Dax (09/09/2018 – Matinale) : Les José Cruz, Baptiste Cissé et Juan Molas enchantent la matinale dacquoise...

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Novillada matinale très intéressante et entretenue grâce un très bon lot de novillos. Très bien présentés, avec des comportements variés mais avec beaucoup plus de qualités que de défauts, les utreros de José Cruz ont tous offerts des possibilités aux trois novilleros français qui les ont affrontés.

Jamais naïfs, ils ont exigé des novilleros d‘être lidiés avant de devenir plus collaborateurs. Plus mansos con casta que braves, il leur a manqué de l’engagement au cheval pour être complets. A aucun moment le public ne s’est ennuyé et quasiment tous les novillos ont été applaudis à l’arrastre. Le ganadero est venu saluer à l’issue de la course et le mayoral est sorti à hombros.
Baptiste Cissé a été excellent face à ses deux adversaires, toréant avec beaucoup de sérénité et d’élégance. Il aurait pu couper une oreille de plus à son second s’il avait tué plus vite. Dorian Canton, le moins bien servi au sorteo, s’est appliqué mais a mal tué. Le dacquois Juan Molas, qui débutait en piquée, a fait montre d’une tauromachie très artiste et d’une application qui donne envie de le revoir lors de la prochaine temporada.

Le premier est reçu de rodillas par Baptiste Cissé avant d’être conduit avec élégance au centre du ruedo. Il prend un premier picotazo anecdotique avant de prendre un très bon second puyazo en mettant les reins. Dommage qu’il n’ait pas été mis en suerte une troisième fois. Débutée par des cambiadas, la faena sera essentiellement droitière, le toro passant moins bien à gauche, Baptiste n’insistera pas sur ce piton. Sur les séries à droite, Cissé, avec beaucoup de sérénité et de relâchement, peut baisser la main et enchaîner de très bons derechazos liés avec des changements de main et pechos très élégants. Après une série de circulaires, Baptiste prend l’épée et cite à recibir pour une entière un peu basse qui nécessitera l’usage du descabello, une oreille méritée pour le novillero et ovation à l’arrastre.

Le second prend deux piques et un picotazo sans pousser et en sortant seul. C’est un manso con casta qui part de loin à la muleta avec une très belle charge ; il ne permet aucune erreur. Il doit être toréé avec autorité et fermeté, ce que fait Dorian Canton en début de faena. Il prend le dessus sur le José Cruz qui finit par se rendre à condition d’être cité à distance. Le novillero béarnais réduit la distance en début de série quand il prend la main gauche et la faena devient moins construite, plus brouillonne  et transmet moins d’émotion malgré un final par manoletinas. Dorian a du mal à trouver le bon sitio pour entrer à matar et a du mal à fixer le novillo. Après un pinchazo, il place une demie efficace et basse et doit se contenter de saluer au tiers.

Le dacquois Juan Molas faisait ses débuts en piquée dans sa ville natale. Le troisième José Cruz plante ses cornes dans le sable et manque de faire une vuelta de campana. Juste de forces à sa sortie en piste, il gardera quelques séquelles de cet incident de lidia d’autant qu’il sera mal piqué à deux reprises. Le toro, bien que faible, a du fond et remate aux planches lors du second tercio. Juan entame sa faena par des doblones tout en douceur. Sa tauromachie artiste et en finesse convient bien à ce type de toro (ou ce type de toro convient bien à la tauromachie du novillero). Le Dacquois enchaîne de bonnes séries de derechazos templés, laissant respirer le novillo entre deux A gauche, le toro est moins clair et Molas insiste trop sur cette corne et prolonge au-delà du nécessaire sa faena. Il s’engage à l’épée mais l’épée trop en avant et la maladresse au descabello limite les récompenses à un salut au tiers.

Le quatrième novillo a un comportement bizarre en début, chargeant directement torero et peones. C’est un manso qu’un bon tercio de piques va recadrer ce qui permettra la très bonne faena de Baptiste Cissé. Le tyrossais va toréer avec beaucoup de quiétude et d’élégance. Que ce soit à droite ou à gauche, le torero enchaîne des muletazos somptueux alliant toreria et classe. Très relâché, Baptiste réalise probablement la meilleure faena de sa carrière terminée par de spectaculaires manoletinas. Le landais s’engage avec tout son cœur pour tuer, se fait accrocher. L’épée manque d’efficacité et le recours au descabello prive le torero d’un double trophée qui lui aurait permis d’ouvrir la grande porte des arènes dacquoises. Il se contente, après cette grande faena, d’une seule oreille chaleureusement fêté par le public.

Le cinquième, très bien présentée, est accueilli de rodillas par Dorian Canton. Il prend deux piques en poussant. A la muleta, il est faible manque de charge. La faena manque de transmission et d’intérêt. Bicho et torero vont à menos, la faena est trop longue d’autant que le José Cruz s’est éteint. Salut après une mise à mort laborieuse.

Le sixième discret au cheval fait une vuelta de campana. Très bien banderillé par Marc Antoine Romero, excellent à la brega au troisième, il est doublé avec beaucoup d’efficacité par Juan Molas. Après un début de faena moyen, manque d’expérience oblige, le torero se recentre sur la seconde série de derechazos. Si l’ensemble manque encore de construction, les muletazos, en particulier à gauche, sont superbes de temples et d’élégance. Le torero dacquois confirme les qualités entrevues face à son premier novillo. Il tue d’une entière basse mais rapide d’effet qui lui permet de couper une oreille méritée.

Le ganadero salue, le mayoral sort à hombros avec Baptiste Cissé et surtout le public sort très content des arènes après cette très intéressante novillada.

 

Fiche technique
Arènes de Dax, novillada de Toros y Salsa
6 novillos de José Cruz, très bien présentés, encastés et donnant du jeu pour :

Baptiste Cissé : une oreille, une oreille
Dorian Canton : salut au tiers, salut au tiers
Juan Molas : un avis et salut au tiers, une oreille

Treize piques, cavalerie Bonijol
Salut d’El Santo et Miguelito au premier et de Marc Antoine Romero au sixième
Salut du ganadero à l’issue de la course
Sortie à hombros de Baptiste Cissé et du mayoral
Demi-arène
Débutée sous les nuages, la course se termine sous le soleil

Thierry Reboul