• 1

"El Rafi" : Etre annoncé à Séville, c'est bien, mais ce n'est pas une fin en soi et c'est ce qu'il s'y passera qui sera mieux encore, j'espère...

© collection perso ElRafi
© collection perso ElRafi
Raphaël Raucoule "El Rafi" est né le 3 septembre 1999 à Nîmes, petit fils d'un torilero emblématique des Arènes de Nîmes. Elève du Centre de Tauromachie de Nîmes, il rejoint ensuite le Centre Français de Tauromachie avec les maestros Christian Lesur et Patrick Varin, qui accompagnent sa formation depuis ses premières becerradas jusqu’à ses deux années de novilladas sans picador.

L’aventure continue en novillada piquée en 2018, année lors de laquelle il est apodéré par Patrick Varin.

Entretien avec "El Rafi" qui, du côté de Salamanca, poursuit sa préparation en vue d'une temporada qu'il qualifie lui même de "saison de (sa) vie"...

 

CorridaFrance : Tout d'abord et pour commencer, comment s'est passé ton hiver et où en es-tu de ta préparation ?

El Rafi : Mon hiver s'est très bien passé. Je me suis entraîné à Salamanca, comme l'hiver dernier. Je m'entraîne avec le frère de Juan del Álamo, parfois avec Juan del Álamo lui-même, le banderillero "Jarocho", entre autres professionnels. J'ai aussi pu faire pas mal de campo avec Alberto (NDLR : García, gérant de Tauroemoción), qui m'a trouvé pas mal de tentaderos. La semaine dernière, j'étais chez Victorino pour tienter, ainsi qu'à la ganaderia Marqués de Quintanar. Je vais continuer ainsi ma préparation, puisque je ne pene rentrer en France qu'au mois d'avril.

 

CorridaFrance : Quel regard portes-tu sur ta dernière temporada ?

El Rafi : Pour la dernière temporada, que j'ai effectuée avec Patrick (NDLR : Varin, matador de toros, professeur au Centre Français de Tauromachie), et qui était aussi ma première en novillada piquée, l'objectif était de monter en puissance et de prendre le rythme du toro. Il me fallait pouvoir montrer mes qualités face au toro afin de pouvoir décrocher un apoderamiento avec un apoderado influant, notamment en Espagne, qui puisse m'ouvrir des portes là-bas. Et c'est ce qu'on a réussi à faire, puisque je suis maintenant apodéré par Alberto García, de Tauroemoción, qui a également Emilio de Justo, Rubén Pinar et Leonardo Hernández. J'espère qu'il va nous ouvrir des portes en Espagne et c'est ce qu'il a déjà commencé à faire, puisque je suis annoncé à Séville le 26 mai. Nous sommes en tous cas très heureux et très confiants dans cet apoderamiento.


©ElTico
©ElTico
CorridaFrance : Tu es très attaché à tes racines nîmoises, et les broderies de ton costume l'an dernier pour ta présentation en piquée dans les arènes de ta ville, ont beaucoup fait parler. Apparemment, le public gardois te le rend bien, qui a rapidement fait de toi son "chouchou". Comment vis-tu cette notoriété précoce dans ta ville ?

El Rafi : Oui, le crocodile sur le costume a beaucoup fait parler de lui et j'ai fait beaucoup de médias avec. Il a fait pas mal de bruit à Nîmes et j'en suis content. En premier lieu pour la ville de Nîmes, parce-que c'était la moindre des choses que je pouvais faire, le moindre détail que je pouvais rendre à Nîmes, qui est ma ville. Ensuite, pour les gens qui me soutiennent et qui ont été touchés par ce détail. Il est très important de se sentir soutenu par les siens et tout ça m'aide à aller de l'avant. Je sais qu'il y a des gens derrière moi, qui croient en moi. Ca me pousse à m'entraîner toujours plus et à être meilleur. Car j'ai envie de représenter Nîmes de la manière la plus correcte qui soit. Je l'ai toujours à l'esprit, à chaque fois que je torée. Maintenant, le plus important est de continuer à couper des oreilles, car comme le dit le proverbe, "nul n'est prophète en son pays" et il ne faut jamais s'endormir. L'objectif est aussi de se créer une notoriété partout, en France comme en Espagne. Car c'est en Espagne, comme on le sait, que les portes de ce monde s'ouvrent. Je pense qu'il est important d'être reconnnu comme un bon torero en Espagne. C'est ce qui permettra d'être ensuite reconnu en France. Mais c'est certain qu'il est très important pour moi de savoir que les Nîmois et les Gardois en général me soutiennent.

 

CorridaFrance : On a annoncé l'automne dernier que tu serais désormais apodéré par Alberto García, gérant de l'empresa Tauroemoción. Comment s'est passée votre rencontre ?

El Rafi : Avec Alberto, nous nous sommes contactés un peu avant la Feria des Vendanges, à Nîmes. Et on s'est rencontrés pendant la feria, le jour où Emilio de Justo toréait les toros de Victorino. Le courant est tout de suite très bien passé entre nous. C'est un apoderado jeune, ambitieux, qui est en pleine expansion dans ce milieu. Il a récemment ouvert un bureau à Madrid, avec un directeur de la communication, un directeur marketing. On sent qu'il fait du bon boulot et qu'il a une approche assez moderne de la tauromachie. C'est ce qui est important aujourd'hui parce qu'il faut que la tauromachie évolue, tout en gardant bien sûr l'essentiel de sa tradition, mais elle est condamnée à évoluer pour s'adapter à la société d'aujourd'hui. C'est cette approche moderne et dynamique qui m'a donné confiance en lui et le fait qu'il ait déjà beaucoup d'arènes. Par la suite, j'ai toréé à Algemesí une novillada de Victorino. Celui-ci a parlé de moi à Alberto et on a beaucoup discuté. Par la suite, on s'est appelés pour parler du contrat et on est rapidement tombés d'accord car lui de son côté voulait aider un novillero et parier sur la jeunesse quand nous, nous voulions nous ouvrir les portes de l'Espagne. Donc, cet accord d'apoderamiento ne pouvait pas mieux tomber et tout le monde en ressort très satisfait.

 

CorridaFrance : Comment va se passer votre collaboration et y a-t-il eu d'ores et déjà des choses qu'il a changé dans ta façon de te préparer ?

El Rafi : L'apoderamiento va se passer de la manière la plus classique qui soit. Patrick va continuer à m'entraîner et reste directeur artistique. Et c'est Alberto García qui reprend complètement le rôle d'apoderado. Il n'y a pas grand chose qui a changé dans ma préparation si ce n'est que j'ai pu tienter plus car son veedor, qui est chargé d'aller voir les corridas au campo, me trouve des tentaderos. Ce qui ne peut être que du bénéfice pour moi dans ma préparation.

 

© collection perso ElRafi
© collection perso ElRafi
CorridaFrance : Tu viens de le rappeler, le Maestro Patrick Varin reste toutefois à tes côtés. Que t'apporte t-il au quotidien ?

El Rafi : Patrick est très très important pour moi. Il me connaît mieux que personne et il connaît notamment tous mes travers. Il est là pour me soutenir quand ça va, dans les bons moments. Mais il est aussi là quand ça va moins bien pour me dire que ce n'est pas comme ça qu'il faut faire, pas comme ça qu'il faut être... Et quand il me le dit, j'ai confiance en lui. Je sais que ce qu'il me dit, il me le dit pour mon bien. J'ai besoin de lui à mes côtés pour m'épauler car c'est un métier qui est très éprouvant psychologiquement et c'est très important d'avoir quelqu'un sur qui se reposer. Patrick a ce rôle là avec moi. Quand je suis en France, il m'aide à m'entraîner, à me perfectionner techniquement et surtout mentalement. C'est un rôle très très important qu'il a pour moi.

 

CorridaFrance : As-tu des modèles ? Quels toreros t'inspirent ?

El Rafi : Oui, j'ai des modèles, comme torero... Pour le pouvoir, c'est El Juli. Pour le côté esthétique, c'est Talavante. J'aime beaucoup Morante... Il y a plusieurs toreros dont je m'inspire, comme Roca Rey, pour la fraîcheur et la nouveauté qu'il apporte dans le toreo et surtout la vitesse avec laquelle il s'est imposé dans le milieu. Mais plus que des toreros, ce sont des artistes ou de fortes personnalités qui m'inspirent... J'aime beaucoup des histoires à la Mohamed Ali, Charles Aznavour et d'autres encore dont les histoires me font vibrer et dont je n'ai pas forcément les noms en tête... Ce qui m'intéresse dans leurs histoires, c'est leur caractère, la manière dont ils en sont arrivés là, leur état d'esprit, leur approche de leur monde, de leur milieu... C'est plutôt cet aspect là qui m'inspire, plus encore qu'un simple concept de tauromachie...


CorridaFrance : Tu n'en es qu'au tout début de ta carrière. Comment voudrais-tu voir évoluer ton toreo ?

El Rafi : Actuellement, ce que j'ai envie de faire de mon toreo, c'est le rendre plus profond, plus lent... Ce qu'on a toujours envie d'améliorer chez nous, ce sont nos défauts. Je sais que par exemple, j'ai tendance à raccourcir le muletazo ou à faire un peu trop de recorte. Donc, lorsque je m'entraîne, je cherche à faire les muletazos les plus longs possibles, les plus profonds possibles, d'y mettre du rythme et de la douceur. Après, de manière plus générale, ce qui me fait vibrer, c'est un tout, la transmission entre moi, le toro et le public surtout. De pouvoir recevoir ces émotions fortes et cette communication entre le public et le torero, c'est ce qui me fait vibrer, ce qui me donne envie de me mettre devant le toro. C'est dans ce sens là que je voudrais voir évoluer mon toreo.

