Céret (18/07/2021 - matinale) : un novillero, six novillos et la Tramontane...

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Visuel Ceret 18072021MLes encerrona sont, on le sait, des exercices périlleux, qui finissent parfois par des triomphes mais le plus souvent laissent un goût d’inachevé. Les plus grands maestros ont raté leur solo (cf Fandiño). L’exercice est bien plus compliqué pour les novilleros qui manquent de métier et n’ont pas toujours la largeur de répertoire nécessaire. Cela se complexifie encore plus quand les élevages choisis sont des fers connus pour le sérieux et l’exigence de leurs toros comme ceux choisis par les organisateurs cérétans pour le solo de Francisco Montero.

Ce n’est pas faire injure au jeune novillero de dire qu’il est passé à côté de son sujet ce dimanche matin dans les arènes de Céret. A lui et à son entourage d’analyser les causes de cet échec. A l’Opéra certains chanteurs sont capables d’assurer le rôle titre et être sur le devant de la scène du premier au dernier acte. D’autres se donnent à fond dans l’interprétation d’un ou deux airs n’intervenant que ponctuellement dans le livret .C’est le cas de Carmen et Michaela dans l’opéra de Bizet. ;
La tauromachie, explosive et avec un répertoire corto compensé par des inventivités baroques, de Montero se prête mieux .aux courses traditionnelles à trois novilleros. La charge mentale et physique y est moindre. Il peut aussi prendre plus de risques, et toucher plus le public, car il ne porte pas l’entière responsabilité et la pression de toute la course. On l’a senti vite fatigué, souvent contraint. Il ne s’est vraiment lâcher qu’au dernier toro mais il était trop tard pour renverser la vapeur.
Il est par contre sûr qu’on ne peut pas faire porter au bétail le poids de cet échec.
Sont sortis six novillos (dont un sobrero en première position) très bien présentés et qui avec les caractéristiques de leurs encastes offraient des possibilités. Se sont particulièrement distingués les novillos de Bercail, de Cocha y Sierra, de Los Maños et le sobrero de Christophe Yonnet. Tous les novillos ont été applaudis à ‘l’arrastre.

Le premier est un novillo de Saltillo très (trop juste) de présentation et faiblissime qui est renvoyé au toril. Sort en remplacement un joli utrero de Christophe Yonnet., léger mais haut et bien armé. Il prend un premier puyazo trasera en poussant, un second mieux placé en poussant par à coup et un troisième sans pousser. Il est meilleur à droite qu’à gauche. Il est noble, un peu juste de forces mais offre des possibilités su les deux premières séries. Le novillero est contracté, enchaîne des passes mais n’arrive pas à se relâcher et la faena ne pèse pas assez sur un novillo qui va à menos/ Salut après une quasi entière verticale, qui provoque un début d’hémorragie.

Le second est un superbe toro de Concha y Sierra. Il est superbe par son trapio, son armure et aussi par sa robe chorreada et cuivrée. Il est bien reçu à la cape par Montero et met la tête en chargeant avec alegria. Bien mis en suerte et piqué, il prend trois puyazos venant de plus en plus loin et poussant surtout lors des deux premières rencontres. Le picador est ovationné. Les banderilleros saluent aussi après un bon second tercio. Au troisième tiers, un invité pas forcément apprécié et très perturbateur vient se mêler des débats. A partir de bicho, le vent, qui souffle par intermittence va gêner à plusieurs reprises le novillero qui aura du mal à s’adapter à cette contrainte. Le Concha y Sierra est exigeant, charge avec force et demande à être toréé avec autorité. Le novillero gêné par la Tramontane ne pèse pas sur son adversaire qui prend le dessus lors des sériés à droite. Le bicho est plus accessible sur la corne gauche, sa meilleure, où sa grande noblesse permet à Francisco d’enchaîner une très belle série avant de conclure par un grand coup d’épée porté avec engagement.

Le troisième est un Dolorès Aguirre très typé et dont le nom « Cantinillo «  rappelle de bons souvenirs aux vicois. En bon Atanasio, il est quelconque aux deux premiers tercios mais commence à s’améliorer au troisième. Montero a du mal à s’adapter au vent, au comportement exigeant du novillo et à une fatigue physique et probablement morale qui commence à se faire sentir. Il ne tire pas tout le possible de l’utrero. ; Il se fait rappeler à l’ordre par le public avant de mal tuer. Le toro est applaudi à l’arrastre.

Le quatrième, un Christophe Yonnet, est très mal piqué, sifflets au picador. Il est noble, vient de loin malgré une certaine faiblesse (cf premier tiers) / Cette faiblesse va le perturber tout au long de la faena d’autant que le novillero a du mal à se centrer et à trouver la bonne distance. Il ne va profiter de la bonne corne gauche du camarguais. Francisco Montero semble de plus en plus fatigué et est moins lucide dans la gestion d’une faena de plus en plus pegapase. Une partie du public le lui fait remarquer. Silence après une mise à mort difficile.

Le cinquième est un superbe Bercail. Il prend avec bravoure et en poussant trois très gros puyazos mais sort seul et sa charge est plus hésitante à la quatrième rencontre. A la muleta, il est noble et offre des possibilités que Montero, au bout du rouleau, ne perçoit pas. La faena ne décolle pas alors que le toro « veut passer » ce qui fait réagir une partie du public. Le novillero va prendre l’épée sans avoir vraiment fait de faena. Le public se fâche ; Le novillero tente de rattraper le coup, enchaîne des séries plus proches du Montero habituel. Malheureusement il est trop tard et il est passé à côté d’un bon toro qu’il va mal tuer. Bon mais pas au point de mériter la vuelta accordée par le président car on est à Céret et le toro est allé à menos au premier tiers.

Le sixième, Los Maños, est reçu à porta gayola par un novillero que la fâcherie du public au cinquième semble avoir boosté. Le novillo est très mal piqué à deux reprises par un picador qui rentre au patio raccompagné par une bronca sonore.
Le bicho est très noble et « collaborateur ». Montero essaie d’en profiter mais ; fatigué, reste en dessous des possibilités du Santa Coloma. Salut après une entière en avant et un descabello. Comme les cinq premiers le novillo est applaudi à l’arrastre.
Francisco Montero a brindé ce dernier utrero aux deux sobresalientes, dommage qu’il ne les ait pas laissés faire un quite.

 

Fiche Technique : Céret, Dimanche 18 Juillet matinale, novillada
6 Novillos dans l’ordre de sortie de Christophe Yonnet (sobrero remplaçant un Saltillo invalide), Concha y Sierra, Dolorès Aguirre, Christophe Yonnet, Bercail, Los Maños tous bien présentés, intéressants et applaudis à l’arrastre pour
Francisco Montero unique espada : salut, un avis et silence, silence, un avis et silence, palmas y piots, salut.
Sobresalientes : Alberto Pozo et Rafael Reyes
Vuelta contesté et contestable au Bercail
Salut des banderilleros au second
Ovation à S.Perez qui a piqué le Concha y Sierra qui recevra le prix pour le meilleur picador
Dix sept piques puya Bonijol
Cavalerie Bonijol
Président : Pierre Fons
Soleil, ciel bleu et vent fort soufflant par fortes bourrasques
Quasi lleno de COVID

Thierry Reboul