Soustons (08/082021) : Médaille d’or pour Solalito...

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Salida Soustons 08082021Après une averse matinale, le soleil est revenu à Soustons. Touristes et aficionados se mêlant (aux gestes barrières près), les terrasses étaient pleines. Soleil et animation dans les rues ont fait que l’on avait l’impression d’être revenus à une vie quasi normale. Les contrôles sanitaires et la jauge imposée aux organisateurs étaient là pour nous rappeler qu’on n’était pas sorti de nos problèmes mais il y avait de la joie et de la bonne humeur autour des arènes.

Julien Lescarret a pris la responsabilité de l’organisation des spectacles taurins dans la cité landaise. On connaît son inventivité et pour cette première novillada, il a créé la Coupe de France des novilleros. Quatre jeunes toreros français toréent un utrero, les deux meilleurs accèdent à la finale et affrontent chacun un second novillo. La formule semble avoir plu au public car il y avait probablement plus de monde sur les gradins malgré la limitation COVID que lors des dernières novilladas soustonnaises.
Pour la phase qualificative, ce sont quatre novillos du Camino de Santiago qui ont départagé les participants ; Bien présentés, ils ont eu un comportement intéressant au troisième tiers et offraient des possibilités.
En finale, les bichos de Robert Margé, bien présentés eux aussi, sont allés plus rapidement à menos.
Pour ce qui est des toreros, ils ont connu des fortunes diverses en particulier à l’épée L’absence de pratique pour cause de pandémie s’est faite cruellement sentir.

Le premier novillo, le plus léger et le moins armé du lot, se retourne vite dans la cape de Carlos Olsina. Mal mis en suerte, il prend un premier et unique puyazo trasero, en poussant. Le Camino est noble mais un peu juste de forces. Première série, à droite, sur le voyage avant une seconde plus dominatrice mais encore un peu marginale. C’est mieux sur les trois séries suivantes à gauche puis à droite en toréant plus en rond. Le toro est allé à mas Le biterrois bascule vers une tauromachie qui veut porter sur le public. Le final est moins intéressant, que le début de la faena et les derniers adorños, par bernadinas, sont brouillons. Olsina salue, timidement, au tiers après un pinchazo, ¼ de lame basse et ¾ d’épée basse et tendida.

Le second prend un puyazo en se défendant sous le fer. Juste de forces, il est un peu violent et désarme Kike de Francia à la fin de la première série de derechazos. Ce toro a besoin d’une lidia autoritaire et surtout de ne pas toucher le leurre si on veut le canaliser et corriger les coups de tête qu’il donne en fin de passe ; Kike, à cours d’officio, recule souvent entre les passes et se fait toucher la muleta. ; Il ne trouve pas le bon sitio à l’exception d’une série à droite où le toro se livre (CQFD) mieux dans la passe ; La faena, comme le toro dont les défauts ont été accentués, va à menos. Silence après un pinchazo, ¾ de lame basse et trois descabellos.

Comme le précédent, le troisième s’est abîmé une corne en tapant dans les chiqueros pendant le sorteo. Juan Molas est un torero artiste et cela se sent dans sa réception du toro à la cape. Bien mis en suerte, le novillo prend un puyazo en poussant. Dommage de ne pas le voir une seconde fois au cheval pour évaluer sa bravoure. Il est noble et vient fort même quand on le cite de loin. Il a une très bonne corne droite. Le torero dacquois est élégant. Il a une tauromachie variée et spontanée. Mais il n’est pas lidiador et sa faena manque de fil conducteur et ne permet pas de mettre en évidence toutes les qualités du novillo. Le final original et plus trémendiste porte sur le public. La mise à mort sera approximative et laborieuse, le dacquois doit se contenter de saluer au tiers (le public lui refuse la vuelta qu’il voulait s’octroyer).

Autre torero à être bon capeador, Solalito, reçoit avec efficacité et élégance le quatrième novillo.qui prend une pique sans pousser. Des quatre toreros, Solal est celui qui a fait preuve du plus grand esprit de compétition. Avec beaucoup de dynamisme, il a tout fait pour briller dans toutes les phases de la lidia. A l’issue de l’unique pique, il réalise un excellent quite par chicuelinas. Il se met le public dans la poche après un très bon tercio de banderilles qui est allé à mas avec deux paires au quiebro très serrées, dans le terrain des planches. Début de faena de rodillas qui porte sur les spectateurs. Il enchaine avec deux séries sur cette corne puis une de naturelles citées de loin, en conduisant bien la charge d’un toro qui a tendance à vouloir s’échapper. La gestuelle est belle et le toreo est efficace car le toro est manso et distrait. Il demande à être obligé ce que fait le nîmois avec autorité tout en restant élégant. Solal arrive à construire une faena séreuse, aboutie et qui porte sur le public malgré un novillo manquant de fond et de race. Final par redondos et luquesinas, le novillero coupe la première oreille de la tarde après une demie efficace ben que légèrement trasera.
Le président sort également le mouchoir bleu. Il y a des vueltas discutables, mais celle-ci est anti pédagogique. En récompensant ainsi un toro manso, distrait presque fuyard, cette vuelta peut énerver l’aficionado un peu averti. Ce n’est pas grave, il en a vu et en verra d’autres. Le public à Soustons est composé en grande partie de personnes qui découvre la corrida ou y vont de manière occasionnelle .Il n’a pas vu les qualités du troisième utrero (qui aurait pu faire une vuelta) et en plus on lui donne de mauvais points de repère pour juger lors d’une corrida de la qualité d’un toro. En aucun cas le mouchoir bleu (comme le mouchoir orange) ne doit servir de compensation pour un raté présidentiel pour récompenser un torero ou un lot de toros. Il aurait été plus logique, et plus dans les canons de la tauromachie, d’inviter Jean Louis Darré à saluer. .


S’il était évident que Solalito était qualifié pour la finale, il était plus compliqué de choisir ente Carlos Olsina et Juan Molas. En l’absence de critères objectifs pour les départager, le choix du jury est forcément subjectif et donc discutable. Juan Molas a été l’heureux élu. Comme en rugby, quand l’arbitre a sifflé, on respecte sa décision, même si on n’est pas (voire pas du tout) d’accord.
En finale, les deux toreros ont affrontés des utreros de Robert Margé très bien présentés, justes de forces et, qui après de bons débuts au troisième tiers, sont allés à menos ;

Le premier, bien mis en suerte, prend une pique trasera et fait une vuelta de campane en sortant du cheval. A la muleta, il a un fond de noblesse mais sa charge est courte ; Juan Molas, peu inspiré par le toro, enchaîne des séries des deux mains. Sans se croiser et en restant marginal. Le toro va rapidement à menos et la faena aussi. Mise à mort plus rapide qu’à son premier mais tout aussi approximative, le dacquois salue discrètement depuis le callejon.

Le second Margé est un très joli toro avec du trapio et un berceau large et des cornes astifinas. Il est trop peu piqué, un simple picotazo très en arrière qui ne le fera même pas saigner. Joli quite de Solalito avant un excellent tercio de banderilles très apprécié par le public. Le nîmois est un compétiteur. Il commence sa faena de rodillas en citant de loin Le toro a du moteur et répète dans les premières séries avec une brusquerie qui aurait pu être régulée avec une vraie pique. Le torero se met au niveau du toro et le début de faena est intéressant. Très rapidement, le Margé, qui semble avoir une douleur aux membres postérieurs, commence à regarder vers les planches. Avec beaucoup de métier, et même de maturité, Solal va le garder dans sa muleta et continuer à enchaîner de très bonnes séries des deux mains alliant autorité et élégance et capacité à porter sur le public. Le jeune torero, qui a peu de novilladas à son actif, a su profiter des conseils qui lui ont été prodigués (à Nîmes et en Andalousie) à fait d’énormes progrès en peu de temps. Final très torero avant de porter une entière trasera qui nécessitera l’usage du descabello. Nouvelle oreille pour Solalitio qui remporte, sans discussion aucune, l’ensemble des trophées mis en jeu.


La coupe de France des novilleros 2021 est morte, vive la coupe de France des novilleros 2022 ;


Fiche technique : Soustons, novillada des Fêtes 2021 coupe de France des novilleros
Quatre utreros du Camino de Santiago, intéressants les trois premiers, pour la phase qualificative et deux de Robert Margé, (5ème et 6ème) justes de forces et de fond pour :

Carlos Olsina : un avis et salut au tiers
Kike de Francia : un avis et silence
Juan Molas : un avis et salut au tiers, salut depuis le callejon
Solalito : une oreille, une oreille
Solalito remporte tous les trophées mis en jeu dont la coupe de France des novilleros.
Vuelta au quatrième (Camino de Santiago) °
6 piques, les areneros ont oublié de tracer la zone réservée au picador
Cavalerie Bonijol
Président Lionel Lohiague (Bayonne)
Entrée difficile à évaluer mais au moins équivalente aux années précédentes malgré la jauge limitée imposée aux organisateurs
Soleil enfin revenu, c’est presque l’Eté

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour