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Cristobal Reyes : « Torero siempre »...

Visuel CReyes 14102021Rencontré, avec son ami Christian Lamoulie, lors de la Féria de Parentis, le Matador de Toros Cristobal Reyes nous a accordé cette interview qui nous a permis de découvrir un personnage à la fois attachant et déterminé.

 

Corridafrance : « Cristobal, quel a été ton parcours de novillero ? »
Cristobal Reyes« J’ai 24 ans Je viens d’une famille modeste. C’est mon grand-père maternel qui m’a donné le goût des toros. A 10 ans j’ai intégré l’ancienne Ecole Taurine de Jerez pour devenir torero. .
A l’âge de quatorze ans j ai toréé (en 2012) mon premier becerro. J’ai débuté en 2014 en public et en costume de lumière à Becerril de la Sierra ; J’ai alors toréé 35 « non piquées ». J’ai participé en 2016 au Bolsin de Bougue. Pierre Nogues, président du Cercle Taurin de Roquefort me repère et me propose mon premier contrat en France dans la Monumentale des Pins. (15 Août). C’est là que j‘ai fait la connaissance de Christian Lamoulie qui deviendra un ami par la suite. Depuis Roquefort, je veux avancer, me faire repérer. Comme .je ne connais personne dans le mundillo, je suis allé à Ciudad Rodrigo pour me confronter dans les capéas à des toros en pointe Comme tous les maletillas qui vont là bas, j’ai essayé de m’y faire remarquer.
Par la suite j’ai intégré le circuit des novilladas piquées grâce à l’opportunité que m’a donnée Christian Lamoulie de toréer à Riscle, avec un lot d’Albaserrada. Cela a été possible grâce à l’aide de Stéphane Fernandez Meca. Stéphane a appelé Christian qui était dans sa voiture pour venir me voir en Espagne pour lui proposer de renter au cartel de Riscle. Christian m’a appelé, j’ai dit immédiatement oui ; malgré un contrat en non piquée à Parentis qu’il a fallu abandonner débutant en piquée à Riscle le 05 Août 2017.
Ensuite j’ai toréé des novilladas dures à Villaseca, Calasparra. Je me suis présenté à Madrid avec des Castillejo de Huebra. J’ai débuté en France à Boujan avec des Raso de Portillo et l’année suivante des Veiga Texeira,. Je suis revenu à Riscle avec des Cuillé. J’ai toréé à Orthez des Pablo Mayoral, à Parentis. en 2019 , j’ai été triomphateur de cette Féria lors de la concours avec un novillo de Valdellan et un de Raso de Portillo. J’ai aussi toréé au Mexique à Guadalajara et participé à des Festivals piqués à Rion des Landes, Gimeaux …
J’ai toréé beaucoup de novilladas dures. A Calasparra ce furent des Prieto de la Cal A Almagesi des Saltillo. A Villaseca de la Sagra j’ai toréé deux années, les Dolorès Aguirre et les Monteviejo.
Nous avons pu fournir tous les éléments et preuves justifiant chacun de mes 25 contrats en piquées . Je pouvais prétendre à prendre l’alternative »

Corridafrance : « Comment s’est passée cette alternative ? »
Cristobal Reyes « J’ai pris l’alternative le 25 Aoüt 2021 à Sanlucar de Barrameda. Carmelo Garcia, empresa d’arènes de troisième catégorie sérieuses m’a proposé de le faire avec des toros de Miura. Je ne pensais pas que cela arriverait si tôt. Mais c’est un moyen de me faire connaître et de me lancer. Il ne faut pas oublier qu’avec le COVID ; moi et beaucoup d’autres, sommes restés deux ans sans toréer. Ce fut une décision difficile à prendre. Mais pendant la période du COVID, j’ai continué à me préparer de façon très sérieuse. Grâce à mes amis comme Christian Lamoulie, Diego Ramos et tous les ganaderos qui m’ont permis de toréer une cinquantaine de toros « cinqueños ». pour me préparer. Je me sentais prêt…
Merci à Canal Plus d’avoir retransmis cette corrida qui m’a fait connaître. Le fait d’avoir commencé devant les caméras de télévision m’a valu d’être interviewé par canal plus, il y a peu.
C’était pour moi une vraie responsabilité mais j’étais prêt mentalement, physiquement et techniquement. Deux jours avant l’alternative, j’étais chez Cebada Gago pour toréer et tuer un toro de 650 kg.
J’ai toréé le toro comme si c’était un toro d’une ganaderia normale…
Ce jour là, le problème n’était pas de couper des oreilles mais d’être à la hauteur des toros qui étaient en face de moi et de mes compagnons de cartel, Rafaelillo (son parrain d’alternative) et d’Octavio Chacon (son témoin).
J’ai décidé d’entrer à matar sans muleta. Ce geste a suscité des polémiques aussi bien positives que négatives. C’était une question de morale et pour qu’il reste quelque chose d’extraordinaire de cette journée .et marquer le public. Pour moi c’est une forme de respect du monde taurin et des aficionados.
Je l’avais déjà fait à Badajoz en Festival ; on m’avait alors accusé, y compris dans le milieu taurin, de l’avoir fait devant un toro afeité . J’ai tué sans muleta car je préférai mourir ce jour-là plutôt que de garder dans ma tête ce sentiment de frustration. »

Corridafrance : « Comment vois-tu l’évolution de ta carrière ? »
Cristobal Reyes « J’ai dans ma tête de devenir un torero artiste, c’est mon désir profond. Je ne veux pas être un torero de corridas dures. J’ai fait des corridas dures car je n’ai pas eu le choix ; Je suis et veut être un torero classique. Je toréé dans les canons. C’est un travail en amont qui ne me permet pas de m’exprimer comme je le voudrai. Mes modèles sont Urdialès, Manzanarès père, Julio Roblès. (Christian Lamoulie :  ‘il est jours et nuits en train de regarder des cassettes des faenas réalisées par ces toreros classiques) Je me suis identifié avec la carrière d’Ivan Fandiño qui a suivi ce même cheminement commençant par les capéas, les toros difficiles aidé par personne.
Aujourd’hui, j’ai des problèmes pour tuer mais tout ce que je fais durant la faena est classique. Dans les courses dures, il est difficile d’être artiste ou classique ; Dans les corridas dures le premier travail est de dominer les toros. Ce qui n’est pas évident ;
Je vais continuer à soigner mon épaule, faire de la rééducation. Il y a en pour trois mois. Je vais travailler l’épée avec Uceda Leal, un des matadors spécialistes de cette suerte

Corridafrance : « Quelle est ta relation avec l’Aficion française ? »
Cristobal Reyes « J’apprécie l’Aficion française. Je la trouve très positive, attachée aux toros encastés qui vont aussi au cheval. Je vais m’améliorer pour devenir comme Espla, El Fundi un torero apprécié de cette aficion que je respecte beaucoup. ;
Je ressens que je peux vivre et m’exprimer avec des toros qu’aiment les français »


Merci à Cristobal pour cet échange. Pétri d’Aficion, attachant et déterminé, il est torero dans sa tète dans son quotidien et il le sera dans son avenir. Si on devait le résumer en deux mots, « Torero siempre ». Sont ceux qui le décrivent le mieux.


Thierry Reboul
Avec l’aide amicale de Christian Lamoulie pour la traduction).

Photo : ©Nicolas Couffignal