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Yon Lamothe : « Saisir l’opportunité de mes débuts en piquée »...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Né le 10 novembre 2000 à Mont de Marsan, Yon Lamothe commence en NSP en avril 2017 à Mugron. Après une première saison de 9 novilladas au cours de laquelle il coupe 18 oreilles, il est désigné triomphateur du Sud-Ouest par l’ACOSO et les clubs taurins Paul Ricard.

Il confirme en 2018 en participant à 24 novilladas, coupant 27 oreilles, empochant via l’Acoso et l’association des critiques taurins, les prix de triomphateur de la temporada et de meilleur novillero sans picador du Sud-Ouest. La saison à venir est à marquer d’une pierre blanche pour le jeune landais de l’école taurine Adour Aficion, car il fera ses débuts en novillada piquée à Mugron le 22 avril 2019 face à des novillos de Baltasar Iban.
Dans les arènes de Bayonne, chères à son grand père, il se dévoile…

CF « Yon comment t’es venue l’aficion ? »
YL « Naturellement par la famille, par mon grand-père Alain bien sûr (ndlr Yon est le petit-fils d’Alain Lartigue), mais aussi par mon père très aficionado, j’ai baigné là-dedans depuis tout petit. Néanmoins, ma passion première c’est le ballon ovale. Ce n’est que vers 11 ans, que j’ai commencé à m’intéresser vraiment à la tauromachie avant de m’inscrire à l’école taurine vers mes 13 ans.

CF « Comment est arrivé ce déclic pour franchir le pas de l’école taurine ? »
YL « Petit à petit, en m’intéressant de plus en plus à la corrida, j’ai voulu essayer comme on irait essayer le foot sans illusion particulière, sans savoir ce que ça représentait vraiment. J’ai fait du rugby pendant 3 ans, en parallèle jusqu’à mes débuts en sans picador. A ce moment-là, j’ai réalisé que je ne faisais plus les efforts nécessaires pour être au niveau balle en main et que les toros avaient pris le dessus. J’ai décidé de m’y consacrer pleinement ! »

CF « Comment ont réagi tes parents ? »
YL « Le moment où ils ont eu plus de mal c’est au moment de l’inscription, car aficionados, ils avaient pleinement conscience du danger, et de la dureté du milieu. Maintenant, même si les toros grandissent, j’ai affiné ma technique et si je suis loin de tout maitriser, je contrôle suffisamment pour qu’ils soient plus rassurés par rapport au danger. Ça reste une souffrance surtout pour ma maman mais elle vient me voir dans les arènes plutôt que d’attendre le coup de fil. Mon père l’exprime différemment, il a du stress mais il le vit plus de l’intérieur et il a la fierté du papa.

CF « Comment gères-tu leur présence ? »
YL « Leur présence me rassure car je suis très proche de ma famille, et puis ça ne me bloque nullement dans ce que je fais dans l’arène. Ils m’encouragent à tout faire à fond, de façon à ce que je n’ai aucun regret en sortant des arènes même si je pense qu’ils ont au fond d’eux l’envie de me dire de prendre des précautions »

CF « Auprès de toi, on voit surtout ton frère Victor, discret mais toujours très présent, on sent quelque chose de fort entre vous »
YL « Nous avons une relation fusionnelle, il a six ans de plus que moi. Je joue tellement sur vingt minutes, en un regard, un geste il peut me recentrer, me calmer. Que ça marche ou pas, il sera toujours là. Il a un rôle très important pour moi, bien sûr pas sur le plan technique où ç’est le domaine de Richard Millian, mais sur le plan mental »

CF « Sur le plan personnel, quelle est ta situation ? »
YL « J’ai eu mon bac l’an dernier, je suis inscrit en Staps à Bayonne, mais j’ai décidé de me consacrer à 100% à la tauromachie. Je m’entraîne à l’école taurine Adour Aficion de Richard Millian, mais là je vais partir bientôt en Espagne à Madrid m’entraîner avec Rafa Gonzalez que j’ai connu grâce à Juan Bautista. Je m’entends bien avec lui et il a décidé de m’aider et de me donner un coup de main jusqu’à mes débuts en piquée à Mugron. Je vais aller voir ce qui se fait ailleurs, quelque chose de différent. »

