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"El Rafi" : "Je ne veux pas être un torero de plus, un torero français de plus ... Mon ambition n'est pas là"...

©ElTico
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Fier de ses racines nîmoises et de ses débuts dans les rangs du Centre Français de Tauromachie de Christian Lesur, "El Rafi" aborde 2020 avec des ambitions confortées par sa bonne temporada 2019, qui l'a vu toréer neuf novilladas dans des arènes de première catégorie, y triomphant à deux reprises à Valencia et Nîmes.

A l'aube de sa deuxième saison de collaboration avec Alberto García qui, aux côtés de Patrick Varin co-gère sa carrière, il affiche clairement son désir de devenir quelqu'un dans ce milieu et non "un torero de plus"...


CorridaFrance : Tout d’abord, comment te prépares-tu à l’aube de cette nouvelle temporada ?
"El Rafi" : Pour me préparer en vue de cette nouvelle temporada, je suis reparti en Espagne. Je suis à Sanlúcar de Barrameda, à côté de Séville, où je partage un appartement avec Emilio de Justo. Je m'entraîne tous les jours avec les professionnels aux arènes, avec mon banderillero de là-bas. Nous partons courir sur la plage et nous faisons des exercices physiques différents tous les jours. Je fais aussi pas mal de campo en Andalousie. J'ai tienté par exemple chez Jandilla la semaine dernière et chez Manuel Blázquez la semaine d'avant.

CorridaFrance : Ton entourage professionnel a-t-il évolué cet hiver ? Quel est le rôle de chacun ?
"El Rafi" : Mon entourage professionnel est sensiblement le même. Du fait que je suis descendu sur Séville, l'ancien banderillero de Padilla Manuel Rodríguez "Mambrú" va certainement m'accompagner. Il s'entraîne avec moi tous les jours. Sinon, il y aura toujours "Morenito d'Arles", José Gomez en France et David Sánchez en Espagne. Au niveau de l'apoderamiento, nous poursuivons comme en 2019 avec Patrick Varin et Alberto García. Nous formons une bonne équipe et il y a une bonne ambiance entre nous. Il n'y a aucune raison de changer quoi que ce soit.

CorridaFrance : Selon toi, quels ont été les évènements qui ont marqué en général la temporada 2019 ?
"El Rafi" : La saison dernière a été très positive, tout d'abord car j'ai pû rentrer dans des Ferias plus importantes encore que l'année d'avant, notamment en Espagne comme à Madrid, Sévilla ou Valencia, arènes de première catégorie. J'ai d'ailleurs toréé neuf novilladas sur dix sept en arènes de première catégorie. Cette saison a été très très forte en terme de challenge et d'émotions, car toréer neuf fois en arène de première catégorie, cela pèse, quand même. Et il y a eu des évènements qui ont marqué ma saison, comme mon triomphe à Valencia, qui m'a donné plus de catégorie, de confiance en moi pour aller de l'avant et avoir de nouveaux contrats. Cela a été une après-midi très importante, surtout que j'ouvrais le cartel devant deux Valencianos. Il y a eu Nîmes où j'ai coupé deux oreilles. La fin de saison a été importante aussi avec les Ferias de novilladas où j'ai toréé tous les deux jours. Et bien sûr la novillada télévisée de la féria de Otoño de Madrid, qui a été difficile car j'ai vu un compañero sortir a hombros. Quand on est torero, on a un peu d'égo et on n'a pas envie de se laisser gagner la pelea. Une après-midi donc très dure, mais qui m'a fait grandir, qui m'a fait progresser, qui m'a fait apprendre. Et finalement, je pense que c'est une des après-midi qui m'a apporté le plus sur le plan personnel dans la dernière temporada, même si ça a été une des plus compliquées à gérer .

CorridaFrance : Sur un plan personnel, comment as-tu vécu cette temporada 2019 ?
"El Rafi" : Sur le plan personnel, cette saison a été importante du fait qu'elle a été la première avec Alberto García comme apoderado conjointement avec Patrick Varin. Il m'a en quelque sorte ouvert les portes de l'Espagne. Ensuite, cela a été une recherche de moi-même, comme tous les toreros le font, afin de savoir quelles étaient mes qualités, mais surtout quels étaient mes défauts et les domaines dans lesquels je dois encore progresser, afin que j'appuie encore plus à l'entraînement sur ces points là en particulier.

CorridaFrance : Quels ont été les grands moments de ta saison ?
"El Rafi" : Comme je te l'ai dit, les grands moments sont Valencia, avec ce triomphe en Espagne, en arène de première catégorie ; Nîmes, chez moi, mais aussi Arles où j'ai été le triomphateur de la novillada. Il y a eu des après-midi importantes, comme à Soustons et lors des novilladas de fin de saison en Espagne. Il y a eu aussi Béziers et Saint-Gilles, qui ont été des après-midi complètes où j'étais très bien, que ce soit physiquement, techniquement mais aussi psychologiquement. Je me trouvais là où je voulais être, au niveau où je voulais être. Mais si on ne devait retenir que deux ou trois dates, ce serait Nîmes et Valencia.

CorridaFrance : Tu es déjà annoncé à l'affiche des Festivals de La Flecha et Aranda de Duero, à chaque fois au sein de cartels prestigieux avant de retrouver les arènes de Valencia où tu as été triomphateur l'an passé. Comment un jeune français issu d'une école taurine français, gère-t-il la responsabilité qui découle de telles affiches ?
"El Rafi" : Effectivement, ces deux dates de La Flecha et Aranda sont très importantes pour moi car j'ai la chance de pouvoir commencer ma saison par deux festivals avant de toréer la Feria des Fallas, de retrouver ainsi le contact avec le public et de me roder avant le début de la saison. Car même si j'aurais d'ici là des toros en privé, ce n'est pas pareil. Il y aura beaucoup de responsabilités car ce sont des Festivals avec des figuras. Je suis très très fier de pouvoir dire que je suis sorti de l'école taurine de Christian Lesur, que je suis français et que je suis là aujourd'hui aux côtés de ces grands toreros. J'y suis certes parce que ce sont des festivals, mais je compte bien me gagner la légitimité de partager des cartels avec eux dans le futur. J'arriverai avec beaucoup de responsabilité, beaucoup d'ambition, comme toujours quand je torée, pour arriver à ce que je veux être dans la tauromachie. Mais je vais avant tout le faire pour moi. Et même si j'admire les toreros avec lesquels je vais toréer, ce jour là, je ne vais penser qu'à moi et pas seulement à ma place à leurs côtés. Pour moi, que je torée avec des figuras comme Manzanares ou Morante, ou avec des novilleros de mon niveau, c'est pareil. Je me dois de donner le maximum de moi-même pour arriver à la place que je veux occuper dans la tauromachie.

CorridaFrance : Lors de la présentation du programme du nouveau délégataire des arènes de Nîmes, il était question de ton alternative pour le mois de septembre lors de la Feria des Vendanges. Peux-tu nous en dire plus ?
"El Rafi" : En fait, en ce qui concerne mon alternative, je ne savais pas moi-même qu'elle allait être annoncée. Rien n'était sûr et quand je l'ai vu dans le "Midi-Libre", j'ai été aussi surpris que tout le monde... Mais agréablement surpris, bien sûr. Ensuite, comme tu le sais, le cartel n'est pas encore définitif. Je pense que nous n'en sommes qu'au stade des propositions qui ont commencé quand Simon Casas a monté son dossier pour conserver les arènes de Nîmes. Je ne sais donc pas du tout avec qui je vais toréer, ni quels seront les toros, ni même le jour choisi pour mon alternative. Pour l'instant, je n'y pense pas vraiment. Je préfère me concentrer sur le début de ma temporada.

CorridaFrance : Que représente ce doctorat pour toi ?
"El Rafi" : Ce sera pour moi un jour magnifique, peut-être le plus beau jour de ma vie. Mais quelque part, peut-être que je n'en profiterai que le jour où je me retournerai, quand j'aurai fait ma vie. A ce moment là, je me dirai peut-être que cela a été un jour magnifique. Mais là, pour l'instant, je suis trop pris par la temporada qui arrive et j'ai trop envie de commencer très fort et de montrer que je peux vraiment être quelqu'un dans ce milieu. Donc, je me concentre vraiment sur le début de temporada, sur les Fallas, les festivals qui arrivent. Une chose après l'autre, un pas après l'autre et il y aura des moments très importants pour moi avant l'alternative qui arrivera naturellement, certainement très rapidement. Une fois que j'y serai, je vais essayer d'en profiter. Mis l'alternative n'a jamais été pour moi un rève. Cela a toujours été une étape. Pour moi, ce qui me fait rêver, c'est de toréer après l'alternative et d'arriver à être figura del toreo, même si ce sont des grands mots. C'est ce dont nous rêvons tous, je pense. Jamais je ne me suis dit que c'était mon rève que de prendre l'alternative. Pour moi, n'avoir que ce rêve là, c'est s'empêcher d'aller plus loin. Peut-être que j'ai beaucoup d'ambition et que je place la barre un peu trop haute... Pour moi, elle n'est pas trop haute. C'est peut-être osé, mais pour moi, il n'y a que comme ça qu'ont peut aller de l'avant, évoluer, progresser et se dépasser tous les jours. Je ne veux pas être un torero de plus, un torero français de plus ... Mon ambition n'est pas là. Je suis très fier d'être français et de représenter la France lorsque je vais en espagne. Mais c'est moi, c'est "Rafi" et ce n'est pas mon ambition de n'être qu'un de plus...

CorridaFrance : Que doit-on souhaiter à "El Rafi" au moment où débute cette nouvelle saison ?
"El Rafi" : Je pense que ce que l'ont peut me souhaiter, c'est d'être heureux en toréant, de faire ce que j'aime. Je sais que j'ai de la chance de faire le métier que j'aime. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Lorsque je me lève le matin, je suis heureux d'aller m'entraîner. Je ne demande pas des millions, des paillettes, mais juste ça... De me lever et d'être heureux de m'entraîner, de faire ce que j'aime dans la vie. Et de faire la meilleure temporada possible, pour ma dernière de novillero. Ce sera la fin de quelque chose et le début d'autre chose. De prendre beaucoup de plaisir dans les arènes, de donner beaucoup de plaisir aux gens qui viendront me voir toréer et d'être à la hauteur de ce que j'ambitionne.

 

Propos recueillis par Laurent Deloye ElTico