Saint-Perdon (28/08/2016) : Triomphe de Diego Carretero et de Pedraza de Yeltès...

  • Imprimer

@Philippe Latour
@Philippe Latour
Le Plumaçon s’est mis au couleur de Saint Perdon ce dimanche après-midi. Toujours privé d’arène, la Peña La Muleta a délocalisé une nouvelle fois sa novillada dans les arènes montoises. Cette novillada est une novillada concours. Comme il fallait s’y attendre la présentation et le comportement des utreros ont été divers et variés. Mais c’est normal compte tenu du choix de six élevages d’origines très différentes.

Tous les novillos étaient dans le type de leur encaste et en ont présenté les défauts et les qualités. La course a démarré « petitement » avec deux toros d’origine portugaise (Pinto Barreiros et Murteira Grave) faibles et manquant de race. Le Saltillo de service a fait preuve d’une certaine noblesse mais a manqué de force. Les deux meilleurs novillos ont été ceux de Pedraza de Yeltès et d’Aurelio Hernando. Le coquilla plus manso que brave a déçu.
Côté torero, c’est l’invité de dernière heure, Diego Carretero, qui a su se mettre au niveau du Pedraza et qui a triomphé. Luis David Adame a fortement déçu. Juanito est encore vert, il a des soucis pour tuer mais il s’est appliqué et a montré surtout avec la main gauche des principes intéressants.


Le premier toro (ganaderia Pinto Barreiros, Abalido, n° 9, 09/2012) est un joli colorado. Abanto, difficile à fixer, il déborde Diego Carretero à la cape. Mise en suerte au niveau du cercle, il prend une première pique trasera sans pousser. Mise en suerte au 2/3 du ruedo, il charge au pas en deux temps et ne pousse pas plus lors de la seconde. Le toro est manso. Il est tardo, a une charge courte et violente surtout à droite. Carretero s’applique mais ne domine pas que ce soit à droite où le toro est complexe qu’à gauche où il passe mieux. A la troisième série, le bicho devient soso puis va rapidement à menos. Après avoir pinché, Carretero le tue d’une bonne entière un peu longue à faire effet, silence aux deux protagonistes.


Le second (Murteira Grave, Volandero, n°111,03/1013) est haut et plus léger. Avec beaucoup d’efficacité, Luis David Adame le fixe à la cape et le place au 2/3 du ruedo pour la première pique. L’utrero pousse et fait chuter le groupe équestre qui se relève rapidement. Pour la seconde, il est placé au même endroit, vient au pas et pousse au contact du fer. Si la première avait été trasera, celle-ci est sur le côté. La présidence accède à la demande du novillero de changer de tercio. Manifestement la corrida concours n’a pas encore commencé. Après un quite brouillon à la cape, le mexicain, blessé à une main laisse banderiller sa cuadrilla. Il débute la faena par des aidés par le haut. Il enchaine sur des derechazos. Sans se croiser, il toréé beaucoup à la voix et de façon marginale. Sur la seconde série, le novillo chute. A partir de ce moment, il devient parado et s’éteint. Adame s’éternise, veut toréer par redondos, en concours, un novillo qui ne charge plus. Le public le rappelle à l’ordre. Il tue d’un affreux golettazo atravesada, silence pour les deux.


Le troisième (Miguel Zaballos, Montero, n°2,01/2013) est un pur Saltillo avec une robe noire. Petit, léger et armé court, il est mal mis en suerte mais pousse en mettant les reins lors de la première rencontre. Pour la seconde, mis en suerte au 2/3 du ruedo, il s’élance puis marque un temps d’arrêt à un mètre du cheval. Il finit par charger et pousse Le président change le tercio. Dommage car il n’a pas été donné de voir charger le toro une troisième fois peut-être pour au moins lever le doute semé par son arrêt en cours de charge. . Juanito, et il sera le seul de la terna à le faire, va le toréer dans l’esprit concours en faisant une série à droite et une série à gauche en début de faena. Le novillo est noble, manque un peu de force mais met bien la tête et vient mieux à gauche Les deux séries suivantes sont de bon niveau et mettent en exergue les qualités des deux protagonistes. Le jeune portugais est encore vert et il va se faire déborder par un utrero qui va aller à mas. La fin de faena est brouillonne et mal conclue à l’épée, silence au torero et applaudissements à l’arrastre.


Le quatrième (Pedraza de Yeltès, Alambrisco, n°05, 05/2013) va confirmer que les Aldanueva colorados, brochos et légèrement gachos sont de bons novillos. Dans le type des premiers novillos sortis par cette ganaderia, il part du centre et prend une très belle première pique en poussant. Comportement de toro brave qu’il répètera encore à deux reprises partant même de plus loin à la troisième rencontre. Le picador, Ramon Flores Garcia, est très applaudi à sa sortie du ruedo. Aux banderilles, le bicho remate après les peones. Toreros et public ont senti qu’il y avait en piste un très bon novillo. Diego Carretero, en se croisant, le cite trois fois, à droite de loin. Le toro s’élance avec alegria et fait l’avion dans la muleta. Il laisse de l’énergie dans ces trois séries fortes en émotion. Dommage que le torero n’ait pas intercalé une série à gauche pour mieux évaluer encore la caste du Pedraza. La première série de naturelles coïncide avec une diminution des distances par le torero et une baisse, compréhensible, dans l’alegria du novillo. Le bicho charge avec beaucoup de noblesse et la fin de faena, même si elle n’est pas au niveau du début, est très sincère et intéressante. Carretero, qui veut triompher, s’engage avec beaucoup de volonté et tue d’une épée un peu en avant mais très efficace. Vuelta très chaleureuse pour le novillo avec une grande ovation à la sortie du ruedo, et deux oreilles pour le jeune torero qui invite Martin Uranga, le ganadero, et le mayoral à l’accompagner dans sa vuelta.


Le cinquième (Aurelio Hernando, n°22, 03/2013) est un superbe et puissant toro de pure encaste Veragua. Avec bravoure, il prend trois piques en partant du centre et en poussant. Malheureusement, il sera très mal piqué et laissera beaucoup d’énergie inutilement dans le premier tiers. C’est dommage car contrairement au Pedraza qui a un peu baissé de ton en fin de faena, le Veragua, très encasté, est allé à mas jusqu’à la limite de ses forces. Après un début à la Castella, plus spectaculaire que sincère, Luis David Adame va enchainer des séries à droite et à gauche sans vraiment s’engager et en abusant des cites à la voix. Le toro se grandit et, comme à Hagetmau avec son premier Ana Romero, le mexicain se décide à s’appliquer et réalise une très bonne série de derechazos. Le toro a tout donné, le public reste sur une bonne impression. Au lieu de tuer, Adame rajoute les deux séries de trop que le novillo ne suit pas, qui énervent une bonne partie des aficionados présents et font retomber l’ambiance. Il entend un avis avant la première entrée à matar et un second après une épée de travers et en avant. Au lieu de couper une oreille, le mexicain doit se contenter d’un salut un peu forcé alors que l’Aurelio Hernando est ovationné à l’arrastre. Avec une meilleure lidia à la pique, cet utrero aurait été pu se hisser au niveau du Pedraza et mettre le jury en difficulté pour faire son choix.


Le sixième (Coquilla de Sanchez Arjona, Escribano, n°41, 02/2013) est un pur coquilla pour le tamaño, il est moins dans le type au niveau de l’armure playera et astifina. Il prend trois piques en partant du centre mais en se défendant plus qu’il ne pousse. C’est un manso qui devient rapidement tardo et querencioso. Il est compliqué et Juanito s’applique pour essayer de tirer des passes. On sent l’envie de bien faire, un certain potentiel, mais le novillero manque encore d’expérience pour un tel contexte. Il aurait pu couper une oreille pour récompenser son implication et sa bonne volonté mais il tue mal.


Juanito est applaudi à son départ de l’arène avant que Diego Carretero et le mayoral de Pedraza de Yeltès, vainqueur de la novillada concours, ne sortent en triomphe.


Il n’y avait pas de prix au meilleur piquero, mais il aurait pu être accordé à Ramon Flores Garcia de la cuadrilla de Diego Carretero.

Fiche technique :
Novillada concours, délocalisée aux arènes du Plumaçon, des Fêtes de Saint Perdon organisée par la Peña la Muleta.
Sont sortis par ordre d’ancienneté 6 novillos de Pinto Barreiros (faible et décasté), Murteira Grave (faible et décasté), Miguel Zaballos (noble mais faible), Pedraza de Yeltès (supérieur, très brave et très encasté), Aurelio Hernando (Intéressant, brave et encasté qui est allé à mas malgré un mauvais tercio de piques), Coquilla de Sanchez Arjona (manso) pour


Diego Carretero : silence, deux oreilles
Luis David Adame : silence, salut après deux avis
Juanito : silence après un avis, silence


Vuelta au novillo de Pedraza de Yeltès
Le ganadero et le mayoral ont accompagné Diego Carretero dans sa vuelta
15 piques, une chute. Cavalerie Heyral dont les chevaux ont contribué à la bonne tenue des tercios de piques (quand les piqueros voulaient bien s’appliquer)
1/3 d’arènes
C’est le novillo de Pedraza de Yeltès qui est déclaré vainqueur de la novillada concours.
Sortie en triomphe de Diego Carretero et du mayoral de Pedraza de Yeltès

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour