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Les Saintes-Maries de la Mer (10/08/2019) : Sebastián Castella indulte un Gallon et sort a hombros avec Thomas Joubert et Juan Leal...

©ElTico
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Elle s'est effectivement passée, et plutôt bien passée, cette fameuse "Corrida Provençale" qui a tant fait parler d'elle, pour différentes raisons plus ou moins légitimes d'ailleurs, depuis son annonce par Marie-Sara lors de la Feria de Pâques Arlésienne.

La belle affluence sur les gradins au moment du paseillo, précédé par un émouvant défilé provençal parfaitement chorégraphié, la scénographie étant quant à elle l'oeuvre de l'Artiste Pescalune "Goro", laissait présager d'une belle ambiance qui ne s'est jamais démentie tout au long de la soirée, le public invitant les trois toreros à saluer et les accompagnant avec la même ferveur quelques trois heures plus tard, lors de leur sortie commune a hombros.
Une très bonne après-midi de toros, servie par des astados provenant d'élevages français de fort belle présentation pour une arène de troisième, dont aucun ne fut ennuyeux ou terne, la palme revenant bien entendu à "Destocado", des frères Gallon qui, malgré sa sortie en première position, eut la chance de tomber sur un Sebastián Castella en très grande forme, qui fit ainsi rapidement oublier ses quelques minutes de retard au paseo... Certains retiendront bien sûr et avec raison, que le Gallon n'a rencontré qu'à une seule reprise le lancier et qu'en fin de combat, il avait tendance à chercher le refuge des planches... Mais après combien de séries de muletazos prises sans jamais ouvrir la bouche, répondant à toutes les sollicitations et le mufle dans le sable ? Réjouissons-nous au contraire de la réussite de nos ganaderos français qui, petit à petit, que ce soit en novillada ou en corrida comme aujourd'hui, font oublier qu'il y a quelques années, on ne pensait à eux que pour des spectacles promotionnels et que des figuras de la dimension de Sebastián Castella ne voulaient pas les voir, même en peinture... Et quel pied pour Michel et Jean-Pierre Gallon...
Du côté des hommes également, beaucoup de choses positives à retenir puisque l'indulto obtenu dès la première demie-heure de course, aurait pu plomber durablement l'ambiance de la corrida. C'était sans compter sur deux autres français aux dents longues qui ont la caractéristique commune de ne rien lâcher...Jusqu'à l'accrochage, violent, spectaculaire ce soir pour l'aîné des deux, Thomas Joubert. Je ne sais dans quel état le protégé d'Alain Montcouquiol se réveillera demain matin après les roustes qu'il a reçues aujourd'hui... Mais l'aficion se doit de le remercier d'être là, dans son style si singulier et ce total abandon de lui qui en font un torero vraiment à part. Quant au plus sévillan des arlésiens, Juan Leal, il s'est battu comme jamais, comme toujours, alors que des échéances importantes l'attendent dans les jours qui viennent, dans des arènes autrement plus prestigieuses que celles des Saintes... C'est ça, être torero... Et Juan Leal le sait si bien... Pour lui, depuis des années, c'est son quotidien...

Laurent Deloye ElTico


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier de la tarde, un Gallon agressif de port de tête, fut salué de belle manière par Sébastien Castella, mêlant veroniques et chicuelinas. Vues les conditions physiques limitées de l'animal, le biterrois ne lui fit administrer qu'une pique légère et brève, avant que ce dernier dessine un quite par cordobinas et tafalleras du meilleur goût. Brindis à Hadrien Poujol. Face à un animal à la grande noblesse sur les deux rives, Castella fit preuve de lenteur, justesse et inspiration afin d'éditer une faena de haute facture. Le français connut les meilleures séquences sur la gauche, traçant des séries d'une exquise profondeur qui firent résonner les tendidos avec vigueur. En fin de combat, les pétitions d'indulto descendirent des gradins jusqu'à l'octroi. Vu le picotazo reçu au tercio de varas, cet indulto fera encore couler beaucoup d'encre. Deux oreilles et la queue symboliques.

Thomas Joubert reçut son toro de Blohorn à porta gayola et deux farols de rodillas, échappant ensuite au pire en se faisant accrocher sur une chicuelina, heureusement sans conséquence. Face à la pique de Mathias Forestier, le Blohorn fit preuve de bravoure et de force, faisant chuter le groupe équestre sur une unique rencontre avant de subir une vuelta de campana, entraînant ainsi le changement de tiers. A noter deux paires de catégorie de Marc Antonio Romero face à un animal compliqué à banderiller. Après cinq statuaires stoïques et millimétrées, Thomas Joubert trouva de suite le bon sitio à un toro mobile mais violent. Les deux premières séries droitières bien cadencées déclenchèrent logiquement les accords musicaux. Hélas, l'astado baissa rapidement de ton, confirmant cette violence mais allant désormais chercher refuge aux planches et réduisant progressivement ses longueurs de charge. Toujours très engagé, l'arlésien en tira le maximum jusqu'aux luquecinas finales osées et très serrées. Mort par lame entière un poil de côté, libérant légitimement une oreille du palco.

Le Margé dévolu à Juan Leal poussa la cavalerie sur une unique rencontre rectifiée à plusieurs reprises. Face à un toro avisé et aux complications diverses, le protégé de Maurice Behro et Julian Guerra mit le bleu de chauffe. A la limite de l'accrochage, il extirpa tout ce qu'il put de cet astado, faisant frissonner l'assistance lors d'une démonstration d'aguante et de poder oh combien périlleuse. A la suerte suprême, Juan Leal s'engagea le couteau entre les dents et logea une entière qui fit mouche. Oreille.

Le Cuillé, sorti en quatrième position, prit une ration de fer sans histoire. Brindis de Castella au public après que sa cuadrilla ait salué à l'issue du second tercio. A la muleta, le français profita de la noblesse du bicho pour réaliser un labeur très a gusto. Précis dans ses toques, Castella alterna les tandas ambidextres avec volupté et temple, le tout en musique. Les derniers moments furent tracés sur la courte distance avant cinq manoletinas en guise de clôture. Mort par entière trasera rapidement concluante. Deux oreilles.

Thomas Joubert accueillit de nouveau son opposant à porta gayola, cette fois marqué du fer de Piedras Rojas, qui prit par la suite une seule pique. Lors d'un quite par gaoneras, Thomas frôla de nouveau la correctionnelle en glissant devant l'animal, échappant par miracle aux cornes. Lors de son entame de faena à genoux, l'arlésien se fit violemment accrocher, sortant de nouveau indemne. Face à ce toro collaborateur, Thomas ne mit pas longtemps à trouver la bonne cadence sur la rive droite, sortant de son voile deux séries en verticalité et stoïcisme appréciées du public. La suite sur le piton gauche comporta de bons moments dont plusieurs naturelles très profondes, données les pieds joints et rivés au sol avant de parachever cet ensemble plaisant par circulaires et manoletinas sincères. Mort par demi-lame en place, suivie de deux coups de verdugo, libérant un trophée de la présidence. Oreille.

Le Los Galos sorti en sixième position fut changé après un énorme choc contre un burladero, impactant la base des pitons. Le sobrero de Cuillé montra des signes de faiblesse lors de la réception capotera de Juan Leal. Au tercio de piques le bicho prit une ration anecdotique. Salut de Marco Leal après deux brillantes paires de banderilles. Juan Leal dédia son combat à Sébastien Castella et entama ensuite son trasteo par neuf muletazos à genoux, au centre de piste, déclenchant aussitôt la musique. Face à ce Cuillé manquant de race, de meilleure maniabilité sur la rive gauche, Juan Leal montra qu'il était prêt à tout pour accompagner ses compagnons de cartel à hombros. A base d'abnégation, il parvint à arracher trois séries intéressantes sur la zurda avant de livrer un combat dans un mouchoir de poche, qui fit frémir l'assemblée. Final a mas par redondos poderosos et six muletazos culottés, les deux genoux en terre débordant de détermination et d'aguante. Mort engagée par épée un poil de côté. Deux oreilles.


Arènes des Saintes Maries de la Mer (13)
Samedi 10 juillet à 18h.
6 Toros de différentes ganaderias françaises : Gallon , Blohorn, Margé , Cuillé, Piedras Rojas , Los Galos.
Beau temps
Durée : 2h50
3/4 De plaza


S.Castella : Deux oreilles et la queue symboliques / Deux oreilles
Thomas Joubert : Oreille / Oreille
Juan Leal : Oreille / Deux oreilles


Les trois diestros sortirent des arènes à hombros
Le toro de nom "Destocado", portant le numéro 45, du fer des frères Gallon, né en avril 2014, pesant 490 kilos fut indulté.
La scénographie des arènes fut l'oeuvre de l'artiste Muriel Goro
A l'initiative du public, les trois maestros ont salué après le paseo.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico