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Corella (12/10:2021) : nouvel épisode du retour des Casta Navarra...

Visuel Corella 13102021C’est toujours un plaisir d’aller passer une journée dans un village navarrais et d’en profiter pour y voir des encierros ou des spectacles taurins. On y mange bien, les gens sont sympathiques et ils ont presque oublié le hors jeu de M’Bappé.

Au-delà de l’intérêt touristique, il y avait, ce mardi, à Corella une novillada avec des reses de Casta Navarra du fer de Miguel Reta. On se souvient de la corrida de Céret avec ses trois toros condamnés aux banderilles noires. Les aficionados se posaient la question de savoir si avec deux ans de moins les diables rouges allaient se transformer en angelots ou pas. Pour ajouter au questionnement, Dimanche une corrida du même encaste, du fer de Arriazu  s’est laissée couper des oreilles près de Madrid.
De ce fait grande interrogation chez les aficionados et forte pression sur les épaules de Miguel Reta qui jouait gros sur la course de Corella.
Point positif pour le ganadero, il n’y a pas eu de mansos perdidos fuyant la pique, ou condamnés aux banderilles noires. Ils se sont employés au cheval mais sans race, ni bravoure se défendant sous le fer et faisant chanter les étriers. A la muleta, les deux premiers ne refusaient pas le combat mais chargeaient avec violence et cherchaient l’homme. Véritables alimañas, ils étaient intoréables.
Les deux dernier étaient mansos, compliqués, demandaient les papiers. Pas de race, pas de classe mais avaient quelques muletazos possibles.
L’eral lidié par Javier Poley manquait lui aussi de race et classe mais a permis quelques séries au jeune torero.
SI on voit le verre un peu rempli, ce fût moins catastrophique qu’à Céret et le public ne s’est pas ennuyé. Si on voit le verre bien vide, Miguel Reta a un travail énorme de sélection s’il veut continuer à sortir en courses formelles.
Il n’ya pas eu de blessés mais certains toreros ont frisé la correctionnelle et tous, comme à Céret, méritent le respect.

Le premier, très juste de présentation, ressemblait, à la robe près, à un cocardier camarguais. Il met la tête dans la cape de José Cabrera mais se retourne au tiers de la rencontre et cherche l’homme à mi-passe. Il prend une grosse pique, trasera, carioquée comme elles le seront toutes cette après-midi. Cabrera posent deux bonnes paires de banderilles. La troisième, al violin est contrariée par un extraño du novillo. A la muleta le Reta est violent, se défend et vise l’homme. Il est intoréable à gauche. A droite, il ne permet qu’une courte série, passes arrachées une à une, avant de devenir intoréable. Compte tenu du contexte, l’entrée à matar est très prudente. L’estocade est trasera et tendida. Cabrera appelé à saluer, s’octroie une vuelta.

Le second, plus dans le type de l’encaste, et avec plus de charpente, est distrait, tardo et cherche une porte de sortie. Montero le fait piquer trois fois. Le toro fait chantier les étriers à la première. Placé plus loin, très distrait, il finit par partir au réserve. Là aussi, il se défend plus qu’il ne pousse. Remis plus près du picador de turno, il se comporte toujours en manso sous le fer. Le novillo prend querencia dans les planches au début de la faena. Au premier cite, à droite, il vient sur l’homme. A gauche, il est violent et andarin. Francisco Montero s’applique et tire trois naturelles et un pecho courageux. Retour à droite, le toro est tardo, quasi parado, le novillero n’insiste pas et va chercher l’épée. Le novillo est collé aux planches et y retourne quand on veut le changer de terrain. La mise à mort est laborieuse, quelques sifflets pour le torero.

En troisième sort un eral qui sera lidié par Javier Poley. Suelto, le novillo a d’entrée une corne droite compliquée. Poley le double, l’amène au centre. Le bicho manque de race mais il permet et pardonne plus que ses congénères plus âgés. Il a de la fixité. Tout cela mis bout à bout, avec beaucoup de courage et d’application, le jeune torero, et bien que le novillo se retourne vite, arrive à lui tirer quatre séries à droite en tirant les passes une à une. Après, l’eral s’avise et devient trop compliqué. Une série d’alignement et Poley entre à matar pour une épée très trasera, il reprend l’épée avant de mettre une demie. Le Reta ne baisse pas la tête et le novillero s’en voit pour tenter de le descabeller. Heureusement la première tentative est la bonne. Le public l’invite à saluer après l’arrastre.

