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Mont-de-Marsan (18/07/2013) : Ponce le magicien...

Photo : Pierre Vidal
Photo : Pierre Vidal
Il faut de tout pour faire un monde et c’est aussi le cas pour une féria ; du costaud comme du plus léger ; style Nouvelle Cuisine si l’on veut : Peu de chose dans l’assiette, mais un assortiment plaisant qui laisse, avouons-le, un peu sur sa faim.

Hier l’émotion est venue de l’esthétique, du talent des toreros plutôt que de ces ardentes batailles qui donnent des cauchemars. Mais tous les goûts sont dans la nature - il faut les respecter- et les amateurs du genre aurons passé un bon moment.

Les toros de Nuñez del Cuvillo étaient correctement présentés pour ce genre d’exercice et ils allèrent avec allant sous le cheval (12 touches au total). Ils avaient un bon fond, sans de vrai piquant, mais le cinquième avait beaucoup d’atouts et fut justement ovationné. Le quatrième se révéla sur le tard sous l’habile muleta de Ponce.

Enrique passa sans peine ni gloire face au premier qui manquait de fond. Il se donna avec toute sa science au second passage. On aurait pas joué un centime sur le Nuñez mais Enrique prit son temps, l’amena sur son terrain et lui sortit le fond de race qu’il avait. C’était inattendu et le magicien donna là une belle leçon d’intelligence du combat. Il transforme l’or en plomb ; de rien il fait un adversaire spectaculaire. Il invente les toros, on l’a déjà dit, mais il n’a rien perdu de son pouvoir enchanteur. Il est toujours affûté le bougre... Ce fut le moment important de cette corrida.

José Mari Manzanares, après un premier passage plutôt creux, brilla par la suite. A la différence de Tejela la veille avec le cinquième Fuente Ymbro, il fut à la hauteur d’un grand toro, enracé, partant de loin et se jetant sur le leurre avec avidité. José Marie put alors imposer son toreo, plastique et dominateur, reins cambrés, poignet souple sans trop se croiser mais sans s’échapper non plus. Une faena qui avait du rythme conclue par un récibir spectaculaire. Le péon fit relever le toro et l’Alicantino ne put couper qu’une oreille.

Pourquoi ces réticences sur Luque ? Il a souffert de la comparaison. Il est vrai qu’il complétait un trio relevé. Mais il nous a semblé souvent académique, un poil laborieux, manquant de cette fraîcheur, de cette spontanéité qui fait le sel de la séduction. Il coupa néanmoins une première oreille largement demandée et il serait sorti en triomphe si le dernier des Cuvillo qui avait démarré en trombe n’avait pas baissé de rythme après ce début trompeur.

Pierre Vidal

 

Mont-de-Marsan, jeudi, deuxième corrida de La Madeliene. Plein. Averses passagères.

Six toros de Nuñez del Cuvillo

Enrique Ponce en mine de plomb et or : silence et une oreille après deux avis ;

José Marie Manzanares en pourpre cardinalice et or : silence et une oreille ;

Daniel Luque en violettes de Parme et or : une oreille et silence.