• 1

Mimizan (21/08/2021)  : les Pedraza aux deux visages...

Salida Mimizan 21082021Il est difficile d’écrire que la crise sanitaire puisse avoir des côtés positifs. Mais en tauromachie, elle permet à des arènes de troisième catégorie d’avoir accès à des ganaderias et des lots dignes d’arènes de première catégorie. L’encierro de Pedraza de Yeltès, superbe de présentation, sorti ce samedi à Mimizan aurait très bien pu sortir à Vic, Bayonne, Dax ou Mont de Marsan.

Leur caste et / ou leur noblesse, qui auraient très bien pu inspirer certaines figuras, ont permis à la corrida d’être « entretenue » du début à la fin même si les toreros sont restés en dessous des possibilités offertes par le bétail.
Les cinq premiers toros ont rématé à de nombreuses reprises avec beaucoup de violence contre les planches sans qu’aucune pointe ne soit abîmée.
A l’issue de la course, certains se surprenaient à rêver de voir ces toros dans d’autres mains en d’autres lieux.
Pedraza de Yeltès est un élevage qui présente aujourd’hui la particularité de pouvoir sortir aussi bien pour une course toriste que pour une course toreriste. Il y a dans cette ganaderia deux rames distinctes, l’une d’ascendance Aldeanueva (les Pedraza d’origine) et une d’origine Garcigrande. Tous les lots vus en France cette année sont composés par moitié de chacune des deux familles. Celui de Mimizan n’a pas échappé à la règle. Dans la même corrida, on a pu voir le quatrième, pur Garcigrande, brave au cheval, monstre de noblesse qui buvait le leurre au-delà de toute modération avec de la classe mais aussi une certaine naiveté. Puis en sixième position est sorti un toro au comportement pur Aldeanueva, brave et poussant avec force au cheval, sérieux , complexe au troisième tiers avec ce piquant qui nous a fait vibrer lors des premières sorties de ce fer en France. De quoi satisfaire les aficionados de toutes les obédiences.
Côté toreros, Adrien Salenc a fait preuve de beaucoup de courage mais il lui manque encore la maturité et la maîtrise qui lui permet d’exploiter au maximum les qualités des Pedraza et gérer leurs défauts.
Manuel Escribano a lui trop de maturité et de pratique. Il sait comment faire illusion en toréant le public. Quel gâchis quand c’est devant un toro de bandera comme le quatrième qui permettait et méritait bien mieux que ce que lui a proposé le torero de Gerena.
Joaquin Galdos est passé à côté de son premier et n’a pas su s’imposer à son second dont la complexité demandait plus d’engagement.

Le premier (Aldeanueva) est légèrement boiteux et juste de forces. Abanto, il prend deux piques, la première en poussant, la seconde en se défendant. On a connu Manuel Escribano plus inspiré les banderilles en mains. Les trois paires posées face à ce premier toro l’ont été à cornes passées. Brindis au public, débuts de faena par cambiadas, le Pedraza est noble mais avec une charge courte Il se retourne vite. Le sévillan lui sert quatre séries (dont les trois premières à droite) sans se croiser et en abusant du pico ce qui est rédhibitoire face à ce type de toro. Cette faena sans grand intérêt est conclue par deux tiers de lame basse et très prudente.

Le second (typé Garcigrande) met la tête dans le capote de Galdos. Il prend deux piques poussant surtout à la première. Très bon tercio de banderilles, les banderilleros sont invités à saluer. Brindis au public, début de faena par doblones genoux ployés élégants et efficaces. La faena commence bien. Le toro a de la race et de la noblesse. Il répond sans poser trop de difficultés aux cites du torero. Les deux premières séries à droite sont sur le voyage. A gauche, le péruvien est vite pueblerino, ne se croise pas, ne guide pas la charge et ne pèse pas sur un toro qui permettait bien mieux que ce que le torero nous a proposé. Sur les deux dernières séries, il abuse du pico et n’est centré que pour un seul derechazo. La mise à mort refroidit le public. Salut pour le torero, applaudissements pour l’arrastre.

Le troisième (autre toro typé Garcigrande) humilie lui aussi dans le capote d’Adrien Salenc. Il prend une première pique en poussant suivi d’un picotazo. Le Pedraza est encasté. Il répond aux cites et charge avec noblesse. Bon début de faena avec deux intéressantes séries à droite, le toro embiste. La suite est appliquée. Mais petit à petit le torero pèse moins sur le toro, l’oblige un peu trop par le bas. Le Pedraza échappe au torero, devient plus distrait, regarde vers les planches et devient plus soso parce que la faena est moins construite, plus brouillonnes. Le toro et la faena finissent par aller à menos. L’estocade entière, légèrement tombée, est efficace et la première oreille de la tarde est octroyée à Adrien Salenc.

Le quatrième, très joli toro, est par son physique et son comportement en piste, un pur Garcigrande. Il prend un premier puyazo « costaud » en poussant puis un plus léger. Incompréhension entre Escribano qui veut le remettre encore au cheval plus loin car il a compris que le toro a du potentiel et le président qui ne comprend pas. Le tercio est changé, dommage. Après un bon quite de Galdos, Escribano prend les banderilles. On l’a vraiment connu mieux inspiré. A la muleta, le toro est une machine à embestir. Il est noblissime. Il charge et répète à l’envie. C’est typiquement le type de toro qu’une figura est capable de mettre en évidence et en nous faisant oublier le côté un peu naïf de l’animal (on est loin de la caste et de la personnalité des premiers Pedraza de Garlin et de Dax), de le faire gracier. Hélas, Escribano préfère nous servir des enchaînements sans saveur de muletazos sur le voyage en jouant en permanence du pico. La classe du toro masque l’indigence de la manière dont il est toréé. Cela porte sur une bonne partie du public mais est très en dessous du potentiel d’un excellent bicho qui fait l’avion d’un bout à l’autre de la faena. Pour résumer, quel gâchis !!!!! Un entière basse a raison du noble Pedraza qui en toute logique est crédité d’une vuelta. Pour ce qui est des deux oreilles accordées au torero, je renonce à comprendre à moins que ce ne soit un cadeau d’anniversaire pour le torero qui fêtait ce jour ses trente sept printemps.

Le cinquième est un Aldeanueva. Il en a le comportement au cheval. Il prend deux puyazos en poussant, le second en partant du centre de la piste. Le toro, un Pedraza a l’ancienne, est sérieux, complexe et demande les papiers. Son attitude ne met pas Galdos en confiance. Le péruvien fait ce qu’il faut pour faire croire qu’il n’y a rien à tirer de ce toro avant de tuer avec une très grande prudence.

Le sixième aurait-il été le toro de la tarde ? On n’en saura rien. En tapant contre un burladero, il se casse un corne et le président sort le mouchoir vert Comme il est impossible de le rentrer au toril, le Pedraza est piqué, Salenc l’estoque après quelques passes d’alignement.
Le réserve est un joli rouquin qui va très vite nous montrer qu’il est d’origine Aldeanueva. Avec beaucoup de bravoure et de force, il prend trois puyazos, poussant en mettant les reins, renversant le groupe équestre à la première rencontre.Vrai manso avec beaucoup de caste, il a du piquant. Adrien Salenc débute la faena en le doublant avec beaucoup d’autorité. S’en suit un enchaînement de passes données avec de l’application, beaucoup de courage car le toro est un tio qui charge avec beaucoup de puissance et d’agressivité. Ce type de bicho demande une maîtrise et une autorité qu’Adrien n’a pas encore pour le dominer et l’exploiter complètement. Le toro, qui n’est pas assez dominé, joue au Bad boy en étant distrait et moins intéressé par le combat. Il bascule vers son côté manso parce que le côté con casta n’est pas assez exploité. L’ensemble est pourtant méritoire, mais le toro se perd et la faena va à menos ; Dommage, une autre lidia aurait peut-être permis de voir plus de choses avec cet autre Pedraza à l’ancienne.

Deux sorties à hombros pas complètement justifiées, on aurait eu plaisir à voir saluer Curro Sanchez, le mayoral.

 

Fiche technique :
Arènes de Mimizan, corrida de Fêtes 2021
6 toros de Pedraza de Yeltès dont un sobrero (6ème bis) très bien présentés avec de la race, certains nobles, d’autres plus exigeants pour :

Manuel Escribano : salut, un avis et deux oreilles (la seconde probablement comme cadeau d’anniversaire)
Joaquin Galdos : salut, silence
Adrien Salenc : une oreille, une oreille

Vuelta au quatrième, le plus noble de l’ensemble
Treize piques dont une chute
Cuadra Bonijol
Salut de la cuadrilla de Galdos après le tercio de banderille du second
Président : Pierre Narran
Demi-arène
Soleil et fraîcheur marine

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour