Vincent Fare (Ganaderia La Paluna) : Nous ne demandons qu'un peu de respect...

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Photo : ElTico
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Entre Saint-Gilles et Fourques, très proches d'un Rhône qui aurait très bien pu tout leur enlever, mais qui leur apporte beaucoup, Michel et Vincent Fare poursuivent l'aventure ganadera débutée il y a désormais près de vingt ans. A la tête d'un cheptel comprenant vingt cinq vaches de ventre, les deux éleveurs continuent inlassablement leur travail de sélection, encouragés par des résultats dans l'arène qui ne les ont jamais déçus.
« Nous avons de très bons résultats en tienta, qui vont de plus en s'améliorant. C'est une récompense pour nous car nous faisons beaucoup de sacrifices, tant sur le plan financier que sur le plan personnel pour cet élevage. » commente Vincent Fare, désormais propriétaire de la ganaderia initialement créée par son père en association avec Robert Venant. « Les origines Cebada Gago et Marquis de Domecq nous donnent entière satisfaction. L'élevage français a pris un vrai virage au niveau de la qualité lorsque des éleveurs sont allés en Espagne pour acquérir du bétail de grandes lignées. Nous avons acheté nos origines actuelles à Patrick Laugier, qui avait fait cette démarche de qualité. Et nous ne pouvons que nous en féliciter. » poursuit-il.
Vingt cinq vaches de ventre pour vingt cinq hectares, « nous avons acquis des terres au fur et à mesure que notre troupeau s'agrandissait. Ici, c'est nous qui avons tout fait de nos mains. » Ce sont des après-midi et des week-end entiers à clôturer, trier, en tous cas consacrés au campo. « Nous l'avons choisi et n'avons pas à nous plaindre. J'en profite d'ailleurs pour remercier les gens qui nous donnent la main quand on en a besoin (marquage, séparation des veaux, prophylaxie etc etc..), et les amateurs de la manade Aubanel. Comme quoi, quand on aime le taureau, qu'il soit camarguais ou espagnol, il reste avant tout une passion, celle de toute une vie. Mais parfois, le regard que les gens nous porte est un peu dur. Comme je le disais, nous produisons de la qualité, en témoignent nos sorties en non-piquées, que ce soit dans les arènes de Saint-Gilles ou comme l'an passé à Chateaurenard. Et pourtant, les organisateurs viennent parfois nous voir comme s'ils nous faisaient une faveur. Et finissent par aller acheter du bétail en Espagne. Et ce n'est pas qu'une question financière. Car même si avec la crise, le bétail de certaines ganaderias est moins cher là-bas, avec le transport à payer ce n'est pas certain qu'ils y gagnent. Alors je ne sais pas si c'est parce que nous ne sommes pas des éleveurs « professionnels » ou seulement parce que nous sommes français, mais j'ai parfois l'impression qu'on nous manque de respect ».
 
Mais très rapidement, au milieu des vaches abritées du Mistral dans un campo idéalement préservé de ses caprices, les contrariétés s'estompent et la passion reprend le dessus. Vincent se rappelle de l'histoire unique de chacune de ses mères : « Celle-ci, la bossue, tu l'as vue tienter par Marc Serrano. Je n'y étais pas, mais quand Patrick me l'a amenée, il m'a dit qu'elle avait été extraordinaire ». Je confirme. « Celle-là est très âgée. Mais elle se porte toujours bien et tant qu'elle ne souffre pas, je la garde. » Cette année, toutes les tientas se feront en public. Une nécessité financière : « Cela permet de compenser des investissements importants que nous avons fait pour aménager la salle de réception ou le toril. »
 
Puis arrive le clos des becerros pour l'année. « Ils auront deux ans en avril-mai. » précise Vincent, « Mais ils sont quand même déjà forts pour leur âge car ici, nous avons une bonne herbe bien grasse. En fait, nous ne donnons à manger qu'à cette période de l'hiver. » Pendant que nous discutons, un imposant exemplaire est venu poser sa tête sur la remorque, à quelques centimètres de nos pieds. Le ganadero fait les présentations : « C'est Theo. Un jour que nous posions des barrages, alors que je m'étais déjà mis à l'abri, il est venu calmement et a fait une bise à Julien Miletto. Nous avons décidé que nous ne ferions pas combattre. Alors nous l'avons fait castrer et nous l'avons gardé. C'est maintenant mon meilleur cabestro ! ».
 
La passion n'est rien sans le partage... Et une fois les bêtes nourries et le tracteur rangé, auprès d'un bon feu de cheminée, c'est avec un peu de nostalgie dans la voix que le ganadero feuillette l'album photo dématérialisé de la faena de Tomasito à Al Capone, un beau novillo burraco portant fièrement le fer de La Paluna que l'Arlésien a mis à mort dans la placita familiale le 28 avril 2012. « C'est le deuxième torero "de la casa" après Julien Miletto qui annonce prendre du recul avec les ruedos... J'espère qu'il reviendra...». Nul doute que s'il le souhaite, un frère ou un demi-frère de Al Capone l'attendra dans les chiqueros de La Paluna. Question de respect et de passion partagée.
 
Laurent Deloye ElTico