Toros y Salsa (08/09/2018) : Emilio de Justo dans son jardin dacquois...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Avec un esprit provocateur, on aurait pu titrer qu’il manquait un peu de salsa pour que le lot de Victorino combattu à Dax donne de l’émotion. Superbement présenté, dans le type et avec des armures « développées » et astifinas, c’est un lot de quatre et deux qui a foulé la piste landaise.

Les trois premiers et le dernier étaient noblotes, justes de force et se laissaient toréer mais manquaient de chispa. Les quatrième et cinquième étaient plus compliqués et demandaient à être lidiés. Emilio de Justo s’est arrimé et l’a fait en partie avec le sien. Curro Diaz a très vite baissé les bras face à un manso décasté qui offrait très peu d’options.
Aucun des toros n’a été brave au cheval ni n’a été bien piqué.

Le premier met en difficulté Curro Diaz sur les premiers capotazos. A la pique, il est très long à partir et demande à être replacé à plusieurs reprises. Il finit par prendre un puyazo en poussant. La seconde rencontre est plus anecdotique. A la muleta, le Victorino est tardo. Il a cette charge courte qu’il faut allongé caractéristique de cet encaste. Les deux premières séries à droite sont profilées, le toro suit la muleta mais manque d’alegria et se retourne vite à la troisième. A gauche, il se livre mieux et permet à Curro Diaz d’installer sa tauromachie faite de détails toreros. Mais l’absence de transmission du bicho limite l’impact de la faena sur le public. Silence pour le toreo après une estocade très basse.

Le second est reçu avec « classe » par Emilio de Justo. Le bicho prend deux piques traseras sans pousser. A la muleta, il est noble mais avec une pointe de complexité. Il manque un peu de forces. Sur les premières séries à droite Emilio se croise, baisse la main et conduit avec beaucoup de douceur la charge. Les deux séries suivantes sont forcément à mi hauteur, faiblesse du Victorino oblige mais ont le même tempo et la même profondeur ; Sur la troisième, le toro semble aller à mas et pouvoir humilier. Emilio prend la main gauche. Le bicho est moins clair sur cette corne et la série de naturelles manque de fluidité. Retour à droite, mais le toro baisse de ton et les deux dernières séries de derechazos sont intéressantes mais n’atteignent pas le niveau de celles de début de faena. De Justo s’engage pour une entière légèrement basse efficace et coupe la première oreille de la tarde.

Garrido reçoit le troisième par des véroniques en tablier. Il freine dans la cape. Il prend deux piques en se défendant. Il a une corne droite compliquée. Sur ce piton, il déborde sur les premiers muletazos, le torero. Garrido enchaine sur des séries à droite et surtout à gauche sur le voyage qui ne pèsent pas sur le toro. Bicho et faena vont à menos. Garrido manque de se faire prendre sur la première tentative d’estocade. Après un second pinchazo, il conclue d’une entière basse.

Le quatrième sera le plus compliqué du lot. Dès les premiers capotazos, il manque de prendre Curro Diaz qui doit plonger dans le callejon pour échapper à la cogida. Le Victorino ne s’investit pas au cheval. C’est un manso décasté, très compliqué, qui laisse perplexe le torero. Le matador de Linarès se défend autant que le toro. Il tente sans insister de donner quelques muletazos et manque de se faire prendre à gauche. Un spectateur le traite de « Morante ». Ce type de comportement bête et méchant est complètement déplacé, d’autant que beaucoup de toreros aimeraient avoir la classe du fantasque torero sévillan. Après la seconde série, Diaz prend l’épée ce qui n’est pas du goût du public. Il tue d’un vilain bajonazo, bronca.

Le cinquième, très bien armé, remate dans les burladeros. Il est sérieux, compliqué mais ne s’emploie pas au cheval. Il est très bien banderillé malgré la difficulté par Angel Gomez Odero. De Justo entame la faena à droite. Le toro se défend et le met en difficulté sur cette corne. Le torero change de main. Le Victorino passe mieux à gauche et comme on sait que le protégé de Luisito a une très belle main gauche, il enchaîne de très belles séries de naturelles très dominatrices au début passes à passes puis liées. Il prend le dessus sur son adversaire jusqu’à ce qu’il revienne sur la corne droite. Le bicho est très difficile de ce côté et De Justo n’insiste pas. Retour en naturelles main basse et corps relâché, le final par naturelles de face est superbe d’exposition et d’élégance. Le torero de Cacérès est en train de devenir un torero important. Si on veut jouer au professeur qui titille le très bon élève, brillant à l’oral pour pouvoir lui donner la note maximale, la faena aurait été une très grande faena si le torero avait plus insisté sur la corne difficile. De Justo s’engage pour une demie rendue efficace par l’habilité de la cuadrilla et coupe sa seconde oreille. Vuelta très fêtée par un public dacquois qui a fait d’Emilio son torero préféré.

Le sixième, très bien présenté, essaie de sauter dans le callejon. Il prend deux piques sans pousser. Le torero commet l’erreur de mettre un toro qui ne charge pas loin pour la seconde rencontre. A la muleta, le bicho est tardo, avec une charge qui manque de chispa. Garrido va s’appliquer. Quelques muletazos sont intéressants mais on sent que le torero manque d’expérience face à ce type de bétail. Toro, qui transmet peu, et torero va à menos, la fin de faena est brouillonne et mal conclue avec le verdugo.

De Justo sort à hombros à l’issue d’une corrida qui ne restera pas comme une des plus intéressantes de ce fer. Il y a beaucoup de lots de Victorino Martin prévus cette fin de temporada, pour la France, la prochaine sortie aura lieu le 16 Septembre à Nîmes.

 

Fiche technique
Arènes de Dax : Première corrida de Toros y Salsa
Six toros de Victorino Martin très bien présentés, nobles mais manquant de fond et de transmission pour :

Curro Diaz : silence, bronca
Emilio de Justo : une oreille, une oreille
José Garrido : silence, un avis et silence

Douze piques, cavalerie Bonijol
Salut d’Angel Gomez Odero au cinquième
Président : Jean Charles Boué
Trois quarts d’arène
Soleil et chaleur

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour