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Dax (09/09/2018) : Alternative réussie pour El Adoureño...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
La dernière corrida de la temporada dacquoise restera dans l’histoire comme celle de l’alternative du 65ème matador français (le second gersois). Pour le reste, le public qui garnissait au trois quarts les gradins a assisté à une corrida ordinaire avec un lot de toros de Victoriano del Rio dans le type, plus collaborateurs qu’opposants, nobles mais sans piquant.

Les trois meilleurs sont sortis pour Ponce (second) et El Adoureño (1er et 6ème). Pour le plus expérimenté, le toro lui a permis de faire une faena à la manière de Ponce mais sans la profondeur et la toreria du torero de Chiva quand il affronte un adversaire à son niveau. Ceux de Yannis lui ont permis de passer son alternative en mettant en évidence son envie et en masquant les lacunes techniques qui, vu son parcours et sa jeunesse, restent à combler. L’ancien est suffisamment torero et intelligent pour relativiser son triomphe de ce jour. Le plus jeune doit être conscient qu’il a franchi une étape, que tous les novilleros n’ont pas atteint, mais qu’il lui reste des heures de travail pour devenir un matador de métier ou, et on le lui souhaite, une figura.

Pour les statisticiens, le toro d’alternative s’appelle Entrenador, numéro 71,  c’est un colorado né en novembre 2013 et il pèse 515 Kg. Distrait il est difficile à mettre en suerte au cheval. Il sort seul de la première rencontre et pousse à la seconde. Après la cérémonie d’alternative, le nouveau matador brinde son toro à sa maman. Il l’amène le bicho au centre et avec beaucoup de calme enchaîne des séries sur les deux cornes profitant de la très grande noblesse du Victoriano del Rio qui charge et suit la muleta avec beaucoup d’envie et « d’application ». La faena est celle d’un matador débutant. Il y a des scories, elle est en dessous du potentiel de l’animal mais elle comporte de bons passages dont une série sur chaque piton. L’épée entière mais basse est longue à faire effet d’autant que le puntillero relève le toro. Salut au tiers pour le nouveau matador et ovation à l’arrastre.

Le second, plus léger, est discret face au cheval. A la muleta, il est très noble. Mais il a une noblesse naïve qui détonne face au monstre de technique qu’est Enrique Ponce. Le torero de Chiva est comme une équipe de TOP 14 qui joue contre une fédérale une. Il déroule son répertoire, y compris les poncinas, sourire aux lèvres. Il fait du Ponce avec habileté mais on est loin des grandes faenas qui ont marqué la carrière de ce torero. Comme avec son premier toro montois, le public content de le voir toréer ainsi, demande et obtient deux trophées après une faena brillante mais superficielle conclue par une entière basse.

Le troisième est un toro de Cortès juste de forces qui prend deux piques légères. Talavante double bien et baisse bien la main sur les premières séries à droite. Les passes sont élégantes, templées mais le torero ne se croise pas et toréé profilé. Le torero de Badajoz coupe une oreille après une bonne estocade.

Le quatrième est un joli colorado qui, juste de forces, sort affaibli des deux rencontres pourtant mesurées avec la cavalerie. Flojo, il a une charge très courte. Ponce, avec son métier essaie d’allonger cette charge, de le tenir debout et de donner de l’émotion à un bicho qui n’en transmet aucune. C’est bien techniquement mais vite lassant et vite ennuyeux d’autant que le Mastro n’arriva pas aujourd’hui à inventer un toro qui n’existe pas.Après un pinchazo, Ponce conclut par une entière basse.

Sort en cinquième un joli burraco invalide qui est renvoyé aux corrales. Il est remplacé par un negro mulato, très bien armé. Le bicho prend une pique en se défendant et un picotazo. En course camarguaise, on dirait que le Victoriano est un bramaire. Il meugle à chaque passe qu’il prend sans grand style. Le bicho est décasté et manque de race, ne transmet pas d’émotion. Il n’inspire pas confiance à Talavante qui instrumente une faena sur le passage sans liaison et surtout brouillonne. A l’épée, le torero ne prend aucun risque, pinche à plusieurs reprises avant une entière atravesada et deux descabellos. Le public est très indulgent.

Le dernier et second toro de la carrière d’El Adoureño prend deux bons puyazos en poussant. Il est bien banderillé par Mario Campillo qui est appelé à saluer. Comme à son premier, Yannis toréé avec beaucoup de calme malgré la pression qui pèse sur ses épaules. Face à un Victoriano, il enchaîne des séries appliquées avec le défaut de toréer encore avec le corps cassé en deux, défaut qui est un des premiers qu’il doit corriger. Soutenu par le public, il termine par des naturelles à un toro qui est allé à menos. Une nouvelle fois l’épée est basse, nécessite l’usage du descabello, usage compliqué par une épaule encore très fragile. Malgré cette mort un peu longuette, et à l’initiative de son fan club, une partie du public demande et obtient une oreille. Le président sort le mouchoir bleu, on se demande encore pourquoi ;
Yannis a franchi un cap, commence pour lui la partie la plus difficile et complexe de sa carrière de matador. Avec son entourage ne manqueront pas de profiter de l’hiver pour corriger les lacunes qui sont apparues tout au long d’une saison de novillero qui n’a pas été un long fleuve tranquille pour le gersois. Progresser et réussir, c’est tout le bien que l’on peut souhaiter au nouveau matador.

Fiche technique :
Arènes de Dax : dernière corrida de Toros y Salsa
Cinq toros de Victoriano del Rio (le 5ème bis comme sobrero) et un de Salvador Cortès (3ème) bien présentés et nobles pour :

El Adoureño qui prenait l’alternative (Entrenador, colorado, numéro 71 , novembre 2013 515 Kg): un avis et salut, un avis et une oreille
Enrique Ponce : deux oreilles, silence
Alejandro Talavante : une oreille, un avis et silence

Vuelta généreuse au sixième toro
Douze piques, cavalerie Bonijol
Salut de Jaime Padilla au second et de Mario Campillo au sixième
Président Franck Lanati
Trois quarts d’arène
Ciel bleu

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour