Castelnau Rivière Basse (07/07/2019) : « des toros et des hommes »...

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b_400_600_0_10_images_cartels_2019_Castelnau_2019.jpgQuand des toros encastés rencontrent des toreros motivés et courageux, cela donne une belle après-midi taurine. Ce fut le cas ce dimanche à Castelnau Rivière Basse qui organisait sa traditionnelle novillada non piquée concours.

Très bien présentés (parfois à la limite de la piquée), les six erales ont donné du jeu, avec une mention spéciale à ceux de l’Astarac, du Lartet et de Sainte Cécile. Face à eux trois jeunes novilleros qui se sont arrimés même quand leur manque d’expérience ou la caste du novillo les avaient mis en difficultés (ou sur le sable).
Autre motif de satisfaction, il y avait plus de monde sur les gradins que l’an passé. Et même si tous n’ont pas encore compris l’intérêt de soutenir ce type d’organisation, c’est un progrès notable.
Les organisateurs avaient choisi de faire appel à trois élevages du Sud-Est et trois du Sud-Ouest. Les six ganaderos avaient fait l’effort de choisir des erales de respect tant au plan trapio que cornes. Compte tenu du résultat de cette course, ils ne sont pas trop trompés quand aux qualités des novillos.
Petite inégalité, les camarguais ont été embarqués ce matin et ont passé la journée dans le camion. Cela peut expliquer les fléchissements du Gallon et du Turquay. Le Sainte Cécile, le dernier à sortir, n’a pas semblé souffrir du transport.

En premier lieu sort un Gallon, très joliment armé. Bien reçu à la cape par Isaac Fonseca, il est noble mais se retourne vite. Après un quite accroché de Christian Parejo et un plus posé et abouti de Fonseca, le bicho baisse le rythme. Il arrive à la muleta tardo et avec une tendance à vouloir sortir de la passe. Après avoir doublé son novillo, le novillero débute sa faena, qui sera essentiellement droitière, par des derechazos appliqués mais qui ne pèsent pas suffisamment sur le Gallon. A la troisième, le novillo commence à se décomposer et sur un faute de placement bouscule le torero. Suite à cette tumade (la version landaise du bachouchage camarguais), Fonseca lie une très bonne série à droite, la meilleure de la faena avant de terminer par des manoletinas. Silence après une mise à mort laborieuse.

Le second est Turquay au physique et au comportement parfaitement dans le type de l’encaste. Le novillo charge en humiliant dès les premiers capotazos. Il est juste de forces. Le toro a le comportement typique des Santa Coloma. Il a une charge lente, mufle au ras du sol. Christian Parejo est le novillero puntero de ce début de faena, mais il ne maîtrise pas encore les codes de la lidia de toro de cette encaste. Il n’allonge pas assez la charge lors des premières séries à droite. Le novillo se blesse ce qui accentue sa faiblesse. Sa charge ralentie, il devient soso, et la faena manque de transmission. Parejo prend la main gauche, s’envoie le novillo dessus lors de la première série de naturelles. Il corrige le tir et les deux suivantes sont d’un meilleur niveau. Final classique par redondos avant une estocade basse et trasera, salut du novillero.

A partir du troisième, le volume et la caste des novillos montent d’un cran. En troisième lieu sort un Astarac bien fait et dans le type de l’encaste. Il percute, à deux reprises, et avec violence les burladeros Il est encasté et bouscule, Jean Baptiste Lucq qui répondra à un bon quite par saltilleras de Fonseca par des chicuelinas serrées. Le novillo est encasté et répond avec alegria aux sollicitations du torero. Petite erreur sur la première série, le torero sollicite le toro trop par le bas. Jean Baptiste rectifie le tir en le citant à mi-hauteur. Il enchaine alors trois bonnes séries à droite, avec beaucoup de temple à la seconde. Le mugronnais à peu d’expérience (c’est sa troisième novillada) le novillo commence petit à petit à prendre le dessus. Accroché lors de la première série à gauche, le novillero et les trois dernières séries sont plus brouillonnes, la caste du toro prenant le dessus sur l’application du torero. Jean Baptiste s’engage pour une entière en place mais traversant. Silence pour le torero et forte ovation pour l’arrastre.

Le quatrième, ganaderia du Lartet, sort comme un boulet de canon du toril, tape avec violence par deux fois contre des burladeros et fait une vuelta de campana. Tout cela vaut bien une ou deux piques mais ne semble pas avoir affecté plus que cela le novillo. Il prend spectaculairement lors d’un quite Parejo qui bien que secoué retourne au combat pour terminer ce qu’il avait commencé. Le Lartet est très encasté et même violent parfois. Sur les deux premières séries, il se laisse embarquer dans la muleta (il fait l’avion). Les deux suivantes, à gauche, il a une charge violente. Retour à droite et le novillo refait l’avion. Isaac Fonseca s’arrime, lie une très bonne série à droite en début de faena et une superbe avec un très beau changement de main sur la fin. L’estocade entière et plate et efficace et le novillero coupe la première oreille de la tarde. Le public demande la vuelta, elle est accordée par le président. En novillada normale, elle est non discutable. En concours, elle risque de fausser, et elle faussera, le résultat. C’est pourquoi, il est de coutume de ne pas accorder de vuelta en corrida concours.

Le cinquième, très joli novillo d’Alma Serena est applaudi à son entrée en piste. Il est abanto, tardo et a une corne droite dangereuse. C’est un manso avec un peu de caste et pas mal de genio. Christian Parejo contrairement à Béziers ou Saint Sever va s’arrimer et même prendre le dessus face à la difficulté. Il fait preuve de courage mais ne pèse pas lors de la première série sur la corne compliquée du novillo. La seconde est meilleure mais le torero se fait prendre violemment. Christian reprend la muleta, s’applique et ne recule pas devant l’adversité. La faena est moins artistique que celles auxquelles le novillero nous a habitués Mais le courage et l’abnégation du novillero face à un Alma Serena de plus en plus dangereux créent de ’émotion. Parejo se fait violemment prendre en cadrant le novillo avant de l’estoquer. Le public, très aficionado, ne siffle pas le peon (Julien Breton) quand avec raison et professionnalisme, il reprend l’Alma Serena à la cape avant que Parejo ne rentre à nouveau à matar pour une entière efficace. Une oreille vient récompenser le courage de l’élève de l’Ecole Taurine de Béziers.

Le sixième est un joli novillo de Sainte Cécile. Il sort lui aussi du toril avec de l’énergie à revendre. L’eral est noble, avec beaucoup de fixité. En début de faena, Jean Baptiste Lucq ne trouve pas le bon sitio et la bonne méthode pour tirer profit des qualités de cet excellent novillo. Il intègrera très rapidement les conseils de Richard Milian et la faena ira, comme le Sainte Cécile à mas. Le landais enchaîne des séries templées, dans le bon sitio et le bon rythme sur les deux cornes mettant en évidence la caste et la grande classe du toro. La demi-épée n’est pas efficace et le jeune torero n’est pas encore un spécialiste du descabello. Il coupe néanmoins une oreille et invite l’éleveur à l’accompagner dans sa vuelta. L’arrastre est ovationnée, c’est bien mais le novillo méritait largement une vuelta au même titre que l’exemplaire du Lartet.

Les deux erales sont très différents mais sont tous les deux de très bons toros. J’ai beaucoup aimé le moteur du Lartet et beaucoup apprécié la classe du Sainte Cécile Il est dommage que le tour de piste accordé à l’un et pas à l’autre ait influencé le choix du jury. Un prix partagé entre les deux élevages aurait été une bonne et surtout équitable décision.

Fiche technique
Arènes de Castelnau Rivière Basse, novillada non piquée concours
Six erales tous bien présentés et donnant du jeu de Gallon, Turquay, Astarac, Le Lartet, Alma Serena et Sainte Cécile pour :

Isaac Fonseca : un avis et silence, une oreille
Christian Parejo : un avis et salut, une oreille
Jean Baptiste Lucq : deux avis et silence, un avis et une oreille

Vuelta au novillo du Lartet
Une demi-entrée
Ciel nuageux qui se découvre tout au long de la course
Belle animation musicale de la Peña Al Violin
Le prix François Fortassin est attribué au novillo du Lartet, avec un accessit à celui de Sainte Cécile
Les trois novilleros se partagent celui des organisateurs du Sud-Ouest.

Thierry Reboul