 

CorridaFrance : Tu as d'ores et déjà été annoncé le 26 mai à Séville. Tu seras à Arles pour la Feria de Pâques. D'autres arènes de première catégorie t'ont elles déjà contacté ?

El Rafi : Commencer ma temporada par Arles et Séville, c'est un début de saison rêvé... Séville faisait partie de mes rêves lorsque j'ai commencé à vouloir être torero. Donc, me voir annoncé à la Maestranza, c'est exceptionnel. J'en suis vraiment très heureux. Mais ce n'est pas une fin en soi. Etre annoncé à Séville, c'est bien, mais c'est ce qu'il s'y passera qui sera mieux encore, j'espère... Pour le moment, il n'y a pas d'autres arènes de première qui nous ont contactés. Mais j'espère bien sûr que cela arrivera, comme j'espère aussi toréer dans d'autres grandes arènes Espagnoles. Mais c'est aussi à moi de faire le nécessaire pour y arriver. Quant à la France, j'espère être à Nîmes à Pentecôte mais il n'y a encore rien de fermé.

 

CorridaFrance : Il y aura beaucoup de novilleros français cette année sur le circuit. Comment vis-tu cette concurrence ?

El Rafi : C'est une très bonne chose qu'il y ait beaucoup de novilleros français. Cela signifie que le travail qui a été fait il y a quelques années par Alain Montcouquiol et Simon Casas, qui ont été les fondateurs de la tauromachie française, porte ses fruits. Et si on est là aujourd'hui, c'est grâce à eux aussi et à tous ceux qui se sont battus pour que les toreros français aient une place dans le monde taurin. Après, pour tout dire, que ce soient des toreros français ou des toreros espagnols, cela m'est un peu égal. Si mes compañeros de cartel sont français, je suis très fier pour mon Pays mais dans l'arène, il n'y a plus de nationalité. Lorsque je suis dans l'arène, je n'ai pas forcément envie que les gens me voient comme "le français". J'ai envie qu'ils me reconnaissent par mon nom plutôt que par ma nationalité. Je suis très très fier d'être français et je le revendique. Mais je pense qu'il n'y a pas de nationalité qui compte mais la personnalité et le talent. Qu'il y ait beaucoup de novilleros français plutôt que seulement deux, c'est très bien pour la tauromachie française et pour le Pays mais pour moi c'est pareil, je ne porte pas mon attention là-dessus quand je torée... Mais je suis bien évidemment très fier qu'il y ait beaucoup de toreros français.

 


CorridaFrance : Qu'attends-tu de cette temporada 2019 ?

El Rafi : La temporada 2019, c'est très simple... Je m'entraîne pour montrer que je veux être, que je suis le meilleur. Je veux me placer dans les novilleros punteros pour me dégager un avenir dans la tauromachie en tant que matador. Il faut qu'il y ait pour celà plus de gens encore qui croient en moi et qui apprécient mon toreo, pour que j'arrive en force comme matador de toros. C'est vrai qu'il faut faire les choses les unes après les autres, étape par étape. Mais mon ambition, c'est çà. C'est d'être le meilleur, pour l'instant en tant que novillero pour devenir bien sûr figura del toreo. Je pense que si je n'ai pas cette ambition là, je ne pourrai pas arriver à être ne serait-ce que matador de toros. Donc voilà, c'est ça l'objectif

 


CorridaFrance : Penses-tu déjà à l'alternative ?

El Rafi : Non, l'alternative, je n'y pense pas. Parce que d'abord, je ne sais pas dans quelles conditions ce sera. Et puis ensuite, comme je te l'ai dit avant, j'ai une temporada de novillero très très importante pour moi. Je pense que c'est la saison de ma vie et je ne veux vraiment me concentrer que sur ça, sur cette saison qui arrive. Après, pour moi, l'alternative n'a jamais été un rêve... J'ai toujours révé d'être torero, de vivre des émotions fortes avec le public, moi et le toro mais pas d'être matador de toros. Je pense que l'alternative, c'est une étape dans la carrière d'un torero. C'est un jour qui est très beau, certainement inoubliable dans la carrière d'un torero. Mais ça ne doit pas être une fin en soi. Il me semble que si je me dis "mon rêve, c'est de prendre l'alternative", je n'irais pas plus loin que l'alternative... Donc, ce sera une étape qui sera belle, je l'espère. Mais j'espère aussi que j'irai aussi beaucoup plus loin. C'est la raison pour laquelle je n'y pense pas.

 

Propos recueillis par Laurent ElTico Deloye