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Brocas : de très bons Malabat pour une très intéressante journée taurine...

Visuel Malabat 311021 1Il y a quelques années, les plus anciens s’en souviendront, les toros d’Atanasio Fernandez malgré leur piquant ont permis à nombre de toreros, y compris des vedettes de triompher (El Viti à Nîmes ou Paquirri à Dax par exemple).

Aujourd’hui cet encaste est devenu minoritaire et souvent réservé aux corridas dures. En France, ils sont peu nombreux à élever des toros de cette origine. La famille Fasolo dans les Landes fait partie de ces irréductibles ganaderos. Ils vendent peu de toros parce que l’Atanasio n’est pas à la mode. Et pourtant après la journée organisée à Brocas par le Cercle Taurin local et le ganadero, certains vont devoir revoir leur jugement.
Certes l’Atanasio peut être compliqué pour des débutants en non piquée. Par contre, avec un peu de métier et d’envie, ils permettent aux toreros de s’exprimer et de voir leurs efforts mis en valeur par la transmission de ces bichos.
Les cinq toros tientés ce matin dans les arènes de l’Estrigon en sont la preuve. Très bien présentés et préparés (en gros progrès depuis la présentation en piquée du fer à Saint Sever), les Malabat ont été intéressants au cheval et ont offert des possibilités au troisième tiers. Les toros de cet encaste, même s’ils sont mansos au cheval, nécessitent d’être piqués avec force. Laurent Langlois et Juan Manuel Sanguesa l’ont fait avec efficacité. Malgré des tercios de varas sérieux, les cinq bichos sont allés au bout des faenas « bouche fermée ». En bon Atanasio, nobles mais pas naïfs, ils se sont grandis au fur et à mesure de la lidia. Résultat les toreros ont pu s’exprimer, le public a vécu une matinée très intéressante et est sorti des arènes plus que satisfait.

Le cinqueños, sorti en premier lieu, est abanto mais met bien la tête dans la cape de Christian Escribano en particulier sur la corne gauche. Il prend un premier puyazo en poussant de façon désordonnée. Remis en suerte, il vient au pas et prend un second puyazo en poussant sur une seule corne. Idem après avoir été mis en suerte au centre du ruedo pour la troisième. Escribano brinde au public et commence sa faena par des doblones. Première série à droite, le Malabat met la tête mais proteste un peu en fin de série. La corne gauche est la meilleure corne du bicho ; Escribano enchaine deux séries de naturelles avec une certaine élégance. Le toro va à mas et permet d’enchaîner une bonne série de derechazos. Petit passage à vide, le toro va à menos et les deux séries suivantes sont plus approximatives. Retour à gauche, le toro se reprend et le torero de Getafe lie une très belle série de naturelles, la meilleure de la faena. Le toro rentre au toril bouche fermée, le torero est invité à saluer par le public.

Le second est un joli burraco. Ce sera le moins bon toro de la matinée. Dès les premiers capotazos, il serre le torero. Solalito a un peu de mal pour le parer.et le mettre au centre. Le Malabat prend cinq piques se défendant beaucoup et sortant seul. A la muleta, il est très compliqué dès la première série. Il se retourne vite et vient directement sur le torero. Le toro est rentré après la troisième série.

Le troisième est un novillo ; Il est reçu avec élégance par José Antonio Lavado, novillero qui avait marqué les esprits lors de la novillada des six toreros en Août à Malaga. Sans se fixer, le Malabat prend deux piques poussant en mettant les reins. Il sort seul de la troisième rencontre puis revient de lui-même et pousse sous le fer.
Brave au cheval, le novillo est noble à la muleta. Début élégant par doblones et firma, Lavado prend la muleta pour une série de derechazos élégants. A droite, le bicho est excellent, il est plus compliqué à gauche. Le jeune novillero avec beaucoup d’application se met au niveau d’un toro encasté et qui exige beaucoup. Même s’il y a quelques scories dans cette faena, l’ensemble est sincère et avec un certain sens artistique. Deux séries (redondos et luquesinas), destinées à porter sur le public, un peu brouillonnes précèdent de jolies manoletinas. Lavado cède les trastos à Clément Hargoux. Toujours bouche fermée et ne baissant jamais de rythme, l’utrero permet au jeune bordelais de faire deux bonnes séries sur les deux cornes. Le toro est applaudi à son retour au toril, Lavado est appelé à saluer.

Le quatrième, un très joli burraco, est reçu par des largas de rodillas par Christian Escribano qui lui sert des véroniques allurées. Le bicho prend trois piques en mettant les reins, allant à mas lors d’un très bon tercio de piques. Le Malabat va s’avérer être excellent à la muleta. Il est noble, répète sans être naïf. Escribano profite des qualités et de la transmission de son adversaire pour nous offrir une très bonne faena sincère, templée et élégante.qui va à mas et se termine par trois très bonnes séries sur les deux cornes. On pense que le torero a tiré tout le possible de cet excellent toro. Pourtant le Malabat en a encore sous les sabots. Escribano cède les trastos à Nino Julian. Avec un plaisir évident, le nîmois peut enchaîner derechazos et naturelles de qualité. Malgré ce qui est presque une seconde faena, le toro, bouche fermée, charge et recharge encore. Il est ovationné à son retour au toril, les deux toreros saluent.

Chez Malabat, on peut identifier deux familles, les burracos et les negros. Le cinquième est un produit de cette rame. Bien présenté, il est applaudi à son entrée en piste. Il prend une première pique en poussant. Placé au centre, il vient avec un joli galop et prend un second puyazo en se défendant. Remis au centre, il prend un bon troisième puyazo en poussant. Solalito le met au centre et commence sa faena par une bonne série de derechazos. Le toro est très noble et humilie . Il charge avec de la classe et en embistant museau presque au ras du sol quand il est cité sur la corne droite. A gauche, il est plus exigeant et le torero a du mal à trouver la solution au problème. Le toro gardera la bouche fermée et ne baissera jamais de rythme jusqu’à la fin de la faena. Le toro est applaudi à son retour au toril, salut de Solalito.

Pascal Fasolo, le ganadero, et sa fille Marlène rejoignent les toreros au centre du ruedo pour recevoir l’ovation d’un public ravi par l’excellente matinée taurine qu’il vient de vivre.
Cela peut en surprendre certains, mais les Atanasio en général et les Malabat en particulier peuvent servir et permette aux novilleros et matadors, de s’exprimer et de se mettre en valeur. Cela devrait faire réfléchir les différents organisateurs.

Après la course tout le monde s’est retrouvé à la ganaderia pour les traditionnelles agapes gasconnes.
Cette très belle journée taurine s’est terminée par la tienta par Nino Julian, sous la pluie mais dans la bonne humeur, de deux vaches bravitas au cheval, nobles mais un peu justes de forces.

Fiche technique :
Arènes de Brocas (matinale) tienta de machos
Quatre toros et un novillo (3ème) de Malabat, bien présentés et donnant du jeu au cheval et à la muleta pour :

Christian Escribano : salut, salut
Solalito : silence, salut
Jose Antonio Lavado : salut

Dix sept piques (puya tienta de machos)
Piqueros Laurent Langlois et Juan Manuel Sanguesa
Plus de deux cent personnes
Soleil et chaleur d’été indien

Arènes de la ganaderia Malabat : tienta de deux vaches
Six piques
Piqueros Laurent Langlois et Lionel Lohiague
Sont sortis de second Clément Hargoux et des aficionados practicos.
Pluie et froidure de Toussaint

La journée a été animée par la Peña Al Violin

Thierry Reboul

Photos : Nicolas Couffignal

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