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Nîmes (14/09/2019 - tarde) : Miguel Ángel Perera offre la vie à "Cazadotes" et ouvre la Porte des Consuls avec Sebastián Castella...

©ElTico
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Il y a parfois une justice en tauromachie... Et au terme d'une tarde marquée par les décisions parfois discutables du palco quant à l'octroi des trophées, si la grâce de "Cazadotes" pourra donner lieu à toutes sortes de polémiques, on n'en est pas à une près, elle aura eu le mérite de hisser sur les épaules vers la sortie réservée aux Consuls de Nîmes, un Miguel Ángel Perera en tous points remarquable ce soir et véritable grand homme de la tarde.

Le torero d'Extremadure a en effet tant laissé passer de trophées épée en main... Et peut-être même la deuxième oreille de son premier aujourd'hui, couché d'une lame peu orthodoxe après une faena qui par deux fois avait fait se dresser les tendidos comme un seul homme. Nouvel impact lors de la faena de clôture et celui qui était venu initialement remplacer Roca Rey, honorait de la plus belle des manières son engagement tardif.  

Chef de lidia, Sebastián Castella toucha un premier sans grande qualité auquel il coupa une oreille après une entière de côté. Face au quatrième, après un début de faena étourdissant de dominio, l'ensemble se délita et la mayonnaise ne prit jamais réellement, avant une nouvelle estocade basse.
José Maria Manzanares hérita du moins bon lot et obtint un appendice auriculaire de son premier sur un recibir parfait d'exécution à l'issue d'une faena durant laquelle l'Alicantin fit le maximum pour conquérir le conclave.

Laurent Deloye ElTico


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier Garcigrande pour Sébastien Castella fut reçu par un capoteo harmonieux. Sur la rencontre initiale, ce bicho en surcharge pondérale poussa par à coups la monture de Juan Melgar, gardant la tête très haute contre le peto avant une seconde pique brève où il sortit seul du groupe équestre. A la muleta, l'animal se révéla maniable mais sans classe ni grande force. Toreant à mi hauteur, Castella édita une faena agréable, le tout en musique. Il tira le maximum de cet exemplaire sans transmission en proposant une muleta poderosa et variée mais l'ensemble alla vite à menos, faute de matière première peu endurante. Final par bernardinas avant de tuer par une lame de côté d'effet rapide libérant une oreille.

José Maria Manzanares hérita d'un Domingo Hernández qui se montra distrait à son entrée en piste avant que le diestro alicantin ne déploye un capote technique afin de lui montrer le chemin. Au tercio de varas, cet astado sans bravoure fut sévèrement châtié sur une première pique rectifiée avant une seconde légère où le piquero laissa le bicho emporter la puya sur son dos. Bronca légitime de raccompagnement. A l'ultime tiers, le toro fut fade et sans force, chargeant sans aucune transmission. L'espagnol joua les infirmiers et livra plusieurs passages ambidextres en soignant la gestuelle mais l'ensemble ne monta jamais en relief. Mort par recibir d'école, délivrant une oreille généreuse.

Miguel Angel Perera salua son Garcigrande par veroniques avant de lui faire administrer deux rations de fer où le quadripède sortit seul du caparaçon. A l'issue de ce premier tiers, échange de quites relevés entre Castella et Perera, remporté à l'applaudimètre par le natif de la Puebla del Prior. Entame de faena tonitruant par un enchaînement de muletazos stoïques, connectant ainsi avec le public et donnant le ton de son trasteo. Profitant de la mobilité de ce toro malgré un côté manso s'accentuant au fil des séries, Perera régala les tendidos durant dix minutes, signant ainsi une faena aboutie. Dégageant une sérénité insolente, il proposa une tauromachie poderosa et créative, embarquant son toro dans une prestation importante qui fit lever la foule. Mort par trois quart de lame arrière et de côté, lui faisant récolter un trophée. Vu les critères de la présidence depuis le début de l'après-midi, la récompense aurait dû être double. Vuelta incompréhensible au toro.

Le quatrième, marqué du fer de Garcigrande, ne montra rien de bon à son entrée en piste, s'arrêtant à quelques mètres du toril, ne faisant pas cas des appels répétés des subalternes. Après un tercio de piques bien réalisé par le cavalier, Castella dédia son combat aux étagères. Entame de faena tonitruant, à base de passes dans le dos millimètrées. Citant de loin un animal brusque, dénué de classe et sans excès de force, Castella se montra décidé, réalisant une faena plaisante et variée, qui connut les meilleurs moments sur la rive droite. Mort par entière de côté suivie d'un grand coup de descabello. Deux oreilles protestées.

Le Domingo Hernandez sorti en cinquième position prit ses deux piques réglementaires. Dès les échanges initiaux de muleta, l'animal perdit les mains. Devant composer avec la faiblesse et le manque de qualité de cet exemplaire, Manzanares tenta timidement de construire une faena, sans réussite. Mort compliquée. Silence.

Perera fut discret lors de la réception du sixième. Ce Garcigrande prit deux piques sans histoire. Dans un très grand jour, l'espagnol ne mit pas longtemps à trouver la bonne cadence à donner à cet astado. Dominateur, Perera livra en premier lieu trois séries de derechazos de haute facture, faisant résonner le public. La suite par une tanda de naturelles léchées fut agréable mais le bicho, bien que noble, ne montra pas le même allant. Bénéficiant d'un collaborateur très noble sur tribord, Perera ne laissa pas passer l'occasion de sortir par la porte des Consuls. Laissant parfaitement courir la main droite, l'espagnol embarqua son toro autour de sa ceinture élastique pour dessiner des séries d'une exquise profondeur et intensité remarquable, convertissant cette prestation en véritable faenon. Fin de labeur par luquecinas vibrantes faisant lever la foule comme un seul homme avant de faire de nouveau lever le public par une démonstration de poder sur la courte distance. Demande bruyante d'indulto jusqu'à l'obtention après une ultime série de Perera qui fit monter intelligemment la pétition. Deux oreilles symboliques. Le troisième mouchoir synonyme d'un rabo qui aurait été justifié avait dû s'envoler.


Arènes de Nîmes (30)
Samedi 14 septembre 2019, à 17h30
4 Toros de Garcigrande et 2 Domingo Hernández (2 et 5).
Poids : 575,549,515,522,529,521.
Durée : 2h38
Beau temps
4/5 de plaza
Présidence : M. Angelras / M. Layalle / M. Viallet.

S. Castella : Oreille / Deux oreilles après avis
J. M. Manzanares : Oreille / Silence
M. A. Perera : Oreille / Deux oreilles symboliques

Sortie de Castella et Perera par la Porte des Consuls.
Le Garcigrande, sorti en sixième position, de nom Cazadotes, numéro 36, né en novembre 2014, pesant 521 kilos fut gracié
Le Garcigrande, sorti en troisième position, de nom Tornasolado, numéro 39, né en novembre 2014, pesant 515 kilos fut primé d'une vuelta posthume.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico