prend un puyazo trop long dont il sort aplomado. Mario Sotos commence sa faena aux planches. Il cite le toro de près, sans trop le faire humilier de peur qu’il ne tombe. Le toro est noble mais, le torero ne l’aidant pas il a tendance à raccourcir sa charge. Quand le novillero reprend la main droite après deux séries de naturelles, il lui donne plus de distance. Il lie alors sa meilleure série de derechazos avant que le bicho n’aille à menos. Silence pour le torero après une épée basse.

Le second pousse avec force lors de la première pique et renverse « spectaculairement » le groupe équestre. Mal mis en suerte, il prend la seconde en se défendant. Daniel Sanchez salue après deux excellentes paires de banderilles. Le toro a du fond et commence par prendre le dessus sur Kevin de Luis. A mi faena, le novillero prend confiance et enchaîne deux bonnes séries où il exploite le potentiel d’un Aldanueva noble avec un vrai fond de caste. Le toro va ensuite à menos, le torero n’insiste pas. Il s’engage pour un entière légèrement en avant mais efficace et coupe la première oreille de la tarde.

Le troisième est le mieux armé du lot. Il est distrait, fuyard et difficile à fixer. Il charge le piquero à la sortie du patio de caballos et casse le palo. Il prend, en suivant, une pique assez longue dont il essaie en permanence de s’échapper puis un picotazo. Le bicho est compliqué, cherche même à sauter. Alfonso Ortiz commence sa faena avec autorité, le double bien et le novillo met bien la tête dans la première série de derechazos. Le novillero, qui avait laissé un bon souvenir lors de son passage en non piquée dans le Sud-Ouest, est plus un artiste qu’un lidiador. Il essaie de toréer plus en finesse à partir de la seconde série. Le novillo est bien plus manso que noble et il finit par déborder le torero. La mise à mort est plus que laborieuse, Ortiz pinchant sans s’engager à plusieurs reprises.

Le quatrième désarçonne le piquero à la première rencontre et prend, en poussant, un très bon second puyazo. Le novillo est sérieux et encasté et met en difficulté les banderilleros au second tiers. A la muleta, il fait illusion sur une série puis se décompose très vite. Mario Sotos à du mal à le faire durer, prend rapidement l’épée et tue d’une entière tombée et deux descabellos.

Le cinquième prend lui aussi une pique à la sortie du patio de caballos (le ruedo est petit, ceci explique cela). Il subit un second puyazo très fort. Kevin de Luis brinde à Paco Ruiz, l’empresa locale. Il débute sa faena par deux cambiadas au centre de la piste. Le toro est noble, met bien la tête. Après un début hésitant, de Luis prend confiance et sa faena va à mas. Il profite de la qualité du novillo et enchaîne des séries courtes mais sincères des deux mains. Porté par le public, il termine sa faena par une belle série d’adorños. Les deux oreilles sont au bout d’une bonne estocade. Hélas, le novillero va fracasser à la mort il s’engage avec beaucoup de sincérité mais pinche une dizaine de fois. Le public a perçu l’engagement du torero et avec beaucoup d’aficion ne lui tient pas rigueur quand il l’appelle pour saluer après l’arrastre.

Le sixième est un joli novillo, très costaud et bien armé. Il prend une pique carioquée, et interminable, dont il sort très affaibli. A la muleta, il prend une bonne série à droite, puis s’éteint dès la seconde. Alfonso Ortiz prend l’épée rapidement. En panique, il fracasse lui aussi avec les aciers. Le public, compte tenu du tercio de piques et du peu d’engagement du torero au moment de tuer est bien moins indulgent avec lui qu’il ne l’a été avec de Luis.


Fiche technique
Arènes de Peralta, première corrida de la Féria 2018
Six novillos d’Aldanueva (le premier comme sobrero) bien présentés, nobles mais justes de forces pour :

Mario Sotos : silence, silence
Kevin de Luis : une oreille, un avis et salut au tiers
Alfonso Ortiz : un avis et silence, un avis et quelques sifflets

Dix piques pour deux chutes
Deux tiers d’arènes
Grand soleil et forte chaleur

Thierry Reboul