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Jour de tentadero à la ganaderia de Pincha...

Visuel Pincha 151221 1Il a beaucoup plu sur le Pays Basque des deux côtés de la frontière ce week-end. Et pourtant, le soleil brillait dimanche dernier sur la Navarre quand nous avons été accueillis par José Antonio Baigorri à la ganaderia de Pincha près de Lodosa.

Dans les enclos sont en cours de préparation les utreros sélectionnées pour la novillada de Pampelune. A côté paissent le reste des utreros et des toros de la prochaine camada, superbes de présentation et de têtes, qui attendent la visite des organisateurs pour connaître ou confirmer leur destination.
La ganaderia, créée en 2002, est d’origine Domecq (Gerardo Ortega) s’est faite connaître dans les circuits de novilladas et corridas de Navarre avant de sortir à plusieurs reprises à Pampelune pour la novillada d’ouverture des Sanfermines. Elle a débuté en France à Mont de Marsan (novillada concours) en 2017, a présenté une course complète à Mugron en 2018 puis est venue à Mont de Marsan en 2019 (concours) et 2021(complète). La famille Baigorri possède depuis 1986 un autre fer dont les produits sont destinés aux festejos populaires.
La finca est rustique. On est loin du campo à l’andalouse. Mais tout y est organisé et rationnel. Si le ganadero est un homme chaleureux et accueillant, il est précis et méthodique quand il s’agit de mener les destinées de son élevage. Le sérieux et la rigueur du tentadero de l’après-midi en sont la preuve.

Quatre vaches de deux ans, provenant de quatre sementales différents, ont été tientées par Adrien Salenc et Victor Hernandez. Il n’était pas question de spectacle ou d’entraînement mais vraiment de travail ‘d’analyse et de sélection. Chaque vache a été piquée (et vraiment piquée) plus de six fois, le ganadero veillant à la qualité des mises en suerte et du travail du piquero. A la muleta, chaque torero s’est évertué à tester les qualités (et mettre en évidence) de la vache avant de se faire plaisir (et il y avait de quoi) à toréer des becerras qui, pour trois d’entre elles, offraient beaucoup d’opportunités.

La première, tientée par Adrien Salenc, est allée au cheval en allant à mas au fur et à mesure qu’elle était placée plus loin. Ses arrancade et ses poussées au contact du fer auraient enthousiasmé les habitués du ruedo vicois. Pour ceux qui étaient à Mont de Marsan, il y a de quoi regretter les mises en suerte et les prestations plus que médiocres des piqueros lors de la novillada d’Août 2021. En plus d’être brave, la vache a été d’une très grande noblesse, humiliant à chaque passe d’une intéressante et très complète faena du torero français. Il lui a juste manqué un peu de moteur.

La seconde quelconque au cheval, l’a été aussi à la muleta permettant quand même à Victor Hernandez de lier quelques bons muletazos.

La troisième, mansa con casta au cheval, a fait preuve de beaucoup de caste à la muleta. Elle a beaucoup exigé d’Adrien Salenc mais offrait des options pour le torero Faena intéressante, très technique car la vache demandait les papiers mais permettait quand même. C’est le type d’animal qui permet des faenas qui transmettent beaucoup d’émotions si le torero a le recours nécessaire comme l’a fait Adrien ce jour.

La quatrième est regular sans plus au cheval. Lidiée intelligemment par Victor Hernandez, elle est allée à mas à la muleta. En fin de faena, le novillero alcareño a pu enchaîner des muletazos très intéressants profitant de la noblesse de la vache.
Les vaches ont été piquées par Jorge Martínez « Ramitos ». Sont sortis de second, Patricia Sacristan,Ekaitz Moreno et Pablo Hernandez.

Le public et les toreros présents se sont retirés ravis du tentadero parce que trois vaches sur quatre ont montré beaucoup de qualités et que les toreros ont pu s’exprimer avec. Mais être public ou torero n’est pas être ganadero. La dernière vache rentrée commence la période de réflexion, d’analyse pour l’éleveur. Quelles vaches garder, que vont apporter en positif ou en négatif chaque qualité ou défaut de la vache ? Quels assemblages faire avec les sementales pour contribuer à améliorer le potentiel génétique et le comportement en piste des novillos et toros de la ganaderia ? Comme se plait à le dire José Antonio : « Elever des toros de n’est pas faire des mathématiques ».
Nous reviendrons chez Pincha. Au-delà du plaisir de rencontrer cet éleveur chaleureux et passionné, il sera très intéressant d’échanger avec lui sur sa conception du toro, sa manière de mener les tientas et d’en exploiter les résultats et le lien entre le comportement en piste des toros et le travail fait à la ganaderia.

Merci à Jean François, le français de chez Pincha, de nous avoir ouvert les portes de cet élevage

Thierry Reboul

 

Photos : Nicolas Couffignal

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