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Céret (17/07/2021) : Les belluaires et les diables rouges...

Viesuel Ceret 17072021Respect Messieurs les toreros.

Après un an sans toros sur le sable catalan, la reseña de cette course aurait du commencer par quelques jolies phrases sur la gentillesse de l’accueil des cérétans, l’émotion qui se dégage du paseo, l’atmosphère si particulière qui s’en dégage et la beauté des morceaux joués par la cobla, et le plaisir éprouvé par l’Aficion torista se retrouvant sur ses terres.
Pourtant un seul mot est légitime commencer cette reseña, c’est le mot respect. L’ensemble des acteurs de cette course épique se sont joués la vie face à un lot de mansos perdidos ; dangereux et, avisés parfois même avant de sortir du toril. A ce titre, l’ovation qui a accompagné leur sortie des arènes vaut mille fois plus que certaines sorties à hombros.
Les organisateurs cérétans ont voulu mener une expérience en programmant un lot de Miguel Reta de Casta Navarra , élevage qui n’était jamais sorti en corrida et issue d’une encaste qui n’avait pas foulé le sol d’un ruedo depuis un siècle. Et pour simplifier les choses, cinq toros sur six avaient six ans et demi. Comme le sixième, âgé d’un peu plus de cinq a, a eu un comportement similaire aux autres, le facteur âge est de ceux qu’on élimine de l’analyse des résultats de l’expérience.
La leçon a tiré de cette course est dure pour l’éleveur mais ne souffre d’aucune contestation possible.
Ces toros sont impropres à être lidiés en corrida.
Et pourtant la course a duré presque trois heures (dont 33 minutes pour le premier bicho) et le public ne s’est pas ennuyé.
On a vu des choses du siècle dernier avec des picadors qui provoquent le toro pour pouvoir le piquer dans tous les terrains du ruedo, le deuxième cavalier rentrant en piste pour aider son collègue à coincer le récalcitrant ; Il y a eu pas loin de trente contacts avec le cheval pour trois ou quatre vraies piques et beaucoup de fuites éperdues et je n’ai pas comptabilisé les tentatives d’’évitements. On a eu peur quand les toros négligeant la sollicitation des capes ou muletas venaient directement sur le torero ; On a vibré quand F J Navarette a réussi à piquer le quatrième, quand les banderilles étaient posées dans Des berceaux presque démesurés ou quand les matadors à force de courage et de volonté enchaînaient trois derechazos et un pecho à la limite de l’accrochage.

Le premier est superbe de présentation et d’armures comment le seront les cinq autres, Dès les premiers capotazos de Sanchez Vara, il s’arrête au quart de la passe, se retourne vite et s’échappe vers les planches. Mis en suerte il hésite longuement à charger le cheval. Au contact du fer, il sort seul. Manso perdido, il s’enfuit au grand galop pour se mettre en sécurité au plus loin du groupe équestre. Le picador change de terrain, le cite et à deux reprises le bicho prend la poudre d’escampette. Le second piquero entre en piste pour aider son collègue à coincer le Reta pour pouvoir le châtier. Comme il y a très longtemps, les cavaliers se déplacent dans tous le ruedo. Telle une défense glissée, ils tentent de coincer le récalcitrant. Au total, il y aura onze tentatives aussi infructueuses les unes que les autres. Le président sort le mouchoir rouge et le bicho est banderillé avec les banderilles noires. A la muleta, le toro est distrait, violent et vient directement sur l’homme dès les premières passes. Trois tentatives, la muleta sert plus de bouclier qu’à guider la charge. Quelques muletazos d’alignement et Sanchez Vara entre à matar et se débarrasse de l’importun ; Salut pour le torero ;

Le second est d’entrée violent et dès les premiers capotazos raccourcit sa charge. Deux premières piques classiques (et traseras) et le toro part au toril. Le cavalier se place au centre de la piste et à deux reprises le toro sort seul et se réfugie dans sa querencia. Alberto Cacero et Vicente Valera saluent après un très bon tercio de banderilles. Octavio Chacon brinde au public et gardera sa muleta sur la tête pendant toute la faena. Il essaie sans grand succès de sortir le bicho de sa querencia. Difficile de l’en tirer et d’en tirer quelque chose ; Chacon abrège et tue d’une quasi entière basse.

La sortie du troisième suscite quelques espoirs. Il permet à Miguel Angel Pacheco de lui donner des passes de cape ; Sort le cheval et le Reta joue « la belle indifférente ». Il snobe le picador, ignorant sa présence et fuit dès que la pointe de la pique le touche. La sortie en piste du picador de réserve n’arrange rien à la situation. Neuf tentatives plus tard, nouveau mouchoir rouge, les veuves sont de nouveau utilisées. Un des banderilleros est pris violemment et part à l’infirmerie. Le torero essaie de sortir le Reta de sa querencia devant le toril. Peine éperdue, le toro est avisé, vient droit sur l’homme et ne permet aucune faena. Pacheco abrège avant même d’avoir pu tirer deux muletazos.

Le quatrième est distrait, se défend à chaque passe de cape. Sanchez Vara, avec métier ; courage et efficacité, le pare et essaie de le mener au centre. Le toro charge le cheval sans être mis en suerte prend un bon puyazo et provoque la chute du groupe équestre. Il sort seul des deux rencontres suivantes, Le picador, Francisco José Navarette, est applaudi. Sanchez Vara brinde au public. Le toro est avisé, cherche l’homme. Le torero a grand renfort de technique, de volonté et surtout de courage, arrive à tirer trois séries de trois passes à un toro quasi impossible à toréer et qui ne permet pas plus. Le public ce jour, à l’exception d’une poignée de braillards, très aficionado et compréhensif vibre pour la première fois de la tarde. Mise à mort en trois temps et l vuelta chaleureusement fêtée pour un torero qui a su forcer par son courage le respect du public.

Le cinquième prend une bonne première pique en poussant. Il s’enfuit au contact du fer et ne peut plus être piqué malgré la présence des deux chevaux en piste. L’animal, le plus lourd du lot, arrive au troisième tiers sans avoir été châtié. Il est violent, avisé et plus que dangereux. Chacon, qui a brindé à ses deux collègues, essaie un peu et prend l’épée sans avoir réussi à tirer un muletazo de l’animal.

Le sixième fait illusion quand il est reçu à la cape par Miguel Angel Pacheco ; Certains toros deviennent avisés au bout de quelques muletazos. Celui là devient intoréable dès les capotazos destinés à le sortir de sa querencia devant la sortie du patio de caballos pour laisser entrer le picador. Il prend trois piques en sortant seul. Brindis au public, Pacheco est motivée mais à l’impossible nul n’est tenu. Il se fait prendre violemment et frise la cornada grave dès le second derechazo. Nouvelle tentative à droite, le toro fuit la muleta et part en querencia, nouvel essai pour aussi peu de résultat, Pacheco prend l’épée et tue d’une belle entière portée avec engagement, salut ;

Les Reta de Casta Navarra sont venus à Céret, on les a vus et ils ne nous ont pas convaincus. L’idée partait d’un bon sentiment, la prise de risque est fort louable et nécessaire dans un monde taurin où l’uniformité engendre de la morosité. La conclusion est simple à tirer et passons à autre chose.

Fiche technique
Arènes de Céret, première corrida de la Féria 2021 ;
Six toros de Miguel Reta de Casta Navarra, superbes de présentation, mansos perdidos au cheval, querenciosos, avisés et dangereux et n’offrant aucune possibilité pour
Sanchez Vara : salut, vuelta
Octavio Chacon : silence, silence
Miguel Angel Pacheco : silence, salut
Les premier, troisième et cinquième toros ont été condamnés aux banderilles noires.
Une trentaine de rencontre ou tentatives de rencontres avec la cavalerie
Cavalerie Bonijol dont la maniabilité et la mobilité a permis aux piqueros d’œuvrer malgré les difficultés liées à la mansedumbre des toros.
Ovation à F .J Navarette qui a piqué le quatrième
Salut d’Alberto Cacero et Vicente Valera après avoir banderillé le second.

Président : André Roques
Lleno de COVID
Ciel bleu, grand soleil et vent par bourrasques

Thierry Reboul