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Saint Perdon (29/08/2021) : un millésime bien moyen...

Visuel StPerdon 29082021Les toros sont comme les vins, il y a de bonnes années et d’autres qui le sont moins. Après de bonnes sorties ces dernières années de la ganaderia Pincha à Pampelune, Peralta et Saint Perdon et Mugron, la novillada de ce dimanche à Mont de Marsan ne fut pas à la hauteur des attentes et de l’implication des organisateurs.

Hélas comme souvent « à corrida attendue, public déçu ».
La faute en incombe, en grande partie, au bétail de la ganaderia de Lodosa. Très bien présentés et armés, les novillos de ce jour ont fait illusion au cheval (malgré des lidias souvent catastrophiques) puis se sont « dégonflés » au troisième tiers par manque de race et de fond et surtout de transmission. Dans ces conditions, malgré leur courage, les trois novilleros ont été mis en difficulté. Trop souvent, les toreros ont accepté de toréer dans un terrain proche des planches où les toros ont cultivé leurs défauts sans possibilité de les corriger. Par manque de métier ou par manque de recours, ils n’ont pas trouvé les solutions aux problèmes posés (quand leur manière de les toréer ne les a pas augmentés). Malgré toute leur bonne volonté, ils ont souvent fait des passes et rarement lidié. Ils n’ont pas su exploiter les quelques options offertes par les novillos.
La combinaison du manque de race et de fond des novillos et le manque de sens de la lidia de Samira et Perera ont fait que l’on s’est beaucoup ennuyé sur les gradins.
Parejo a été très mal servi par le sorteo. Il n’a pu nous montrer que sa sérénité, son courage et son aguante hors normes.

Le premier, bas mais bien proportionné, marche plus qu’il ne galope à sa sortie du toril. Il serre le torero et accroche le capote d’Adam Samira. Le novillero le laisse filer au piquero de réserve pour un premier puyazo pris en poussant. Le second, au cheval de turno, est trasera ce qui n’empêche le bicho de pousser. Le Pincha est compliqué, il marche, s’arrête et visite, comme le feront tous les autres, les différents secteurs de l’arène avant de se fixer dans une zone intermédiaire entre les tablas et les deux tiers de la piste. Samira le double avant d’enchaîner trois séries à droite certes élégantes mais souvent marginales et données sans se croiser. Paradoxalement, le novillo va à mas. L’arlésien continue à toréer de jolie manière mais de façon marginale sans peser sur un toro, qui sans être exceptionnel, offrait quelques options sur la fin de la faena. Adam salue après deux pinchazos et une quasi entière basse.

A partir du second la présentation ira à mas. Manuel Perera le reçoit par des véroniques de rodillas à l’issue desquelles il va se faire déborder. Nouvelle « non mise en suerte » au picador qui commence à faire regretter aux organisateurs d’avoir choisi de mettre les deux picadors en piste au premier tercio. Le novillo pousse comme il le fera, après être parti de loin mais sans avoir été mis en suerte, à la seconde. Il remate aux planches après les banderilleros. Le Pincha part de loin, si on le sort du terrain des tablas et qu’on le cite en lui donnant de la distance.
En début de faena, il met la tête et se livre dans la passe. Perera commet l’erreur de vouloir lui imposer un modèle de tauromachie (celui des terrains réduits et du torero entre les cornes) qui a étouffé le toro, annihilé ses volontés de charger. Tout cela à fini par énerver la partie aficionada du public. Silence après une vilaine entière basse.

Très bien présenté, le troisième est bien reçu (avec élégance et variété) par Christian Parejo à la cape. Mathieu Guillon salue après deux bonnes paires de banderilles. Le toro est violent, manque de race et de force. Avec beaucoup de sérénité et de courage, le novillero arrache à un animal compliqué et dangereux des muletazos méritoires dont une très bonne série à gauche à mi faena. Le Pincha ne permet pas plus et, dangereux, il finit par accrocher, sans mal, le jeune torero. Silence après trois pinchazos et une entière trasera.
Le quatrième tape dans la cape de Samira. Il prend une grosse pique au picador de réserve ce qui finit d’exaspérer les aficionados habitués à de bien meilleurs tercios de varas lors de la novillada de Saint Perdon. Une pique carioquée au picador de turno et un picotazo en arrière concluent ce premier tiers qui ne passera pas à la postérité. Début de faena par doblones, Adam Samira prend tout de suite la main gauche. Il a du mal à trouver le sitio, recule face aux charges violentes de son adversaire. Comme à son premier, il toréé sans se croiser, ni se centrer et n’arrive pas à prendre le dessus sur un novillo compliqué qui demandait une vraie lidia. Sa tauromachie élégante mais très superficielle porte sur une partie du public et en énerve une autre. Comme l’estocade basse est rapide d effet, les premiers (en minorité) demande une oreille que le palco (soutenu en silence par les autres) refuse à juste titre et tout cela se termine par un vuelta (quelque peu contestée).

Le public s’ennuie ferme sur les gradins et cela commence à se sentir. Pour essayer (au cinquième toro) de relancer (ou plutôt de lancer) la novillada Manuel Perera attend son second toro à porta gayola ; Le toro est sérieux, la sortie spectaculaire ce qui sort le public de sa torpeur. Le Pincha semble avoir du gaz, il est le premier (et sera le seul) bicho à humilier dans le capote puis plus tard dans la muleta. Il est mal et trop piqué, ce qui ajouté à un début de vuelta de campana lui enlève pas mal d’alegria. Malgré cela, il met la tête dans la muleta avec une certaine noblesse. Perera, après avoir brindé à Richard Milian, en profite pour enchaîner quatre bonnes séries avec des muletazos dominateurs et même élégants. Il se fait accrocher la muleta à la cinquième et le toro commençant à aller à menos, l’élève de ¨Padilla, passe à un registre plus trémendiste « standard » qui, bien entendu étouffe le novillo, et comme cela dure un peu trop lasse le public. Heureusement, l’estocade, une bonne quasi entière en place, est très rapide d’effet Pétition majoritaire et une oreille pour le protégé du pirate.

Le dernier, très bien armé, enferme dans les planches Christian Parejo qui semble marqué par la semaine difficile avec la mort de son grand père, sa voltereta au premier et les séquelles d’une fracture du péroné Lidié au premier tiers par la cuadrilla, le toro prend deux piques poussant à la première et en « chahutant » à la seconde. Le Pincha manque de race. Il a très peu de charge et est quelque peu avisé. Parejo est un monstre de courage et d’aguante. Il essaie, en jouant un répertoire trémendiste de donner du relief à sa faena. La fatigue du torero, le manque de fond du toro et la lassitude du public, font que l’ensemble, mal conclu à l’épée, va à menos. Silence.

Ainsi s’achève une édition 2021 de la novillada de Saint Perdon qui ne restera pas dans les mémoires. Comme les vins, les novilladas, d’une année sur l’autre, ne se ressemblent pas. Attendons et « espérons » celle de 2022.

 

Fiche technique : Arènes de Mont de Marsan, novillada de Saint Perdon
6 novillos de Pincha très bien présentés, manquant de fond et de race pour :

Adam Samira : un avis et salut, vuelta contestée par une partie du public.
Manuel Perera : silence, une oreille
Christian Parejo : un avis et silence, un avis et silence

Treize piques dont trois au cheval de lidia, la leçon « mise en suerte » est à revoir
Cuadra Bonijol
Salut de Mathieu Guillon au troisième
Président : Pierre Nogues (Roquefort)
Avant le paseo, le prix « Tio Pepe » a été remis par Dominique Valmary au Maire de Saint Perdon et à la Peña « La Muleta » ;
Grand soleil
Pas assez de monde sur les gradins

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour