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Arles (08/09/2018) : Juan Bautista et Sebastian Castella ouvrent la Grande Porte de la Goyesque...

©ElTico
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Cette Goyesque d'Arles avait une saveur toute particulière pour les admirateurs de Juan Bautista, qui venaient d'apprendre quelques heures plus tôt, son retrait des ruedos annoncé pour la fin de cette temporada.

Certainement un peu déboussoulé par cette nouvelle assez inattendue, le public déclencha une ovation assez timide pour inviter à saluer le Maestro arlésien avant que ne sorte le premier toro. Mais ses deux vueltas, en revanche, furent particulièrement fêtées... Il faut dire qu'une fois de plus, et peut-être d'ailleurs soulagé d'une pression qu'il portait sur ses épaules depuis des mois, le Camarguais a paru très en phase avec son public, profitant des qualités de son bon premier et sortant au bon moment un de ses recibirs coups de canon avant d'inventer une faena à son second, là où beaucoup n'auraient eu aucune peine à abréger sans qu'on ne leur en veuille pour autant. Trois oreilles pour Juan Bautista et une nouvelle sortie a hombros de ses arènes... l'avant dernière on le souhaite...
Sebastian Castella a quant à lui rencontré sur son chemin le très bon "Cantaor", sorti en cinquième position, dont la dépouille sera honorée d'une vuelta posthume et auquel il coupera les deux oreilles après une faena maison de très haut niveau.
Si la corrida fut malgré tout entretenue, elle le doit en grande partie aux dispositions des trois toreros face à une adversité qui a soufflé le chand et le froid, les pensionnaires de Victoriano del Rio alternant le bon et le moins bons, voire le mauvais. A ce petit jeu, c'est José Maria Manzanares qui a tiré le mauvais lot, ne pouvant agrémenter ses deux trastéos que de détails de grande classe face à un premier médiocre et un dernier qui s'esquinta contre un burladero.
Demain, Jean-Baptiste Jalabert retrouvera ses habits d'empresa... Six paseos le séparent désormais de la fin de sa temporada, et de sa carrière...

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Juan Bautista salua le premier de la tarde par un capoteo soigné avant de le conduire au lancier pour deux légères rations de fer. Au dernier tercio, le Victoriano se montra collaborateur mais désordonné dans ses charges malgré un allant indéniable dans la muleta. L'arlésien ne mit pas longtemps à trouver le bon sitio et à connecter avec le public, éditant ainsi une prestation de haute volée. Sous les airs de "Caridad del Guadalquivir", Juan Bautista enchaîna les séries sur la rive droite avec temple, rondeur et variété, faisant rugir les tendidos. Sur la rive gauche, l'arlésien fit l'effort face à un animal de moindre son, se permettant de sortir de son voile des naturelles isolées de qualité. A la suerte suprême, Juan Bautista nous servit un recibir maison qui délivra les deux oreilles du palco.

Sébastien Castella accueillit le second par des veroniques ajustées. Le Victoriano prit deux piques dont l'initiale rectifiée et très trasera avant une seconde plus adroite. Sur les doblones d'ouverture de faena, l'astado, sans transmission, afficha un manque de force certain malgré des intentions louables. Face à ce paramètre, le bitterois en tira le maximum mais l'ensemble ne décolla jamais. Mort par lame tombée d'effet très lent. Ovation.

José Maria Manzanares lidia par fuera le troisième du lot avant de le faire fortement châtier. Dans la muleta de l'espagnol, le Victoriano se révéla sans classe ni grande charge. Décidé, Manzanares put se distinguer lors de diverses tandas élégantes sur le piton gauche mais sans que le tout ne puisse prendre de l'ampleur, faute de matière première de qualité. Mort laborieuse et sans engagement. Silence.

Le quatrième fut applaudi à son entrée en piste pour une présentation sérieuse avec un morillo imposant. Juan Bautista le réceptionna par veroniques avant de le lidier intelligemment par fuera. Le Victoriano se montra brave sous le fer, poussant le groupe équestre avec décision sur la première rencontre. La seconde fut donnée pour la forme, le bicho perdant les mains lors d'un quite par chicuelinas du torero titulaire. Après un brindis à Domingo Zapata, Juan Bautista conduisit avec fermeté son adversaire au centre de la piste mais celui ci confirma cette justesse de force. Sur la série suivante, le Victoriano ne montra rien de bon, jouant violemment des pitons lors des échanges, le tout agrémenté d'une charge très courte. Le camarguais ne baissa pas les bras et fit preuve d'un poder et d'une technique à toute épreuve afin d' inventer et construire une faena importante, là où beaucoup se seraient cassé les dents. Sûr de son toreo et toujours parfaitement croisé, il enchaîna les muletazos sans ayuda sur chaque bord avec maturité et temple, faisant vibrer les étagères. Il termina dans des terrains réduits avant de tuer par entière concluante. Oreille.

Castella accueillit son second opposant par un capoteo alluré. Il emmena son Victoriano à la cavalerie pour deux rencontres en bravito mais qui ne resteront pas dans les annales. A l'issue du second tercio, José Chacon salua après deux paires de catégorie. Sébastien Castella fit se lever la foule comme un seul homme lors d'un entame de faena magistral à base de cambios et de pechos, saupoudré d'un extraordinaire changement de main, faisant déclencher instantanément la musique. Profitant des charges intéressantes de cet astado, Castella imprima cinq séries ambidextres de haute facture, à base de profondeur et de classe, déclenchant des tribunes de bruyants et vibrants "olés". En fin de trasteo, le bicho baissa de ton, ce qui fit perdre quelque peu en fluidité et en intensité cette grande prestation. Il tua par une entière d'effet extrêmement lent, frôlant le troisième avis. Cela n'empêcha pas le public de demander avec force les deux oreilles. Vuelta posthume au toro.

Manzanares sortit un capoteo doux lors de la réception du sixième. Il le fera piquer correctement sur deux contacts. Juste avant que ne débute le troisième tiers, le Victoriano tapa très fortement contre un burladero, causant certainement une compression de la moelle épinière, le rendant presque invalide. Ce fait empêcha l'alicantin de construire une quelconque faena. Mort par entière. Silence.


Arènes d' Arles (13).
Corrida goyesque
6 toros de Victoriano del Rio
Poids : 505 , 535 , 515 , 560 , 520 , 525.
9/10ème de plaza
Beau temps
Durée : 2h45

J.Bautista : Deux oreilles après avis / Oreille après avis
S.Castella : Ovation après avis / deux avis
J.M.Manzanares : Silence après avis / Silence.

Juan Bautista et Sébastien Castella sortirent par la grande porte.
Le toro de nom "Cantaor", sorti en cinquième position, portant le numéro 53, né en septembre 2013, pesant 520 kilos, fut primé d'une vuelta posthume.
La piste était décorée par l'artiste peintre espagnol, Domingo Zapata.
L'animation musicale était assurée par Chicuelo II, les choeurs Escandihado et la soprano Muriel Tomao.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico