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Marie-Sara : "Nous avons besoin d'être solidaires pour montrer que notre Culture, elle est ancrée, forte et surtout, vivante"...

©ElTico
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A dix jours de la corrida équestre du Centaure d'Or et à un peu plus d'un mois de la première corrida Provençale de l'histoire des arènes des Saintes-Maries de la Mer, Marie-Sara nous présente les attouts de la temporada Saintoise 2019.

CorridaFrance : Marie, vous êtes depuis 2011 à la tête de la programmation tauromachique des arènes des Saintes-Maries de la Mer et de l'organisation de la Feria du Cheval. On comprend que rejoneadora vous-même, vous soyez très attachée à cette discipline. De quels atouts disposent les arènes des Saintes pour la corrida équestre ?

Marie-Sara : La Feria du cheval date de bien avant mon arrivée aux arènes des Saintes-Maries de la Mer. Donc, il est vrai qu'il y a une énorme tradition équestre aux Saintes, depuis plus de vingt ans. C'est vraiment le pays du cheval et du taureau, donc cela a tout son sens aux Saintes-Maries de la Mer. La corrida à cheval est ce qu'il y a de plus attractif ici, car il y a une vraie passion pour le cheval et ces arènes ont une identité très particulière, puisqu'elles sont, je crois, les seules arènes à être pratiquement sur la plage. C'est un endroit un peu hors du temps, hors du monde... Et même si ce sont de petites arènes, elles ont une identité très forte. C'est une très jolie feria, avec des animations équestres dans toute la ville, dans les rues... Il y a le salon du livre équestre et du film équestre, que monte "Actes Sud" depuis dix ans et c'est vrai que ce sont de jolies rencontres autour du cheval. Cette année, il y aura en plus un "campo abierto" que nous organisons. Bon nombre de cavaliers vont partir des Saintes-Maries de la Mer pour aller sur la route de Cacharel, dans le salon de Cacharel. Tout le monde va être à cheval, les cavaliers du défilé, je pense au moins quatre vingt cavaliers, les calèches, les espagnols, les camarguais, les non-professionnels... On va aller dans les marais, ce sera magique, magnifique... On va sortir deux ou trois petites vaches pour les écoles taurines, mais aussi les toreros de l'après-midi, c'est à dire Rui Fernandez, Sergio Galan et Oscar Borjas qui sortiront leurs chevaux devant ces vaches en plein marais. Ce sera une très, très belle image. Ce sera comme un pèlerinage du cheval et ensuite, il y aura une tortilla géante qui sera offerte. Donc il y aura un déjeuner et ensuite, tout le monde rentrera pour treize heures dans les Saintes pour le grand défilé équestre qui parcourra toute la ville. Je pense que ce sera comme un "mini Rocio" du cheval.


CorridaFrance : Pouvez-vous nous présenter le cartel de la corrida du Centaure d'Or 2019 et les toreros que vous avez engagés ?

Marie-Sara : Pour cette édition du Centaure d'Or, d'abord, nous avons voulu programmer une corrida française. D'ailleurs, tous les toros qui seront combattus cette année dans les arènes des Saintes, proviendront d'élevages français. C'était important pour moi, car je considère qu'en France désormais, il y a des éleveurs qui bossent bien et qui produisent du bétail de qualité. Ils méritent d'être produits dans des arènes qui sont peut-être des arènes plus petites que celles de Nîmes ou d'Arles, mais qui peuvent de ce fait plus facilement s'ouvrir aux éleveurs français dans leur programmation. Donc, on a choisi une corrida des frères Gallon et concernant les toreros, nous avons essayé de donner une opportunité à des jeunes et à de nouvelles valeurs pour les années à venir. Il y aura donc un cartel de jeunes, entre guillemets, car Rui Fernandez n'est plus à proprement parler si jeune que ça. Mais c'est un torero qui est présent dans toutes les grandes ferias espagnoles et portugaises, puisque c'est un torero portugais avec un style à la fois spectaculaire et classique. On l'a déjà vu à Arles et à Méjanes. Cette année, il a une nouvelle cavalerie et un nouveau cheval de quiebro spectaculaire, que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir, mais dont on m'a dit qu'il allait révolutionner la discipline par ses quiebros très marqués, très spectaculaires. Rui Fernandez est le premier à s'être placé à la sortie du toril a porta gayola, mais de face, pour attendre la sortie du toro et lui faire un quiebro. C'est vraiment un torero qui marque son époque, au Portugal en tous cas et il a un attout, c'est qu'il tue bien les toros, ce qui n'est pas donné à tous les portugais. Il a vraiment beaucoup de qualités qui lui ont permis d'être programmé et de triompher dans de grandes arènes, comme à Madrid, à Séville... C'est un torero qui, en étant encore jeune, est à maturité maintenant. Ensuite, il y a Sergio Galan, qui est le torero classique par excellence, inspiré par Pablo Hermoso de Mendoza, mais qui atteint un niveau cette année que je n'avais pas même imaginé chez lui. Il a du fond et une très, très grande cavalerie. Il est lui aussi programmé dans les très grandes arènes. C'est une valeur sûre qui se renouvelle en même temps qu'il progresse dans sa carrière. Lui aussi est très peu vu en France. Et puis il y a un tout nouveau qu'il me faisait plaisir de programmer car c'est un torero que j'ai vu plusieurs fois dans des arènes plus petites et qui à chaque fois, m'a étonnée par son inspiration et le côté spectaculaire de ses chevaux. C'est d'ailleurs lui qui a vendu à Diego Ventura le cheval spectaculaire qui fait le quiebro lorsqu'il pose la banderille al violin. Oscar Borjas est du nord de l'Espagne. Il est d'origine gitane et il a le physique qui va avec, les cheveux noirs gominés. C'est un torero d'inspiration "Gines Cartagena", très "spectacle", avec des chevaux qui font des numéros assez incroyables. C'est surtout un grand dresseur de chevaux. D'ailleurs, en plus de la tauromachie, il se produit lors de spectacles équestres de dressage. C'est un très grand cavalier et je trouvais que c'était bien de lui donner l'opportunité de toréer lors d'une corrida dans une petite arène, certes, mais une corrida qui est réputée dans la saison taurine du rejoneo. Les Saintes-Maries de la Mer, comme Méjanes d'ailleurs, font partie de ces arènes symboliques de Camargue qui mettent à l'honneur le cheval. Et cela se sait même au delà des Pyrénées.

CorridaFrance : Concernant la corrida du mois d'août, dans un calendrier toujours très fourni à cette date là, la "corrida flamenca" de ces dernières années a laissé place pour 2019 à une corrida provençale. Pourquoi ce changement ?

Marie-Sara : C'est vraiment un désir de Sébastien Castella. Nous nous sommes aperçus que la corrida Flamenca s'était essoufflée ces dernières années en terme de public. Nous avons programmé des vedettes, Finito de Cordoba, Daniel Luque, Padilla, Javier Conde, Sébastien Castella à plusieurs reprises, jusqu'à l'année dernière Juan Bautista en mano a mano avec Andy Younes et le public ne nous a pas forcément suivi. Nous nous sommes dits qu'il fallait nous renouveler. La clientèle du mois d'août est une clientèle touristique et le spectacle proposé était peut-être trop pointu. Cela fait longtemps que Sébastien Castella en parle. C'est un fou amoureux de la Camargue et de la Provence et cela fait longtemps qu'il me disait qu'il avait envie de toréer une corrida d'inspiration provençale, avec tout le folklore qui y est attaché. De la même façon qu'il y a une corrida Goyesque à Arles et une corrida Picassienne à Málaga, il aimerait qu'il existe une corrida hommage à la Provence en France et donc aux Saintes-Maries de la Mer. Cet hiver, il m'a appelée du Mexique pour me dire qu'il souhaitait mettre cela en place aux Saintes et me demander ce que j'en pensais. Nous nous sommes concertés avec les acteurs principaux du milieu Camarguais, la Nacioun Gardiano, la Reine d'Arles... Et tout le monde a trouvé l'idée bonne. Nous nous sommes réunis au Printemps et nous avons décidé de nous lancer. Je crois que cela va vraiment être un bel hommage à la Camargue. Les toreros resteront en costume de lumières, il n'y aura pas de déviation au niveau du costume. Par contre, il y aura tout un décorum avec une énorme capelado à 18 heures dans les arènes mais aussi dès le matin, une roussataïo en ville, des défilés de gardians, des défilés de calèches. On a essayé de réunir aussi bien la confrérie des gardians que la Nacioun Gardiano, la Reine d'Arles avec ses demoiselles d'honneur. Il y avait au départ quelques personnes qui avaient mal interprété notre projet. Nous nous sommes expliqués et nous avons désormais l'aval de tout le monde. Claude Viallat a accepté de faire l'affiche... Cela ressemble un petit peu à cette corrida mythique qui avait eu lieu dans les arènes de Nîmes, avec Christian Montcouquiol Nimeño II et Christian Chomel en mano a mano, qui avait été un spectacle incroyable. Il ne faut pas hésiter à réunir nos traditions, toutes ces traditions, car nous sommes "dans le même bateau"... C'est la tradition du taureau, qu'il soit espagnol ou Camarguais et nous devons lutter pour défendre ces traditions, cette Culture... Il faut que nous soyons tous très solidaires face aux attaques variées que nous subissons sur les réseaux sociaux, les anti-spécistes, les mouvements animalistes... Et nous avons besoin d'être solidaires pour montrer que notre Culture, elle est ancrée, forte et surtout, vivante. Qu'elle est capable de se réactualiser à chaque époque. C'est un peu notre message de revendication et au delà de cela, c'est un message très généreux de la part de Sébastien puisque comme vous l'avez dit, en plein mois d'août, ce n'est pas évident de venir toréer aux Saintes-Maries de la Mer. C'est la période où il y a le plus de corridas en Espagne. Sébastien a choisi de venir dans les petites arènes des Saintes-Maries de la Mer, sans aucune condition financière, avec le seul désir de défendre la tauromachie et de sauver les petites arènes qui, petit à petit, fermeront si elles ne sont pas défendues. Je pense que c'est en grande partie pour cela qu'il vient. C'est ce qu'il dit, avec ce désir d'aider à sauver nos traditions et cet amour qu'il a pour la Camargue et la Provence.


CorridaFrance : Sans dévoiler certaines surprises que vous souhaitez certainement réserver aux spectateurs qui franchiront les portes des arènes le 10 août prochain, pouvez-vous nous donner quelques indications sur le déroulement de cette corrida, qui sera certainement la première du genre en France ?

Marie-Sara : Ce sera la première du genre, c'est certain. Il y aura tout le folklore provençal et Camarguais qui sera présent à travers le costume, les chevaux, la musique et la tradition avec la roussataïo, la capelado dans les arènes, bien sûr, qui aura lieu avant le paseo traditionnel. Les arènes seront décorées avec sûrement au centre de la piste, la Croix de la Camargue. Je sais qu'il y a une surprise que souhaite faire Sébastien Castella. Mais je ne la connais pas. Elle reste une surprise, même pour moi. Je sais en revanche qu'il va se faire faire un costume spécial pour l’événement, que nous découvrirons ce jour là. Il y aura vingt cinq minutes de défilé dans les arènes avant le paseo, certainement avec la présence de manadiers à cheval... Je pense que cela va être assez joli, en tous cas gai et nouveau. Après, concernant le déroulement de la corrida, ce sera une corrida traditionnelle. Ce qui est à noter, c'est que le bétail proviendra de six élevages français, camarguais pour la majorité puisque seul celui de Robert Margé n'est pas situé en Camargue. Mais il entretient des liens très forts avec la Camargue puisqu'il a été éleveur de taureaux Camargue et que son épouse est une Reine d'Arles. Durant la corrida, il sera joué la "Coupo Santo" et on va essayer d'adapter avec la Peña quelques morceaux musicaux pour les jouer durant les faenas. Je suis également allée à la Région PACA voir Mandy Graillon qui mettra toute son énergie pour la réussite de ce projet et qui viendra peut-être aussi personnellement s'habiller pour l'occasion. Tout le monde Provençal sera représenté et il y aura une très jolie mise en scène !


CorridaFrance : Le cartel, 100% français, est il me semble inédit à ce jour. Le confirmez-vous ?

Marie-Sara : Ce cartel là est effectivement inédit, Sébastien Castella, Thomas Joubert et Juan Leal. Sébastien est déjà venu aux Saintes-Maries de la Mer. Juan Leal, il le mérite. Depuis deux ans maintenant, il fait des saisons extraordinaires. Il a pris ce gros coup de corne à Madrid. C'est tout à fait légitime qu'il soit là, d'autant plus qu'il a encore beaucoup, beaucoup de projection et d'avenir. Il débute une carrière qui, à mon avis, va être importante. Quant à Thomas Joubert, tout le monde connaît sa personnalité. C'est un type à part, avec beaucoup de résonance sur le public, un peu introverti et avec une grande économie de gestes. C'est un torero aussi que l'on n'a pas beaucoup vu dans la région et arlésien de surcroît, tout comme Juan Leal, d'ailleurs. Pour moi, c'étaient les deux jeunes toreros avec le plus d'avenir qui méritaient de venir aux Saintes-Maries de la Mer. Pour Thomas Joubert, ce sera en outre sa troisième et dernière prestation de la saison après Arles et Nîmes, puisqu'il doit se faire ensuite opérer de son épaule.


CorridaFrance : Le fait qu'une figura comme Sebastian Castella accepte de combattre un lot de toros provenant d'élevages français différents, en dit long sur la qualité atteinte à l'heure actuelle par notre bétail. Comment convainc-t-on un torero de cette dimension d'accepter une telle affiche ?

Marie-Sara : C'est même lui qui, tout de suite, l'a proposé. Il est le premier à dire qu'il y a des élevages de qualité en France. Il a choisi ses élevages préférés, ceux devant lesquels il pense qu'il a le plus de facilité à s'exprimer. Il a choisi personnellement les toros également, avec bien sûr notre accord en tant qu'impresarios. Et il a été le premier à revendiquer que dans ces petites arènes, il fallait aussi donner leur chance et l'opportunité aux français de s'exprimer avec leurs toros et ainsi montrer la qualité du travail qui est fait depuis de nombreuses années. Il n'a pas du tout fallu le convaincre. C'est lui même qui a choisi de toréer des toros français.

CorridaFrance : Cette "Corrida Provençale" est-elle appelée à se pérenniser ou est-elle simplement une parenthèse dans la programmation tauromachique des arènes des Saintes-Maries de la Mer ?

Marie-Sara : On l'espère, bien entendu. Le but c'est de se lancer et de voir par la suite les quelques détails que nous pourrons éventuellement améliorer par la suite. On espère arriver à créer un engouement dans le public et que le spectacle soit artistiquement bon. Aujourd'hui, il faut créer des concepts car, hélas, dans les petites arènes, la tauromachie est difficile à produire, surtout les corridas de toros qui sont des spectacles chers. Donc, il faut remplir les arènes pour pouvoir tenir. Et pour cela, il faut trouver des idées, de nouveaux concepts, de nouveaux toreros... Il faut que tout cela bouge un petit peu les lignes, sinon, on aura du mal à se maintenir en restant trop traditionnels. On le voit aussi dans les grandes arènes. Ce sont les corridas à concept qui marchent le mieux. On l'a vu cette année avec l'idée du "bombo" à Madrid, qui a apporté beaucoup d'air frais à la Feria de San Isidro et qui a donné ce résultat assez exceptionnel. Il faut faire bouger les lignes...

Propos recueillis par Laurent Deloye ElTico