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Plaisance du Gers (14/07/2018) : Valencia et Solalito à hombros...

©Christian Sirvins
©Christian Sirvins
Plaisance est un rendez vous important de la temporada du Sud-Ouest. Au-delà du cadre agréable et de la convivialité des manifestations organisées, la novillada non piquée permet de voir des novilleros en devenir devant un bétail sérieux par la présentation et le comportement. Cette année, les organisateurs ont porté leur choix sur deux élevages du Sud-Est d’encastes très différentes.

Sont sortis en piste des Santa Coloma élevés par la famille Turquay et des Santiago Domecq de la ganaderia Sainte Cécile. S’il faut un vainqueur à ce desafio ganadero, les Turquay, parfaitement dans le type de l’encaste, avec de la noblesse pour le premier, de l’exigence pour le second ont dominé les Sainte Cécile. Malheureusement les jeunes toreros n’ont pas forcément les connaissances et la pratique nécessaire pour mettre en évidence les qualités du Santa Coloma et éviter de commettre les erreurs que ce type de bétail ne pardonne pas. Les pensionnaires de la ganaderia Sainte Cécile ont ce comportement à la fois noble et âpre des Santiago Domecq et demande une autorité que n’ont pas forcément les jeunes toreros.
Côté toreros, Antonio Villalba par manque de connaissance et par « à priori » est passé à côté du bon premier. Face au Domecq, il a retrouvé ses repères mais a manqué de transmission dans sa tauromachie qui reste stéréotypée.
José Antonio Valencia s’est appliqué face à l’exigeant second et a été débordé par le cinquième. Il a gagné ses oreilles grâce à deux grands coups d’épée.
Solalito a appliqué le bon mode opératoire face à son Turquay, mais le toro manquait de fond. Son Sainte Cécile a vite baissé de ton mais lui a permis un début de faena tout en finesse et élégance.
A noter que les novillos sont sortis avec du gaz mais ont eu du mal à tenir la distance, ce qui peut s’expliquer après un long séjour dans le camion avant leur entrée en piste.


Le premier novillo est un Turquay très typé. Il humilie dès les premiers capotazos d’Antonio Villalba. Après un bon quite de Valencia, le torero d’Albacete partage les palos avec Solalito. A la muleta, Villalba manque de confiance. Il se fait voir ce que ne lui pardonne pas le novillo qui l’accroche dès le début de la faena. Le jeune torero ne sait pas comment toréé un Santa Coloma. Les recettes qu’il utilise habituellement ne fonctionnent pas. Le Turquay est noble mais il est aussi exigeant, avec une certaine violence et se retourne vite. Il met le torero en difficulté des premiers derechazos aux dernières manoletinas brouillonnes. Villalba s’engage pour une bonne estocade mais pêche au descabello.
Le second (Turquay) embiste lui aussi à sa sortie en piste. José Antonio Valencia le brinde aux areneros de Plaisance. Le novillo est exigeant. Il ne permet pas beaucoup d’erreurs mais offre des possibilités. Le vénézuélien a plus d’expérience du Santa Coloma. Il applique la bonne méthode mais il lui manque de l’autorité face à un bicho qui demande d’être lidié avec du poder. En fin de faena, en particulier à gauche, il a tendance à retirer trop vite la muleta du museau du toro et les derniers muletazos sont brouillons. Après un pinchazo, José Antonio met une entière basse très rapide d’effet et coupe la première oreille de la tarde.
Le troisième Turquay, le plus joli du trio, est bien reçu à la cape par Solalito et accroche Villalba lors de l’exécution d’un quite par véroniques. Après un bon tercio de banderilles partagé entre Villalba et Solal, le nîmois brinde son toro à Pierre Caunille et Henri Michel, les co-présidents locaux. Des trois novilleros, le gardois est celui qui semble le mieux connaître le fonctionnement des Buendia. Il réalise de bonnes séries en baissant la main, allongeant la charge du bicho et en lui laissant la muleta sous le museau. Le novillo est le moins bon du lot et dès la première série à gauche, il part vers les planches. Solal commet l’erreur de vouloir le contraindre à sortir de sa querencia .La faena vire à l’affrontement, va à menos alors que dans les tablas, comme le prouvent les derniers muletazos, le toro avait encore du potentiel. Solal coupe une oreille après une entière en place.
Changement d’encaste, de morphologie et de comportement pour les trois derniers novillos porteurs du fer de la ganaderia Sainte Cécile.
Le quatrième novillo est un colorado costaud et gacho. La réception au capote de Villalba est brouillonne. L’élève d’Albacete laisse banderiller sa cuadrilla. Dès les premiers muletazos, on perçoit qu’il a trouvé ses repères. Après de bons doblones, il enchaîne deux séries de derechazos correctes. Le novillo ne passe pas à gauche et à partir de là le novillero perd de son assurance. Il est plus approximatif et brouillon et réduit les terrains alors qu’il aurait fallu laisser de la distance. L’utrero se défend et finit par prendre spectaculairement le torero au moment de tuer. L’épée entière et en avant nécessite l’usage du verdugo, technique que ne maîtrise pas Antonio.
Le cinquième est un negro bien charpenté. Il vient bien dans la capote mais donne un coup de tête à chaque sortie de passe. A la muleta, il est tardo, exige une lidia autoritaire. Le vénézuélien va alterner de bonnes séries de derechazos avec d’autres où par manque de poder, il est débordé par le novillo et ses hachazos. A gauche, le bicho est compliqué et Valencia n’insiste pas. Les deux opposants finissent par aller à menos tous les deux et les dernières manoletinas ne s’imposaient pas compte tenu des derrotes du Sainte Cécile. José Antonio Valencia est un excellent matador et son coup d’épée porté avec engagement et très rapide d’effet vaut à lui seul l’oreille accordée.
Le dernier est le plus léger des trois Sainte Cécile. Solalito fait la démonstration de ses qualités de capeador efficace et varié avant de poser les banderilles et de brinder au public. Le novillo est noble mais juste de forces. Solal l’amène des tablas vers le centre à la manière de Juan Bautista. Avec beaucoup de temple et de relâchement, il enchaîne trois très élégantes séries de derechazos . A gauche, le novillo est plus violent et compliqué. Le toro va à menos, le torero réduit les terrains pour une tauromachie plus encimiste mais qui manque, faute d’opposant, de transmission. Solal coupe sa seconde oreille de l’après-midi après 8/10èmes d’épée et un descabello.


Ainsi se termine une novillada qui si elle n’a pas atteint les sommets a été entretenue et à permis de voir les progrès des deux ganaderias, même s’il reste de l’ouvrage. Solalito a confirmé la bonne impression laissée à Castelnau Rivière Basse et Valencia a du potentiel d’autant qu’il maîtrise déjà l’usage des aciers.
Dommage qu’il ait manqué du monde sur les gradins. Faut-il y voir les conséquences de l’absence de régionaux au cartel ?

Fiche technique :
Arènes de Plaisance du Gers : novillada non piquée des fêtes de 2018
Trois erales (1, 2,3) de Turquay, meilleurs les deux premiers, et trois de Sainte Cécile mélanges de noblesse et d’âpreté pour :

Antonio Villalba (Ecole taurine d’Albacète) : un avis et silence, un avis et silence
José Antonio Valencia (Ecole taurine du Pays d’Arles) : une oreille, une oreille
Solalito : une oreille, une oreille

Président : Pascal Londero (club taurin de Toulouse)
Demi-arène
Soleil et chaleur estivale

Thierry Reboul

Voir les photos : Christian Sirvins