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Christian Parejo, torero d’une grande personnalité...

Visuel CParejo 16052021Christian Parejo est en Décembre 2000. Ce jeune torero espagnol, installé en France à Béziers, va faire ses débuts en novillada piquée le 12 Juin à Cazorla. A cette occasion, Corrida France a rencontré Tomas Cerqueira, son apoderado.

       

Tomas, qui est Christian Parejo ?
« Christian Parejo a débuté à l’école taurine de Chiclana de la Frontera, là où il vivait à l’époque. Il a quitté l’Andalousie pour venir habiter en France à Béziers. Jusqu’à ce moment là, il toréait en Andalousie mais il ne sortait pas de cette région. Il avait envie qu’on le connaisse partout dans le monde. »

Quel a été son parcours en non piquée ?
« Il est arrivé en France et cela s’est super bien passé. Il a débuté chez nous en 2019 à Arzacq. Il est triomphateur de la novillada en coupant deux oreilles à des erales de San Roman. De là on est allé à Bougue et il remporte le bolsin avec des novillos de Jean Louis Darré. Cela a lancé sa seconde partie de carrière en non piquée et hors de sa région. Il coupe deux oreilles à Vic face à des Pagès Mailhan. Et de là, il toréé vingt novilladas en France et en Espagne.
Au 18 Janvier 2020, on avait la grande chance, lui comme novillero et moi comme apoderado d’avoir dix-huit novilladas signées. Cela est quelque chose d’extraordinaire en début de temporada. On toréé le 8 Mars à Valencia une novillada de Jandilla. La course est très bonne. Il aurait pu couper deux oreilles mais il ouvrait le cartel et il a pinché. Donc il n’a fait que saluer. Et trois jours après, le COVID…….
Donc grande déception, tant pour lui que pour moi. On avait ces dix-huit novilladas signées, une saison rêvée, même si on ne sait pas ce qu’elle aurait été.
Là, je n’ai pas voulu perdre le moral et que lui le perde. Christian est resté en France malgré le confinement. On s’est beaucoup entraîné de salon. Je considère que l’artiste, le torero, grandit quand il toréé. C’est une certitude. Mais s’il a la tête aux toros, qu’il s’entraîne avec assiduité, même s’il n’y a pas de novilladas, on peut grandir aussi artistiquement. Et cela a été le cas.
Après j’ai créé dans le Sud-Est, comme Julien Lescarret dans le Sud-Ouest, avec mes copains de « Touche pas à mes passions » la Feria del Campo. Christian a pu toréer à puerta cerrada. On a essayé que l’artiste et la personne continue à avancer en toréant de salon et au campo. Je remercie pour cela les éleveurs qui nous ont invités. »

Et en 2021 ?
« On se retrouve début 2021 avec une novillada piquée signée, celle d’Istres, ce dont je remercie Bernard Marsella. J’inscris Christian au CART (Centro de Alto Redimiento Taurino) à Guadalajara au Mexique. Il est pris. Un mois après, Pablo Moreno et Juan Pablo Corona, les patrons de Casa Toreros, qui ont créé le CART, m’invite à venir comme Maestro. Je réfléchis et j’accepte. On s’en va début Mars au Mexique. On reste deux longs mois là bas puisque Christian arrive à se qualifier chaque semaine.
Début Mai, je l’inscris à un Bolsin qui permet d’aller au Circuito de Novilladas de Andalucia.
Dure décision, je demande la permission de pouvoir sortir Christian du CART pour trois jours en prenant l’avion Mexico-Madrid puis Madrid-Badajoz pour participer au Bolsin puis refaire dans la foulée le chemin inverse pour revenir à Guadalajara. C’était faire 24 heures d’avion et 6 heures de voiture en trois jours. Cela paraissait une folie. On ne savait pas si c’était pour un toro où une vache. Mais j’avais confiance, comme j’ai toujours eu confiance en Christian. Le principe du Bolsin est dur.Sur 24 participants seuls 4 sont retenus. Mais j’étais convaincu qu’il se qualifierait. Et s’il ne se qualifiait pas, je n’aurai pas eu de regrets. Je remercie les organisateurs du CART d’avoir accepté.
Christian part à Badajoz. Il toréé des toros de cinq ans de Zalduendo. Je n’y étais pas mais apparemment il a été très bien comme me l’ont confirmé les professionnels présents (Jose Coutinho, le Maestro Victor Mendes, Carlos Nuñez,….). Il s m’ont appelé et dit qu’il avait été exceptionnel.
Christian revient au CART. Victorino Martin l’appelle ejo. On était dans la voiture pour aller à Aguascalientes pour faire des examens complémentaires suite à une très forte voltereta.
Victorino nous annonce la bonne nouvelle. On est qualifié pour entrer dans le circuit des novilladas. Nous sommes très contents ;
On arrive à l’Hôpital et on apprend qu’il a une fracture du péroné. On est à la veille de la Finale du CART à laquelle il devait participer. Je repense au début de l'année 2020 ……
Cette fracture. on a de la chance. elle est droite, propre et ne nécessite pas d’opération.
On ne participe pas à la Finale mais Christian est quand même désigné comme un des triomphateurs du CART. On a eu le plaisir de voir deux mois d’efforts récompensés.
On perd la première course du Circuit à Sanlucar de Barrameda le 29 Mai. C’est un peu râlant car la novillada a été exceptionnelle avec sept oreilles, un rabo et un indulto ;
On demande et on obtient de changer de poste et on est programmé le 12 Juin à Cazorla pour y toréer une novillada de El Cotillo et Martin Lorca avec Miguel Polope et Manuel Perera.
Dans notre malheur, on a de la chance. La course est le 12 Juin, aujourd’hui (le 09), il marche et on sera au paseo. »

Et après Cazorla ?
« Je suis superstitieux et par respect pour les organisateurs je n’annonce rien à l’avance on a déjà signé des contrats dont certains en France. J’ai également inscrit Christian à la « Fundacion de Luces » créée par Toñete et Javier Blanco , autre circuit de novilladas programmées en 2021. On a pas mal de perspectives. Si tout se passe bien on peut arriver à toréer entre huit et quinze novilladas. Ce qui est dans une période telle qu’on la vit, c’est quand même très positif. »
( Note de la rédaction : les organisateurs de Parentis ont déjà annoncé la présence de Christian face aux novillos de Los Maños le 02 Octobre). »

Comment définis- tu la tauromachie de Christian?
« Avant tout, ce que je veux dire, c’est que Christian est un torero d’une grande personnalité.
Souvent en non piquée, on voit au travers des jeunes novilleros, le Maestro qu’ils adorent ou qu’ils imitent. On est incapable de dire à qui ressemble Christian. Tout simplement parce qu’il ne ressemble à personne. C’est un grand avantage. C’est un torero de sentiment avant tout, de courage et de grande personnalité. Il se définira petit à petit ; S’il arrive, comme l’ont fait toutes les figuras à allier art, sentiment et courage, il pourra construire et affirmer son toreo.
En France, il a percé dans le Sud-Ouest, pour moi le paradis des non piquées, puis il s’est affirmé dans le Sud-Est (Bellegarde deux fois, Bouillargues).
Ce que j’apprécie, chez lui, c’est que même s’il ne domine pas la situation, il reste quieto. C’est le vrai courage naturel qui on a vu chez Castella, Perera quand ils étaient jeunes.
Dans les moments difficiles, il a su rester calme et montrer son ambition. Ces mauvaises après-midi sont à analyser pour construire le futur. »

Comment vois-tu l’avenir de la tauromachie et en particulier de la novillada ?
« En 2021 comme en 2020, on ne sera pas dans les grands évènements. Les arènes ne peuvent pas être pleines. Les empresas font des efforts immenses, on a pu le voir à Arles ce week-end. Même si ce n’était pas plein, il y avait une ambiance retrouvée. On le verra à Nîmes et on l’a vu en Espagne. Pour la novillada, je pense que la COVID ne l’a pas tuée. Au contraire, cela a probablement fini de démontrer qu’elle était nécessaire à l’avenir de la tauromachie et il se créé des choses comme « Fundacion de Luces », des circuits régionaux de novilladas qui sans la crise n’auraient peut-être pas existées. Pour les novilladas piquées, on peut-être positif. Des férias qui ne faisaient plus de novilladas en refont. En parlant égoïstement comme on dit en espagnol « no hay mal que por bien no venga ».
Cette période de crise pourrait avoir un effet bénéfique sur la novillada. C’est positif pour le renouveau de la tauromachie qui part des novilladas.
On a quand même vu qu’à Vistalegre que les deux toreros qui ont fait le plein et intéressé le plus ont été Pablo Aguado et Roca Rey qui sont des jeunes toreros. Il y a une Aficion qui a envie de voir éclore des jeunes talents et cela se fera en premier lieu au travers de la novillada piquée
La non piquée est touchée en 2020 et 2021, c’est clair mais j’ai espoir qu’en 2022 on retrouve le nombre de novillada sans picador. On a vu à Arles que ce n’est pas un spectacle mineur, on s’y régale. On devrait plus le mettre en valeur. »


Merci à Tomas pour ces échanges et suerte à Christian pour ses débuts en novillada piquée.
Propos recueillis par Thierry Reboul