CF « Cette expérience va-t-elle perdurer ? »
YL « C’est à voir… je suis toujours chez Adour Aficion, et je ne vais pas me séparer de Richard, loin de là. Je vais pouvoir m’entraîner et vivre en torero loin du confort familial. Richard est content que je puisse avoir cette opportunité. Je vais continuer à travailler avec lui mais en ayant plus de possibilités de toréer, de tienter. J’ai appris à toréer avec Richard avec une certaine méthode, en allant à Madrid, je vais aller me confronter à une autre méthode qui, je l’espère sera complémentaire. De toute façon quand je reviendrai, Richard validera les acquis nouveaux. Je suis content de pouvoir côtoyer l’élite (ndlr : Rafa Gonzalez ex peon de confiance de Juan Bautista, vient d’intégrer la cuadrilla d’Alvaro Lorenzo).

CF « Rafael Gonzalez va intégrer ton équipe ? »
YL « Bien entendu, si je peux l’avoir dans ma cuadrilla quand il ne torée pas avec Lorenzo et en retour de l’aide qu’il va m’apporter, il y a une logique à ce que je lui donne des contrats. Il y aura aussi en fonction Mathieu Guillon « El Monteño », El Santo, Miguelito et Asier Campos. »

CF « Comment définirais -tu ton toreo ? »
YL « Assez vertical, dans le sitio des toros, j’aime bien des toreros style Talavante qui peuvent aussi avoir des inspirations et retourner une arène sur une série. J’aime être le plus pur et le plus « templé » possible, mais sans perdre mon grain de folie et ma créativité »

CF « A ce sujet, après une première temporada où tout semblait te réussir, tu démarres 2018 dans la difficulté, comment l’expliques-tu ? »
YL « Arzacq (sourires) !!! J’ai connu un hiver difficile. J’ai eu une déchirure à l’avant-bras, je n’ai pu toréer de la droite pendant un mois et demi. Quand je reviens à l’entraînement j’essaie de rattraper le temps perdu mais un grain de sable s’est glissé dans la machine, je doute, je ne retrouve pas mes sensations et mon naturel. On essaie avec Richard de corriger, il voit que ça ne va pas, il me le dit et moi qui ai un caractère à tout garder, je reste avec mes doutes et j’arrive à Arzacq pour ce premier contrat sans envie. Cinq minutes après mon arrivée au patio, je me demandais ce que je faisais là, j’avais envie d’être ailleurs avec mes potes. C’est la première fois que cela m’arrivait (et heureusement la seule fois de la saison), ça m’a choqué. En piste je n’y étais pas, je ne sentais pas les choses et comme je ne sais pas mentir et plutôt que de tricher j’ai arrêté avec le toro au bout de quatre séries »

CF « Est-ce que finalement ce mauvais moment ne te sauve pas la saison ? »
YL « Exactement, si j’avais fait une faena en « trichant », je pense que la saison aurait été différente et il y a des chances même que la saison s’arrête de suite tellement j’étais dans le doute. Là j’ai été obligé de beaucoup réfléchir, Mathieu Guillon m’a beaucoup aidé et m’a permis de faire le lien avec Richard avec qui nous avons pu échanger calmement pour remettre des choses à plat et repartir sur de bonnes bases »

CF « Et le contrat d’après Arzacq ? »
YL « C’était le certamen de La Fragua à Pontonx, et là aussi ça m’a fait mal parce que je n’ai pas été qualifié pour la finale. Même si je sentais que ma tauromachie se remettait en place. Ça m’a mis un coup sur la tête après ce début de saison très compliqué. Les relations avec Richard se passaient de nouveau bien, je voyais dans le regard de mon entourage que j’étais sur le bon chemin. D’ailleurs arrive le contrat d’Aignan où je « pinche » un triomphe de trois oreilles mais je prends à nouveau du plaisir, les sensations reviennent et à Mugron je coupe trois oreilles, la temporada démarre vraiment »

CF « Quel a été ton sommet de la saison ? »
YL « Tauromachiquement parlant, Bayonne lors de la qualification avec l’Alma Serena auquel je coupe deux oreilles. C’est un jour où rien ne peut t’arriver ! J’étais avec le novillo, je ne pensais pas à la technique, je n’avais plus qu’à profiter et à laisser parler mon imagination »

CF « Pourtant c’est à Dax où tu gagnes la finale des NSP, que tu as exprimé le plus d’émotions !»
YL « Il y avait la pression de Dax, la journée a été très longue puisqu’on avait dû faire, à cause du temps, la qualification et la finale dans la foulée. La novillada du matin du Lartet est sortie très exigeante mais j’ai réussi à me qualifier. J’ai joué la finale sur un seul eral car le premier sorti était vraiment faible. Sur ce novillo, j’ai gardé une image très forte en tête lors de mon entame de faena par un cambio, quand je sors de la passe j’entends l’ovation de l’arène qui est pleine, je vois un groupe de gamins debout qui m’applaudit … c’est complètement fou en novillada sans picador ! Je finis par couper une oreille avec une forte pétition de la seconde, et si je remporte la finale, je passe à deux doigts de la grande porte …. mais avec la chaleur des gens c’était un moment extraordinaire à vivre avec plein d’émotions »

CF « Tu termines la saison auréolée de plusieurs prix (critiques taurins du sud-ouest, Acoso), arrive donc logiquement ton démarrage en piquée à Mugron en Avril »
YL « Je vais toréer pour mes débuts en piquée, une novillada de Baltasar Iban. Nous avons beaucoup réfléchi car c’est un élevage qui peut sortir très bien mais aussi avec beaucoup de piquant. Les organisateurs ont choisi un lot présenté « normalement ». Comme c’est mieux pour moi de commencer avec ce type d’élevage qu’avec du Santa Coloma où c’est plus difficile de rentrer dans les rythmes, j’ai donc décidé de commencer à Mugron !»

CF « Beau cartel pour débuter ! »
YL « Il y aura Dorian Canton qui a plus d’expérience que moi, et Francisco de Manuel qui a fait une très belle temporada 2018 et qui est reconnu par les professionnels comme un très bon torero. Je vais pouvoir d’entrée de jeu me confronter à ce qui se fait de mieux. S’il lui sort un bon novillo, il ne va pas passer à côté. Cela me donne une motivation supplémentaire. Et si par rapport à mes compagnons de cartel je suis moins au point techniquement, je vais tout donner en présentant ma différence avec l’esprit de « créer » des choses »

CF « Le passage au gabarit du toro de trois ans va peut-être plus mettre en valeur ta tauromachie ? »
YL « Tout à fait, je suis grand, je ne suis pas un torero qui va naturellement chercher le public, ça peut nuire à la transmission. Avec la taille du novillo, l’envie que j’ai, et un peu d’imagination dans les faenas, ce que je vais faire prendra plus d’importance »

CF « Et l’après Mugron ? »
YL « Tout va dépendre comment vont se passer mes débuts. J’ai des contacts avec des arènes qui se montrent intéressées mais tout le monde attend Mugron comme cela a pu se passer avec Dorian l’an dernier. Après son succès là-bas, il a fait une saison de 13 Novilladas. Après je n’ai pas forcément cette ambition, ni la même stratégie … »

CF « Quelle serait pour toi une saison idéale ?»
YL « Déjà que Mugron se passe le mieux possible avec un triomphe ou au moins la possibilité de faire quelque chose de positif pour ensuite toréer quelques novilladas dans le sud-ouest, me montrer dans le sud-est pour si possible en fin de saison rentrer dans le circuit espagnol même si nous ne sommes pas prêts à payer pour toréer. Je prendrai le temps de mettre les chances de mon côté. Je ne veux pas aller trop vite pour aller partout et ne laisser aucune trace, je veux arriver au maximum prêt pour faire la tauromachie que je recherche »

CF « Un dernier mot, que penses-tu de la forte concurrence actuelle en France ? »
YL « C’est très bien pour l’aficion, le renouveau. Cette « competencia » peut amener une petite flamme supplémentaire pour les spectateurs. Après concurrence ou pas, chacun a ce qu’il mérite car on a tous nos opportunités même si en nombre elles se réduisent par rapport à une certaine époque. Quand on a l’esprit de compétition, la concurrence c’est bien pour se surpasser, il ne faut pas se chercher d’excuses et arriver très préparé. C’est de plus en plus compliqué d’arriver en haut, mais on aura tous au moins une chance de montrer nos qualités, et même si le facteur chance ne se maitrise pas, autant se faciliter les choses en étant bon quand tu as l’opportunité de montrer ce que tu vaux ! »

Propos recueillis par Philippe Latour