Le quatrième est léger mais bien armé. Avec beaucoup d’application et de technique, Cabrera le pare et le fixe au centre du ruedo. Le novillo se défend en manso lors de ses trois rencontres avec le groupe équestre. Brindis au public, le novillero commence sa faena à droite. José, avec courage, va s’appliquer pour tirer ce qui est possible d’un novillo violent, exigeant mais qui a quand même quelques muletazos dans le ventre. On comprend que, vu le contexte, il soit resté prudent mais il a fait des efforts que certains n’auraient même pas envisagés dans le pire de leurs cauchemars. Il enchaîne quatre séries à droite, plus techniques qu’artistiques mais le toro passe et le public soutient le novillero. Au-delà de la cinquième, c’est trop compliqué. Le novillo s’est avisé et cherche l’homme. La mise à mort est difficile. Profitant d’un départ impromptu du novillo, Cabrera porte al encuentro une estocade qui s’avère très basse. Le Reta, très compliqué à descabeller, finit par tomber à la limite du troisième avis.

Le cinquième, bien fait, sort avec les deux pointes escobilladas. Il manifeste un très grand intérêt pour le callejon et n’est pas loin d’aller s’y promener. Au son de la traditionnel Jota du dernier toro, Montero le pare de manière « spectaculaire » ce qui plait énormément au public. Fuyard à la cape, le bicho prend un premier très gros puyazo en poussant. Ensuite placé au centre, il vient bien au cheval mais sort seul dès le contact avec le fer. Il prend une troisième pique sur un retour inopiné vers le groupe équestre. Le tercio de banderilles est agité. Le toro fait un énorme coup de barrière en poursuivant le premier banderillero qui échappe de peu à la cornada. Que dire du début de faena de Montero ? Il est plus que paradoxal. Très pueblerino et comédien, il essaie par son attitude de se mettre le public dans sa poche. Et pourtant sa main droite, toréé efficacement et même avec un certain sens de la lidia sur la première série ; Par la suite, le spectacle prend le dessus sur la tauromachie. Son toreo est électrique et saccadé, Désarmé à droite, mis en danger à gauche dans les planche, tout cela gâte un toro qui était déjà à la limite du toréable. Le novillero prend l’épée après la quatrième série et tue mal essayant même de descabeller le novillo alors qu’il a la tête en l’air , silence.
Ainsi se termine le deuxième épisode de la sage « Casta Navarra, le retour » «  réalisé » par Miguel Reta. Contrairement à sa prestation en terres catalanes, il y a quelques comportements au cheval et en tout début de faena sur lequel il pourra s’appuyer. On pouvait se demander après Céret s’il s’agissait vraiment de toros bravos. Après Corella, on est sûr qu’il s’agit de toros bravos hypermansos. Le ganadero ne peut se contenter d’avoir sorti un lot moins mauvais qu’à Céret.
Il a du pain sur la planche et quelques années de labeur avant de pouvoir, en restant sur cet encaste, transformer des mansos décastés difficilement toréables en toros au minimum mansos con casta. Mais comme dirait mon fils en voyant l’herbe qui a poussé dans le jardin et qu’il doit tondre « Il y a du boulot !!!! ».

       


Fiche technique : Arènes de Corella (Navarre)
Quatre novillos et un eral (3ème) de Miguel Reta inégaux de présentation, mansos décastés pour :

José Cabrera : vuelta, deux avis et silence
Francisco Montero : quelques sifflets, silence
le becerriste Javier Poley : un avis et salut au tiers

Sobresaliente : Carlos Enrique Carmona qui a fait un quite au premier
Dix piques pour quatre novillos
Cuadra Garcia
800 spectateurs environ
Ambiance bienveillante et sympathique
Ciel bleu, douceur de l’été indien navarrais

Thierry Reboul