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Amitiés et toros dans le Campo gersois...

b_250_200_16777215_10_images_campo_Visuel_Darre_290820.jpgPour certains c’était la première journée taurine depuis le début de cette saleté de pandémie, pour beaucoup c’était l’occasion de retrouver cette atmosphère conviviale des moments taurins gascons, pour tous c’était l’occasion d’apporter leur soutien avec l’Amicale des Clubs Taurins du Gers à Jean Louis Darré, ce paysan de braves comme nous l’avions appelé il y a quelques années.

La situation est difficile pour les éleveurs et ce genre d’initiative, outre de voir les toros mourir en combattant plutôt que dans un abattoir, leur permet, comme l’a dit Jean Louis dans ses remerciements au public, d’envisager de passé un hiver un peu plus serein.
250 personnes ont répondu à l’appel des clubs gersois dans des conditions de sécurité sanitaire satisfaisantes.
La journée a commencé par la tienta de trois vaches, très bien présentées, du Camino de Santiago par, dans l’ordre d’intervention, Manuel Perez Mota, Alberto Lamelas et Adrien Salenc. Est intervenu de second, Hugo un jeune apprenti novillero dont s’occupe entre autre Denis Labarthe.
La première vache a pris quatre piques en hésitant parfois au démarrage mais en s’investissant sous le fer. A la muleta, elle a été extrêmement noble. Elle a répondu à chaque cite du torero mais n’a jamais humilié. Limite sosa, il lui a manqué un peu de transmission. Perez Mota, très professionnel, a su mettre en valeur et profiter des qualités de la Camino de Santiago.qui a gardé la bouche fermée jusqu’à son retour au toril. Hugo est sorti de second pour deux bonnes séries.
La seconde, plus imposante, sort avec du gaz. Elle s’est comporté en mansa con casta ce qui a rendu sa lidia par Alberto Lamelas très intéressante. Elle a pris quatre piques. Les deux premières sans beaucoup pousser, puis elle est allée à mas venant en accélérant à la troisième et la quatrième et en s’investissant un peu plus sous le fer. A la muleta, elle humilie sur les deux cornes mais est tarda. Elle ne permet pas de lier beaucoup de passes. Lamelas saura l’améliorer et la faena ira à mas.
La troisième semble avoir des qualités quand elle est reçue à la cape par Adrien Salenc. Elle est malheureusement faible et se fait mal en tombant. Malgré cela elle prendra trois piques dont une bonne seconde rencontre. Avec intelligence, le français la laisse respirer, la toréé par le haut, profite de son fond de noblesse. Elle manque malheureusement trop de forces et la faena tourne court malgré les efforts du torero. Hugo, de second, continue son apprentissage et a quelques difficultés face à une vache que sa faiblesse rend « collante ».

On est dans le Gers, donc toros et gastronomie et bonne humeur sont indissociables. On sent que les personnes présentes prennent un réel plaisir à voir des « bêtes à cornes » mais aussi à se retrouver entre aficionados partageant un même art de vivre.

Le ciel devient menaçant, on avance donc l’heure de la Fiesta Campera. Mais le ciel est aficionado et il attendra que le troisième toro soit arrastré pour déverser une de ces averses « à la vicoise » qui rend cette région si verte et si attractive pour les anglais.
Ce sont trois toros de cinq ans du Camino de Santiago très bien présentés qui seront combattus par les trois maestros.
Le premier est reçu avec élégance par Perez Mota. Il prend deux premières piques sans être mis en suerte. Il pousse à la première, moins à la seconde. Lors des quites, il a tendance à s’arrêter et se retourne vite. Correctement mis en suerte il vient bien pour la troisième rencontre et pousse sans grande conviction. A la muleta, il a une charge lente et courte. Il se retourne vite et accrochera, heureusement sans mal, le torero. A chaque passe, Perez Mota doit reculer pour donner de la longueur au muletazo et se replacer. Très fin torero, et avec beaucoup d’application il enchaîne en fin de faena, deux bonnes séries de derechazos. Il tue rapidement d’une entière tendida et légèrement tombée.
Le second met bien la tête dans la cape d’Alberto Lamelas. Il sera très bien piqué à quatre reprises par Laurent Langlois. A la première, il part seul et pousse. Il s’investit moins à la seconde mais vient de loin et met les reins lors des deux rencontres suivantes. Le piquero français est ovationné à sa sortie du ruedo. Le toro est exigeant et accrochera de façon spectaculaire le torero de Jaen. Le Camino ne permet pas les erreurs, mais a de la caste et de la noblesse. Lamelas construit une faena appliquée et méritoire qu’il termine par une série de manoletinas et qui sera conclue par une demie épée et un descabello. Ovation au torero et applaudissements nourris pour le toro.
Il y a des jours où rien ne fonctionne comme vous le voulez. Le matin, Adrien Salenc a touché une vache très faible. Le sorteo de l’après-midi lui attribuera un toro également très faible, qui sera peu piqué et qui tombera à plusieurs reprises avec de plus en plus de mal à se relever. Difficile de construire une faena dans ces conditions, Adrien abrège et prend l’épée pour porter une très belle estocade en place et rapide d’effet.

Ovation de despedida pour les trois toreros et Jean Louis Darré.

 

Fiche technique
Journée taurine organisée par la ganaderia du Camino de Santiago avec le soutien de l’Amicale des Clubs Taurins du Gers
Trois vaches en tienta le matin et trois toros en Fiesta Campera l’après-midi pour :

Manuel Jesus Perez Mota, Alberto Lamelas et Adrien Salenc
Picador de la tienta : Chico, onze piques
Piqueros de la Fiesta Campera : Juan Manuel Sanguesa (1er et 3ème), Laurent Langlois (ovation au 2ème), neuf piques
Cavalerie Bonijol
250 personnes
Ciel alternant le bleu et le gris

Thierry Reboul