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La Fragua (23/02/2019) : Miguel Polope domine la tienta qualificative...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Six ans déjà que Juan Leal et sa Peña organise le Certamen de La Fragua et pour la cinquième année ce sont les arènes couvertes de Pontonx qui accueillent cette compétition entre aspirants toreros. En 2019, c’est Julio Aparicio qui est le parrain de ces deux journées consacrées à la promotion de la tauromachie et à la découverte de jeunes talents.

Signe de la place que tient La Fragua dans le paysage taurin, la présence parmi les candidats de novilleros sans picador confirmés comme Valentin Hoyos et Miguel Polope.
Ce sont des vaches de la ganaderia d’Andoni Rekagorri qui a été choisi pour départager les prétendants à la qualification pour la novillada qui se déroulera ce dimanche. Cet élevage a été constitué à partir de vaches d’origine Valdefresno (Encaste Atanasio Fernandez) et des sementales de Sanchez Arjona (Encaste Domecq). Les vaches tientées ce samedi, très bien présentées et armées, ont gardé, à l’exception de la dernière, beaucoup de leurs origines Valdefresno. Elles sont toutes sorties abantas. Au cheval, avec des degrés de bravoure très divers, elles ont chargé avec de la vitesse et de la force. Elles ont pour la plupart « chacaillé » sous le fer. Souvent mansas con casta, elles ont été exigeantes à la muleta. Transmettant beaucoup d’émotion, vraies juges de paix, elles ont mis en évidence les qualités de certains des novilleros et montré le chemin qu’il reste à parcourir aux autres.
Elles ont été piquées, toutes les douze, par Gabin Rehabi auteur d’un très grand tercio face à mansa perdida, très dangereuse, sortie en neuvième position.

La première prend trois piques. Partant de loin, elle a poussé à la première rencontre puis s’est défendue sous fer lors des deux suivantes. Elle est lidiée par Jesus Moreno (Ecole Taurine d’Albacete). Plutôt élégant, le novillero court bien la main. Il cite à distance une vache, noble, qui en début de faena ne baisse pas la tête. Très Atanasio et grâce à une bonne lidia, la Rekagorri va à mas et permet au jeune torero de s’exprimer. En second, sort Alvaro Chinchon (Fondation El Juli) qui profite des qualités de la vache pour lier une bonne série à gauche. Le novillero manque d’élégance et de maîtrise technique. Il se fait déborder et mettre en difficulté par son adversaire en fin de faena.

La seconde est une très jolie colorada. Elle pousse et se défend sous le fer. C’est une vache compliquée, exigeante, avec une forte personnalité qui met en difficulté Emiliano Robledo (CITAR, Ecole Taurine du Maestro Joselito à Guadalajara). Le novillero est vert et ne pèse pas sur la vache qui prend le leadership à droite et est très compliquée quand on la cite à gauche. Sur cette corne, elle bousculera à plusieurs reprises le torero. De second sort Niño Julian (Ecole Taurine de Nîmes). L’élève de Christian Lesur a du mal à s’imposer face à une vache de plus en plus complexe. On retiendra de sa prestation une série courageuse à droite avant un final brouillon et accroché.

La troisième échoit à Guillermo Garcia (Ecole Taurine de Madrid) qui a participé à la novillada de Magescq la semaine dernière. Elle prend trois piques sans grand style, sortant seule des deux premières. Elle est tarda, a une charge courte et serre sur le piton droit. Le madrilène est courageux mais manque de recours. Il garde trop la vache près de lui et se fait déborder lors des deux premières séries de derechazos. Il tire de bons muletazos sur la corne gauche avant d’être mis à nouveau en difficulté en fin de faena. En second sort Miguel Polope (Ecole Taurine de Valencia). Le novillero, qui s’était qualifié en 2018 à Bougue, a du métier. Il prend l’ascendant sur la vache et même si celle-ci va à menos en tire une bonne série sur la corne droite.

La quatrième prend trois puyazos venant en zig-zag, se défend sous le fer. A la muleta, elle part de loin, met la tête sans humilier. Exigeante, elle ne permet aucune erreur. Victor Acebo (Torre Pacheco Alméria) est courageux. Il manque encore de métier alterne des séries à droite où il ne pèse pas assez avec d’autres à gauche où il exploite au mieux la meilleure corne d’une vache qui va à mas. De second sort Emiliano Ortega (Ecole Taurine de Lucena, Mexico). Le mexicain est courageux. Il lie une bonne série sur sa chaque corne à une vache. Il « monte »  sur son adversaire qui ne supporte pas cette tauromachie brusque et qui se décompose très vite en fin de faena.

La cinquième prend trois piques avec bravoure et en poussant sous le fer. Elle est noble mais un peu juste de forces. Tristan Espigue (Ecole Taurine Rhône Aficion) commence sa faena par une bonne série à droite. Il exige un peu trop d’une vache juste de force qui chute. De la suite, qui manque de lien, on retiendra un bon enchaînement derechazo / changement de main. En second intervient Valentin Hoyos (Ecole Taurine de Salamanque). Finaliste de Bougue, le novillero a été beaucoup vu dans le Sud-Ouest l’an passé. Il a un très bon niveau technique et du métier. Il s’adapte à la vache et lie des séries très appliquées sur la corne droite. C’est techniquement très bien fait mais le novillero est très froid et transmet peu.

La sixième prend une première pique, s’emploie de façon désordonnée sous le fer. Elle va à mas, vient avec bravoure et pousse en mettant les reins lors des deux rencontres suivantes. Elle est juste de force mais est noble et a du fond. Elle prend le dessus sur Ignacio Candelas (Ecole Taurine de Ronda), novillero très vert. Il a une tauromachie allurée mais il ne conduit pas la charge de son adversaire et reste en dessous de ses possibilités. Il est relayé par José Maria Trigueros (Ecole Taurine de Murcia) qui sait mettre en évidence la vache sur la corne droite (la gauche est très compliquée). Le novillero manque de métier mais laisse entrevoir des qualités. Quelques muletazos sont accordés à Emiliano Robledo qui a eu la vache la plus compliquée de cette première partie du certamen. Le pensionnaire du CITAR est de nouveau débordé par une opposante bien moins difficile que la seconde.

Après la pause repas, le tentadero qualificatif reprend avec une vache qui prend trois piques sans grand style. Alvaro Chinchon la débute par des cambiadas. La vache, juste de forces, est noble. Elle va à mas et prend le dessus sur un jeune torero très appliqué mais qui manque de personnalité et de transmission. De second Jesus Moreno enchaine une bonne série de naturelles, techniquement parfaites mais qui manque de profondeur et reste en dessous des possibilités offertes par la noblesse de la vache.

La huitième prend une bonne première pique puis va à menos lors des deux rencontres suivantes. A la muleta, elle vient de loin, est noble mais manque de forces. Niño Julian est courageux, s’applique mais il manque encore de métier et sa tauromachie est encore brusque .Comme Chinchon, il ne tire pas tout le parti d’une opposante qui comme au cheval va à menos en cours de faena. Emiliano Robledo, décidément très vert, se fait à nouveau déborder par une vache qui a priori ne présentait pas de difficultés majeures.

La neuvième a hérité de ce grain de folie que l’on retrouve chez les Atanasio de Dolores Aguirre. C’est un mansa perdida qui fuit le contact avec le cheval, cherche une issue de secours pour sortir du ruedo. Il faudra le talent et l’opiniâtreté de Gabin Rehabi pour la châtier (picador applaudi). A la muleta, c’est un vrai cadeau empoisonné. Et comme souvent la mansedumbre de l’animal créé l’émotion et révèle les qualités du torero, elle va permettre à Miguel Polope de se mettre en évidence. Avec autorité, il la double. Il l’oblige à rester dans sa muleta et enchaîne des séries courageuses et surtout dominatrices qui portent sur l’animal et font réagir le public. Malgré quelques accrochages sans gravité, le torero de Valencia a pris le dessus sur son adversaire et a marqué des points auprès des spectateurs et du jury. Guillermo Garcia qui a toréé de second n’a pas le même niveau technique, ni la même toreria.

La dixième prend trois piques sans grand style. Le mexicain Emiliano Ortega, est courageux mais manque d’expérience. Il n’arrive pas à trouver la distance et le rythme pour s’imposer à une vache tarda et qui se défend plus qu’elle ne charge. Victor Acebo, plus expérimenté, arrive à tirer quelques bons muletazos à une vache de plus en plus tarda.

La onzième prend deux premières piques sans grand style avant de pousser à la troisième rencontre. A la muleta, la vache est noble mais elle manque de fond et d’alegria. Valentin Hoyos la double un peu trop fort puis récite sa tauromachie techniquement parfaite mais trop fade pour donner de l’émotion face à une telle opposante. De second Tristan Espigue, lui aussi appliqué, a du mal à transmettre de l’émotion face à une vache qui est allée à menos.

La douzième est très typée Sanchez Arjona. Elle a un comportement très différent des onze précédentes. Elle remate aux planches et se fixe très rapidement. Elle prend trois en venant fort, en poussant avec beaucoup de fixité au contact du peto. Elle est exigeante, elle aussi. Elle demande à être toréé avec une main de fer dans un gant de velours, avec suavité et temple. Elle nécessite un bagage technique que ne possède pas, malgré son envie et sa bonne volonté, José Maria Trigueros. Le torero de Murcia montrera quand même qu’il a un certain potentiel en liant en fin de faena une très bonne série à gauche. Ignacio Candelas, de second, sera dominé par une vache qui finira par l’accrocher.

Avant de publier les résultats et pour permettre au jury de délibérer, une vache est offerte aux professeurs des écoles dont sont issus les participants au Certamen. Piquée par un jeune piquero débutant nommé Juan Leal, elle sera lidiée par El Ecijano, Agustin Martin, Enrique Vera, Javier Ortega, Emilio Ortega, Carlos Ortega, Tino Lopez, Emilio Caro et pour finir Lionel Lohiague le Monsieur Loyal de cette Fragua 2019.
Grâce à un bétail sérieux et exigeant et des novilleros d’un niveau en progression d’une édition à l’autre, nous avons vécu un tentadero très intéressant. Dommage qu’il n’y ait pas eu plus de public sur les gradins. Ce type de spectacle est très formateur. Sa gratuité permet à tout un chacun d’y assister dans son intégralité ou partiellement pour soutenir une des initiatives qui concourent le plus à la transmission de la connaissance et de la passion taurine aux jeunes générations.

A l’issue de ce Certamen ont été qualifiés pour la novillada de ce dimanche à Pontonx, les novilleros :
Miguel Polope
Jesus Moreno
Valentin Hoyos
Victor Acebo
Personnellement j’aurai donné sa chance à José Maria Trigueros.
Rendez vous demain matin pour le tentadero avec Juan Leal et Julio Aparicio et l’après-midi pour la non piquée finale du Certamen de la Fragua

Fiche Technique
Arènes de Pontonx, tentadero qualificatif du Certamen de La Fragua
Douze vaches de la ganaderia de Rekagorri très bien présentées, donnant des jeux variés mais toujours intéressants pour
Jesus Moreno (ET Albacete), Emiliano Robledo (CITAR), Guillermo Garcia (ET Madrid), Victor Acebo (ET Almeria), Tristan Espigue (ET Rhône Aficion), Ignacio Candelas (ET Ronda), Alvaro Chinchon (ET El Juli), Niño Julian (ET Nîmes), Miguel Polope (ET Valencia), Emiliano Ortega(Mexique), Victor Acebo (ET Almeria), Valentin Hoyos (ET Salamanque), José Maria Trigueros (ET Murcia)
Picador Gabin Rehabi
Cavalerie Bonijol
Sont qualifiés : Miguel Polope, Jesus Moreno, Valentin Hoyos, Victor Acebo

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour