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Parentis (10/08/2019 - tarde) : novillada à oublier...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Il est des jours où il est difficile de faire une reseña tant il y a peu de choses à retenir de la corrida que l’on vient de voir. La novillada de ce samedi à Parentis est à oublier.

Le nombre de passes de cape ou de muleta dignes de ce nom que nous avons vu sur l’ensemble de la course doit se compter sur les dix doigts de nos deux mains réunies. La faute en incombe à parts égales à un lot de toros pas bons du tout et à trois novilleros trop limités.
Les utreros des ganaderias JM Aristrain et Aguadulce, irréprochables de présentation, ont manqué de forces et de fond. Ils sont vite allés à menos et il fallait les obliger, en se croisant, pour en tirer quelques muletazos. Aucun des trois novilleros n’avait le bagage technique pour le faire. Les aficionados se sont ennuyés, je n’ose imaginer ce que va en retenir le jeune américain qui devant moi assistait pour la première fois à une corrida.
On vient à Parentis pour voir des tercios de piques avec de vrais mises en suerte. Là aussi le chat a été maigre et on vit plus de piques mal placées ou de cariocas que de puyazos « à la parentissoise ».

Le premier novillo, très bien présenté et à la robe originale comme disent les speakers de courses landaises, est très mal mis en suerte et piqué à trois reprises. Juste de forces à son entrée en piste, il sortira de ce tercio diminué. Il arrive à la muleta avec une charge très courte. Aquilino Giron qui ne trouvera jamais le sitio, n’allonge pas la charge. Bref passage à gauche, le toro s’éteint à la troisième « série » de passe. Le novillero prend l’épée de mort et abrège.

Le second est abanto et fuyard. Emilio Silvera veut bien faire. Il sera le seul des novilleros à soigner les mises en suerte. Le toro, tardo car distrait, prend trois piques « légères » en se défendant plus qu’il ne pousse. Comme à la pique et aux banderilles, à la muleta, le novillo part à contretemps par rapport aux cites du torero. Silvera en tire trois séries à droite, marginales et sur le pico. Il ne pèse pas sur un toro qui manque de race et qui le met en difficulté à la troisième série. Le torero abrège et tue mal.

Le troisième, sans être mis en suerte, prend une pique en poussant un peu et un picotazo. Le toro a quelques défauts. Il est difficile à fixer et envoie quelques coups de tête. Hector Gutierrez, dépassé et sans confiance, recule à chaque cite. Il n’arrive pas à tirer un muletazo d’un toro qui demandait à être lidié avant de prendre l’épée et de tuer d’un vilain julipié.

Le quatrième frappe avec violence un burladero et sort affaibli de ce choc. Le novillo a un peu plus de charge que les trois premiers et met la tête dans le leurre quand on le cite. Aquilino Giron, très marginal, le fait passer à droite mais ne guide pas la charge. Il use du pico sur cette corne et n’insiste pas après un rapide passage sur la corne gauche. Il passe à côté d’un toro exploitable et tue en plus très mal.

Le cinquième, très bien présenté, a le gabarit d’un toro de quatre ans. Manso, il est mal piqué lors de la première rencontre et sort seul au contact du fer à la seconde. Le novillo manque de race mais il se laisse faire quand Silvera le cite pour les premiers derechazos. Comme à son premier, le novillero est marginal. Il ne pèse pas sur un toro dont la grande masse de ses défauts finit par prendre le dessus sur ses quelques qualités. A gauche, le bicho se retourne vite et a besoin d’ètre guidé d’un bout à l’autre de la passe. Silvera ne trouve pas le sitio et ne donne pas le troisième temps (voire même le second temps) de la passe et le toro va à menos sans avoir vraiment été toréé. Nouveau silence, le cinquième de l’après-midi, après une mise à mort très approximative.

Le sixième est lui aussi costaud et très bien armé. Il sort du toril, tète haute et cornes menaçantes. Celui lui vaut d’être très mal et trop piqué (piques traseras et cariocas). Le piquero sort sous les sifflets. L’Aguadulce est très mal banderillé par une cuadrilla paniquée. Hector Guterriez, laissé à son sort pas ses peones, est pris de panique. Il recule devant un novillo, andarin, qui avance sans être capable de lui donner un seul muletazo. Il va même tomber devant le toro, sans être pris fort heureusement, en proie à une crise de peur. Sans avoir fait une seule passe de muleta, il prend l’épée et connait un fracaso au descabello. Si sa cuadrilla ne lui a été d’aucun secours, il faut noter le comportement très professionnel d’Aquilino Giron qui a aidé son collègue et est resté à ses côtés pendant ses longues minutes de calvaire. Si le comportement du chef de lidia fut exemplaire, celui des musiciens la banda dacquoise « Los Calientes » a été odieux et indigne d’un groupe musical aussi prestigieux. Passe encore que leurs conversations (d’un intérêt douteux) leur aient valu d’être rappelé à l’ordre par leurs voisins à plusieurs reprises. Passe encore qu’ils se déplacent pendant la lidia pour aller reconstituer leur stock de boissons à base de houblon. Mais chantonner à tue tête le générique d’Intervilles pendant qu’un gamin de dix huit ans, en perdition et en crise de panique, risque sa vie devant un novillo astifino est inqualifiable et mérite un carton rouge.

Fiche technique :
Arènes de Parentis, première novillada de la Féria 2019
Deux toros de JM Aristrain (1er et 5ème) et quatre d’Aguadulce (même propriétaire) bien présentés mais manquant de forces et de fond pour :

Aquilino Giron : silence, un avis et silence
Emilio Silvera : silence, deux avis et silence
Hector Gutierrez : silence, deux avis et sifflets nourris

Quinze piques, cavalerie Garcia
Président : Bernard Sicet
Deux tiers d’arène
Météo à l’image de la novillada

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour